WIRE — ASSOME AMINATA DIATTA"Je ne considère pas Diomaye Faye comme un traître, car..." Après une longue période de retrait médiatique, Assome Aminata Diatta reprend la parole dans " Grand Témoin ", une émission d'Evenprod à laquelle EnQuête s'est associé sur le plan éditorial. Dans cet entretien, diffusé ce vendredi sur la chaîne YouTube d'Evenprod Médias, l'ancienne ministre du Commerce livre sa lecture de la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, désapprouve la création de Kiiraay dans le contexte actuel et pointe les contradictions du Pastef sur les fonds politiques. Leader du PSC/Jappo, elle refuse cependant de s'aligner sur l'un des deux camps et revendique une troisième voie. Vous avez servi au cœur de l'État sous l'ancien régime. Après une longue période de retrait, où vous situez-vous aujourd'hui sur l'échiquier politique : dans l'opposition, dans une posture de réserve ou dans la construction d'une troisième voie ? Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas exprimée publiquement. Ma dernière interview remonte à 2025. J'avais volontairement pris du recul pour observer ce qui se passait, mais aussi pour écouter les commerçants, les entrepreneurs et, surtout, les populations de Keur Massar, où j'habite. Au terme de ces échanges, mon constat est clair : les populations en ont assez de la politique telle qu'elle se pratique aujourd'hui. L'abstention progresse lors des élections et cela doit interpeller les responsables politiques. Il faut changer de démarche. Nous avons vu les tensions entre l'Assemblée nationale et la Présidence de la République. Au PSC/Jappo, cette situation ne nous surprend pas. Lorsque nous avons créé ce parti, notre ambition était précisément d'incarner une alternative. En tant que femme, je souhaite que la paix règne au Sénégal. Quand un pays traverse des difficultés ou que les tensions atteignent leur paroxysme, les femmes sont souvent les premières à en subir les conséquences. Nous avons donc le devoir de veiller à la stabilité et à la tranquillité du pays. Les Sénégalais avaient fait confiance à un tandem, mais l'ego de deux hommes a fini par prendre le dessus sur les relations entre les institutions. Nous les appelons à la raison : le Sénégal ne mérite pas cela. Tous ceux qui aiment ce pays refusent de revivre ce que nous avons connu entre 2021 et 2024. Les grandes crises commencent souvent par de petites querelles qui s'enveniment. Sur certains points de divergence, notamment la déclaration de patrimoine, je considère qu'elle doit être faite aussi bien à l'entrée qu'à la sortie de fonction. Sa publication n'a véritablement de sens que si elle permet de comparer les deux situations. C'est ce que j'ai fait lorsque j'étais ministre. Vous approuvez donc les amendements proposés par la Présidence de la République sur la déclaration de patrimoine ? Oui, bien évidemment. N'oubliez pas que le PSC/Jappo voulait participer à la dernière élection présidentielle, mais que notre candidature n'a pas franchi l'étape des parrainages. Dans le programme que nous avions élaboré, nous proposions déjà d'étendre l'obligation de déclaration de patrimoine à toutes les fonctions électives. C'est important, parce qu'un élu doit rendre compte à ceux qui lui ont accordé leur confiance. On peut prendre de bonnes mesures et, malgré tout, susciter une mauvaise perception. C'est aussi ce décalage qui nourrit parfois les tensions. Mais, politiquement, votre position reste difficile à cerner. Êtes-vous plus proche du Pastef, de Kiiraay ou d'aucun des deux camps ? Le Parti du progrès social collectif, PSC/Jappo, restera toujours du côté des Sénégalais et de leurs intérêts. Nous ne voulons entrer dans aucune querelle de personnes. Dans mon parcours politique, j'ai toujours privilégié la conciliation. Nous pouvons avoir des opinions différentes tout en trouvant des points de convergence. Dans le conflit actuel, nous ne prenons parti ni pour l'un ni pour l'autre. Nous prenons parti pour le Sénégal. L'un comme l'autre sont mes cousins et, chez nous, ce lien est sacré. Si je peux contribuer à les rapprocher, tant mieux. Mais je ne peux pas choisir un camp contre l'autre. Il n'est jamais trop tard : ils peuvent encore se retrouver. Pourriez-vous, dans ce cas, rejoindre Kiiraay ? (Elle rit.) Aminata Assome Diatta et les membres du PSC/Jappo sont des personnes de conviction. Pour l'instant, nous n'avons encore rien vu à Kiiraay qui puisse nous convaincre. Nous ne nous engageons que par conviction. Nous voulons servir, et non nous servir. Un engagement doit reposer sur une adhésion profonde. On ne peut pas demander aux populations de voter pour quelqu'un sans être soi-même convaincu que cette personne est capable de les aider. Mon engagement politique remonte à 2015. Auparavant, j'avais observé le président Macky Sall et constaté qu'il posait des actes allant dans le sens de l'amélioration des conditions de vie des populations. C'est cette conviction qui m'a poussée à m'engager à ses côtés. J'ai besoin d'une conviction profonde pour me mobiliser. À une certaine période, certains vous soupçonnaient pourtant d'être plus proche d'Ousmane Sonko que de Macky Sall. Comment l'expliquez-vous ? Quand quelqu'un est lui-même un traître, il a tendance à voir des traîtres partout. C'est tout le problème. À l'inverse, lorsqu'on est sincère, on peut facilement être trompé parce qu'on suppose que les autres le sont aussi. Ceux qui connaissaient Macky Sall, le respect qu'il avait pour moi et la nature de nos relations savaient que je ne pouvais pas m'allier à quelqu'un d'autre. Mais je ne pouvais pas passer mon temps à expliquer ou à démentir une situation qui n'existait pas. Je n'ai rencontré Ousmane Sonko qu'une seule fois, en septembre 2018. Nous nous sommes simplement serré la main. Cette histoire me fait toujours sourire. Nous sommes tous les deux originaires du Blouf. Une association regroupant les 21 villages de la zone organise chaque année des activités culturelles et sportives. J'étais la marraine de l'une de ces manifestations et lui en était le grand parrain. C'est dans ce cadre que nous nous sommes croisés lors de la journée d'ouverture. Malgré cette loyauté revendiquée envers Macky Sall, vous avez refusé de soutenir le candidat qu'il avait choisi pour l'élection présidentielle. Pourquoi ? Je suis une personne de principe. J'étais convaincue par la politique du président Macky Sall et je ne prêtais pas attention à ce que d'autres pouvaient me faire subir au sein du parti. Pour moi, l'essentiel était le président Sall. Lorsqu'il a annoncé, en juillet 2023, qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat, nous avons décidé de créer notre parti. Je savais que la relation étroite que j'avais avec lui, je ne pourrais pas l'avoir avec l'un de ses collaborateurs. J'ai donc refusé de suivre quelqu'un d'autre au risque d'accumuler souffrances et frustrations. Ce n'est pas ma manière de fonctionner. Je prends mes responsabilités ; je n'attends pas de subir les événements. Vous avez employé le mot " traître ". Certains l'utilisent aujourd'hui à l'encontre de Bassirou Diomaye Faye, alors que ses relations avec Ousmane Sonko se sont fortement dégradées. Comment analysez-vous cette rupture ? Il est toujours facile, lorsqu'on observe les événements de l'extérieur, de juger les acteurs et d'employer des termes péjoratifs. Avant son accession au pouvoir, je voyais en Bassirou Diomaye Faye quelqu'un qui souhaitait le meilleur à Ousmane Sonko. Aujourd'hui, je ne comprends plus vraiment ce qui s'est passé. Je crois en la sincérité des gens et j'ai cru en la sienne. Il est arrivé à la tête du pays en donnant l'image d'un homme sincère, animé d'une confiance profonde en Ousmane Sonko. Ses premières interventions étaient d'ailleurs marquées par la reconnaissance. Nous ignorons ce qui s'est passé entre-temps. Je ne le considère pas comme un traître, car nous ne savons pas ce qui l'a conduit à prendre cette décision. Il a peut-être simplement dû assumer ses responsabilités. Je le dis en connaissance de cause. Lorsque j'étais ministre du Commerce, j'ai dû me séparer de deux collaborateurs. En signant leur mutation, j'ai versé des larmes, parce que c'étaient des personnes qui m'étaient très chères. Mais, devant l'intérêt du pays, je ne pouvais pas faire prévaloir des considérations personnelles. Je l'ai fait à contrecœur. Pour avoir vécu une situation de ce type, je peux comprendre la déchirure intérieure que le président Bassirou Diomaye Faye a peut-être ressentie. Je ne dis pas pour autant qu'il n'avait d'autre choix que de se séparer de son Premier ministre. Nous avons tous vu la situation se détériorer, mais nous ne savons pas ce qui s'est réellement passé en coulisses. Le chef de l'État dispose d'informations auxquelles nous n'avons pas accès. Il a certainement évalué la situation avant de prendre sa décision. Il faut aussi rappeler que, depuis plus d'un an, beaucoup réclamaient cette séparation. À ses yeux, c'était peut-être la seule issue. Aujourd'hui, si je devais lui donner un conseil en tant que cousine, je lui dirais de travailler et de ne pas revenir sans cesse sur les discours. Lorsqu'il adopte des positions contraires à celles qu'il défendait hier, cela soulève des interrogations. Il ne peut pas nier avoir partagé le discours du Pastef. Des personnes ont été accusées à tort et d'honnêtes citoyens ont été couverts d'opprobre. Cela m'a profondément blessée. À quelles accusations faites-vous précisément référence ? Des personnes ont été accusées de vol sur la base de simples perceptions. C'est catastrophique. Je ne l'ai pas personnellement vécu, mais nous avons tous vu des responsables politiques subir ce type d'accusations avant d'être blanchis par la justice. Lorsqu'on est une personnalité publique, on doit mesurer la portée de ses paroles. Quand on accuse quelqu'un, cette personne n'est pas la seule à en souffrir : sa famille et ses proches en subissent également les conséquences. Les cas de personnes que je considère comme injustement accusées sont nombreux. Je peux notamment citer Sophie Gladima et Mansour Faye. Une fois arrivés au pouvoir, les responsables du Pastef ont, selon moi, découvert les contraintes réelles de l'exercice gouvernemental. Un ministre ne manipule pas nécessairement lui-même les fonds ; s'il y a détournement, la question de sa responsabilité ou d'une éventuelle complicité doit être établie sur des faits. La création de Kiiraay par le président de la République est perçue comme une volonté de se doter de son propre appareil politique face aux ambitions du camp d'Ousmane Sonko. Quelle lecture faites-vous de cette initiative ? Parmi les propositions que notre parti avait inscrites dans son programme présidentiel, l'une prévoyait que le chef de l'État consacre 150 % de son énergie à l'exercice de sa fonction : 100 % à la conduite du pays et les 50 % restants à la réparation sociale. Après les déchirures et les blessures profondes laissées par les événements survenus entre 2021 et 2024, c'est à cette reconstruction que le président devrait, selon moi, consacrer son temps, plutôt qu'à la création d'un parti politique. Il a certainement mis en place Kiiraay pour assurer son suivi politique. Mais, dans le contexte actuel, cette initiative risque surtout d'approfondir les divisions. Le président de la République a été porté au pouvoir par une coalition de partis. Or, pour participer à des élections, il n'est pas indispensable de disposer de son propre parti. Je reconnais qu'il a besoin d'un appareil politique, mais celui-ci peut prendre la forme de la coalition qui l'a conduit au pouvoir et qui pourrait encore l'aider à remporter des élections. Créer son parti relève de son choix. Mais, à mes yeux, cela accentue les déchirures au lieu de les apaiser. Quel regard portez-vous sur le débat relatif aux fonds spéciaux, notamment aux fonds politiques ? Chacun peut apprécier cette question à sa manière. Pour ma part, je l'aborde en tant que femme politique vivant dans une zone où les besoins sociaux sont considérables. L'État ne peut pas tout prendre en charge par les circuits ordinaires. Il est donc normal qu'il dispose d'autres moyens pour venir en aide aux populations. Les fonds politiques doivent exister, mais ils ne doivent pas devenir une source d'enrichissement personnel. C'est précisément pourquoi j'insiste sur la déclaration de patrimoine à l'entrée et à la sortie de toute fonction étatique. Par ailleurs, l'utilisation de ces fonds ne peut pas toujours être rendue publique dans le détail. Il peut arriver que le président de la République règle, en toute discrétion, des difficultés concernant de hautes personnalités. Il serait inacceptable que certaines situations soient dévoilées. L'État comporte une part de mystère et celle-ci doit être préservée. Nous avons vu les conséquences de la volonté de vilipender en permanence la République et ses institutions. Êtes-vous alors favorable à un contrôle de ces fonds ? Je ne pense pas qu'il faille instaurer un contrôle classique. Qui l'exercerait, et selon quelles modalités ? L'essentiel est de s'assurer que les gestionnaires de ces fonds n'en profitent pas pour détourner l'argent des Sénégalais. En revanche, il serait important d'évaluer leur utilisation afin d'en mesurer l'impact social, sans nécessairement rendre publiques des informations qui doivent rester confidentielles. Avez-vous été surprise d'apprendre qu'Ousmane Sonko, en sa qualité de Premier ministre, disposait lui aussi de fonds politiques ? Je suis très gênée d'aborder cette question. J'ai surtout été surprise de l'entendre dire, dans un premier temps, qu'il n'avait pas bénéficié de fonds politiques, avant d'affirmer le contraire. Cela m'a profondément étonnée. On ne peut pas dénoncer un mécanisme lorsqu'on est dans l'opposition, puis jouir des privilèges qui lui sont associés une fois au pouvoir. Quel bilan assumez-vous personnellement de votre passage au gouvernement, entre 2019 et 2022 ? Avez-vous des regrets ? J'assume tout ce qui a été accompli pendant mon passage au gouvernement. Le gouvernement auquel j'ai appartenu a réalisé un travail formidable. La première fois que j'ai participé à un Conseil des ministres, une question me taraudait. Nous étions allés sur le terrain demander aux populations de voter pour le président Sall. Je me demandais si les espoirs que j'avais contribué à faire naître chez elles pourraient réellement être satisfaits. Lorsqu'il a pris la parole, j'ai obtenu ma réponse : les préoccupations des populations étaient au cœur de son action politique. Lorsque j'ai quitté le gouvernement, mon opinion n'avait pas changé. Ce jour-là, certains avaient demandé de nouveaux véhicules, plus luxueux. Cela peut sembler anecdotique, mais je me souviens que le président leur avait répondu qu'il n'utiliserait pas l'argent des Sénégalais pour améliorer le confort des ministres alors que les populations, elles, souffraient. Macky Sall plaçait constamment les besoins des citoyens au centre de son discours. Je peux en témoigner. J'assume donc pleinement son bilan pour la période durant laquelle j'ai siégé au gouvernement. Vous étiez candidate aux dernières élections locales à Keur Massar. Serez-vous de nouveau candidate ? Ma priorité politique au Sénégal, c'est Keur Massar. C'est une ville que je porte dans mon cœur. Je ne fais pas partie de ces anciens ministres qui résident dans les quartiers huppés : j'habite à la Cité Gendarmerie de Keur Massar. Je connais donc les difficultés de la ville et de ses habitants. Il faut changer l'image de Keur Massar. Dès que l'on parle d'inondations, d'insécurité ou de pollution, les gens pensent à cette ville. Nous avions organisé le Dialogue de Keur Massar, composé de huit rencontres décentralisées avec toutes les catégories de la population. Nous avions demandé aux délégués de quartier de recenser les besoins de leurs localités. Il ne s'agissait pas de multiplier les promesses. J'avais signé avec eux des contrats qui constituaient à la fois un engagement et une feuille de route. Notre programme prévoyait une évaluation permettant à chaque quartier de savoir ce qui avait été réalisé et ce qui restait à faire. Lors des élections, nous avons officiellement perdu avec un écart d'environ 400 voix, malgré la puissance de Yewwi Askan Wi à l'époque. Nous avions relevé beaucoup d'irrégularités et je reste convaincue que notre victoire nous a été volée. Mais je rends grâce à Dieu. Je prie pour remporter les prochaines élections et faire de Keur Massar une référence nationale en matière de développement et de bien-être. Nous voulons transformer le visage de la ville. Aujourd'hui, l'électorat peut s'effriter et le Pastef est divisé. Je pense donc que nos chances sont très sérieuses. Nous avons des projets pour les jeunes et les femmes, que je continue d'accompagner dans leur autonomisation. La libération des emprises constitue l'un des principaux problèmes de mobilité à Keur Massar. Quelle solution proposez-vous, notamment pour les commerçants concernés ? Nous avons abordé cette question au cours de nos discussions avec les différentes composantes de la société. Les commerçants eux-mêmes avaient formulé des propositions. Notre projet prévoyait un partenariat public-privé afin de construire une infrastructure commerciale susceptible de les accueillir. Un terrain avait notamment été identifié vers la forêt classée. On ne peut pas désencombrer les voies et chasser les occupants sans avoir, au préalable, prévu un site de relogement. Aujourd'hui, on demande aux commerçants de partir sans leur indiquer où ils pourront poursuivre leurs activités. À l'époque, après l'identification du terrain, nous en avions discuté avec le président Macky Sall, qui était disposé à nous l'octroyer. Il n'est plus au pouvoir aujourd'hui. Il reste donc à déterminer comment faire aboutir ce projet. La Casamance, particulièrement la région de Ziguinchor, demeure un foyer politique majeur. Dans un paysage désormais dominé par les pôles Pastef et Kiiraay, comment le PSC/Jappo entend-il y construire une alternative crédible ? Je suis originaire du Blouf, plus précisément du village de Dianky. Nous travaillons dans trois zones de la Casamance : la région de Ziguinchor, y compris le département de Ziguinchor, ainsi que les régions de Sédhiou et de Kolda. Quand on part à la conquête du pouvoir, il faut s'appuyer sur l'existant. La politique engendre inévitablement des frustrations. Pour l'heure, nous consolidons notre base. Jusqu'ici, le jeu politique était assez flou. Il est désormais plus lisible : deux pôles se dessinent, le Pastef et Kiiraay. Beaucoup de Sénégalais cherchent une troisième voie. Le PSC/Jappo entend incarner cette alternative. Pendant que le bras de fer politique s'intensifie entre le Palais et l'Assemblée nationale, les ménages continuent de subir la cherté de la vie. Ces tensions ne détournent-elles pas les autorités des véritables urgences économiques ? Aujourd'hui, c'est toute l'économie du pays qui est plombée. Les commerçants n'ont plus suffisamment de clientèle. Voilà le véritable problème. Une économie fonctionne lorsque les gens ont un emploi, gagnent de l'argent et peuvent consommer. Celui qui vend peut alors augmenter sa production : c'est ainsi que toute la chaîne se met en mouvement. Allez voir les commerçants : certains disent que leur chiffre d'affaires a été divisé par deux ou par trois. C'est là que se situe la difficulté. Notre économie repose largement sur le secteur informel. Lorsque l'économie générale ralentit, l'informel est immédiatement touché, avec des répercussions sur l'ensemble du monde des affaires. La situation exige des mesures fortes pour permettre aux Sénégalais de travailler et d'entreprendre davantage. Les arrêts enregistrés dans le secteur du bâtiment et des travaux publics ont contribué à plomber l'activité. Il faut désormais libérer les énergies et relancer le pays. Au regard des difficultés actuelles, tensions sur le marché du sucre, grogne des producteurs des Niayes, que faudrait-il changer dans la politique commerciale du Sénégal ? Il faut d'abord se dire la vérité : tout producteur doit penser à ses débouchés. Ce n'est pas à l'État de vendre les produits. Son rôle est de créer un cadre favorable et de mettre en place des mesures d'accompagnement. Lorsque j'étais ministre du Commerce, nous avions engagé un travail dans ce sens. Malheureusement, je n'ai pas pu le mener à terme puisque j'ai quitté le gouvernement entre-temps. Un professeur travaillait avec nous sur la mise en place de marchés à terme. Nous avions parcouru le Sénégal afin de concevoir un dispositif permettant au producteur de savoir, en amont, à qui il pourrait vendre sa production. En retour, le transformateur aurait pu sécuriser son approvisionnement. Il faut renouer avec cette démarche pour mieux organiser la rencontre entre l'offre et la demande. Par ailleurs, le marché naturel du Sénégal reste l'Afrique, même si l'exportation du pétrole a quelque peu modifié la structure de notre commerce extérieur. Nous sommes encore loin d'avoir exploité tout notre potentiel. Je souhaiterais que notre politique commerciale accorde davantage de place à l'accompagnement des PME, afin de leur permettre de mieux pénétrer les marchés africains. Le Sénégal était en première ligne lors des négociations sur la Zone de libre-échange continentale africaine. J'étais d'ailleurs la négociatrice du Sénégal. La Zlecaf représente une formidable opportunité pour notre pays et l'État devrait davantage orienter son action dans cette direction. Le ministre de l'Industrie et du Commerce met aujourd'hui beaucoup plus l'accent sur l'industrialisation que sur le commerce. En tant que cadre du ministère, il demeure mon ministre. Mais je souhaiterais que les stratégies liées à la Zlecaf retrouvent une place centrale dans l'action du département. Vous êtes toujours cadre au ministère de l'Industrie et du Commerce. Exercez-vous actuellement des fonctions au sein du département ? Je demeure cadre du ministère. D'après mon bulletin de salaire, je suis affectée au cabinet du ministre, mais aucune mission ne m'est actuellement confiée. J'ai tenté, à plusieurs reprises, de rencontrer le ministre, sans succès. Je reste néanmoins à sa disposition. Je ne sais pas pourquoi je ne parviens pas encore à le voir ; peut-être manque-t-il simplement de temps. Dans tous les cas, je reste à la disposition de l'État du Sénégal. Mon ambition demeure la même : servir mon pays. Autrement dit, l'État continue de vous rémunérer sans vous confier de mission. Comment vivez-vous cette situation ? Effectivement, aucune fonction ne m'est confiée pour le moment. Je ne m'en plains pas pour autant et je poursuis mes propres activités. Mais je ressens toujours un pincement au cœur, parce que je suis profondément attachée au service de l'État. Lorsque j'ai été nommée directrice du Commerce extérieur, je n'avais entrepris aucune démarche politique pour obtenir ce poste. À l'époque, je ne faisais même pas de politique. J'ai servi l'État avec beaucoup de sincérité et je continuerai à lui être loyale. B. BOB ET CH. DIOP Section:verite
"We aggregate wires to encourage regional discovery, sending readers directly back to the original source to explore full coverage."
This is a normalized overview of the breaking feed event. The complete, official release detailing all points, background context, and statements remains hosted by the original publisher.