WIRE — Démentis en cascade, erreurs de référencement et interrogations sur la fiabilité du fichier : la publication de la liste des assujettis à la déclaration de patrimoine par l'Ofnac suscite une vive polémique. Plusieurs personnalités citées comme défaillantes ont apporté les preuves de leur déclaration. La publication de la liste des assujettis défaillants à la déclaration de patrimoine devait être un acte fort. Elle devait surtout matérialiser la volonté de l'Office national de lutte contre la corruption (Ofnac) de faire appliquer la loi dans toute sa rigueur. Mais, au lendemain de sa diffusion, la polémique s'est installée. Des personnalités citées parmi les personnes n'ayant pas satisfait à leur obligation légale sont montées au créneau pour contester leur présence sur le document. Le premier élément qui interpelle est donc la succession de démentis. La Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor (DGCPT) a tenu à préciser que son Directeur général, Amadou Tidiane Gaye, s'était bien acquitté de son obligation de déclaration de patrimoine dans les délais requis. La DGCPT a même fourni une référence précise : le récépissé de déclaration n° EN-GAA01509-1, daté du 4 juin 2026. Elle indique, par ailleurs, que le nom du responsable figure désormais sur la liste actualisée rendue publique par l'Ofnac. Autre cas qui a immédiatement retenu l'attention : celui du Procureur de la République financière, El Hadji Alioune Abdoulaye Sylla. Celui-ci affirme, lui aussi, avoir effectué sa déclaration de patrimoine dans les délais et conformément à la loi. Il explique que l'erreur ayant conduit à son inscription sur la liste des défaillants a été corrigée par l'Ofnac et assure que cette rectification est vérifiable sur le site de l'Office. Ces démentis successifs ont nécessairement jeté le doute sur la fiabilité du fichier initial. Une question s'impose dès lors : comment des personnes ayant effectivement accompli leur obligation ont-elles pu être identifiées comme défaillantes ? " L'initiative est bonne, mais exige de la rigueur " Pour Babacar Ba, coordonnateur du Forum du Justiciable et ancien vice-président de l'Ofnac, il ne faut cependant pas perdre de vue l'essentiel. La publication de la liste constitue, à ses yeux, une avancée majeure dans le combat contre l'enrichissement illicite. Il salue ainsi une démarche qu'il considère comme une première au Sénégal et rappelle que la loi de 2025 donne à l'Ofnac la possibilité de publier non seulement la liste des personnes ayant satisfait à leur obligation, mais également celle des assujettis défaillants ou récalcitrants. Pour lui, l'Ofnac est donc dans son rôle en rendant ces informations publiques. Mais cette satisfaction est immédiatement tempérée par une critique de fond. Babacar Ba regrette que certains assujettis attendent les rappels, voire la menace de publication de leur nom, pour se mettre en règle. Il estime que les autorités soumises à cette obligation auraient dû effectuer spontanément leur déclaration, sans attendre une intervention de l'Ofnac. À ses yeux, la responsabilité est d'autant plus importante que les personnes concernées exercent des fonctions impliquant la gestion de deniers publics. " Une autorité qui est responsable ne devrait même pas attendre que l'Ofnac lui rappelle ses obligations ", estime-t-il en substance. Pour autant, l'ancien vice-président de l'Ofnac refuse que les erreurs commises dans la publication de la liste soient banalisées. Il estime que l'affaire doit désormais déboucher sur une application effective des sanctions, à condition que la liste soit définitivement arrêtée et que certains assujettis demeurent effectivement en situation de défectuosité. " Le mal est déjà fait " C'est cependant sur la question des erreurs contenues dans la liste que Babacar Ba se montre le plus critique. Pour lui, l'affaire du Procureur de la République financière est particulièrement révélatrice. Il considère comme " extrêmement grave " le fait qu'une personnalité puisse être publiquement présentée comme n'ayant pas effectué sa déclaration, alors qu'elle s'en est effectivement acquittée. Le problème, explique-t-il, dépasse la simple erreur administrative. Une fois le nom publié, la personne concernée peut être exposée à une forme de condamnation publique avant même d'avoir eu le temps de rétablir la vérité. " Au moment où tu fais le démenti, le mal est déjà fait ", souligne-t-il. Pour l'ancien responsable de l'Ofnac, " les informations relatives aux déclarations de patrimoine sont trop sensibles pour être traitées avec légèreté ". Il appelle donc l'Office à renforcer ses procédures de vérification avant toute nouvelle publication et à s'entourer de toutes les garanties nécessaires afin de s'assurer que les personnes inscrites comme défaillantes le sont réellement. " Le travail a-t-il été effectué individuellement ou dans le cadre d'une procédure collégiale ? " L'ancien président du Groupe parlementaire sous le régime du Président Abdoulaye Wade, Doudou Wade, adopte une posture beaucoup plus sévère. Pour l'ancien parlementaire, les démentis publiés dans les heures qui ont suivi la publication constituent la preuve que quelque chose n'a pas fonctionné dans le processus. Son interrogation porte d'abord sur la fabrication du document. Qui a établi la liste ? Quelle structure ou quelles personnes ont procédé aux vérifications ? Le travail a-t-il été effectué individuellement ou dans le cadre d'une procédure collégiale ? Autant de questions auxquelles il demande des réponses. Pour Doudou Wade, il ne sert à rien de déplacer le débat tant que la fiabilité du document n'est pas établie. " La liste, d'abord, n'est pas bonne ", martèle-t-il. L'ancien député pousse la métaphore plus loin pour traduire son appréciation de la situation. Si le document de départ est vicié, estime-t-il en substance, il faut reprendre le travail depuis le début et identifier précisément les responsabilités. Il s'interroge également sur le fonctionnement interne de l'Ofnac et sur le caractère collégial de la décision. À ses yeux, la multiplication des démentis, y compris ceux concernant des personnalités occupant des fonctions judiciaires ou étatiques importantes, est suffisamment préoccupante pour justifier des explications. Entre la nécessité de faire respecter l'obligation de déclaration et l'exigence de fiabilité des informations publiées, l'Ofnac se retrouve ainsi face à un double impératif : maintenir la transparence, mais surtout éviter que les erreurs de liste ne fragilisent la crédibilité d'un dispositif présenté comme un outil majeur de lutte contre la corruption et l'enrichissement illicite.
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