WIRE — La polémique autour de l'existence et de la gestion des fonds politiques de la Primature se poursuit au Sénégal. Alors que l' ancien ministre de l'Intérieur Aly Ngouille Ndiaye affirme qu'aucun Premier ministre n'a, de droit, disposé de fonds politiques, des propos attribués à Ousmane Sonko sur l'existence de ressources mises à la disposition de la Primature ont relancé le débat. Dans une tribune, Souleymane Jules Diop, ancien conseiller à la Primature, apporte des précisions sur la nature de ces fonds et revient sur leur évolution sous plusieurs régimes. Selon Souleymane Jules Diop, il convient d'abord de distinguer les différents mécanismes financiers existant au niveau de la Primature. Il évoque notamment le fonds " Aide et secours ", présenté comme une caisse d'avance créée sur autorisation du ministre des Finances et administrée par un régisseur accrédité. D'après lui, ces crédits sont soumis à des règles de plafonnement et font l'objet de contrôles a posteriori portant notamment sur la nature des dépenses, leur conformité et les justificatifs. Il souligne que des mécanismes similaires existent dans d'autres départements ministériels, notamment ceux chargés de la Solidarité et de l'Intérieur. Fonds de sécurité transférés à la Primature L'ancien conseiller à la Primature distingue ensuite ces crédits des fonds destinés à certaines opérations liées à la sécurité. Il affirme que, sous la présidence d'Abdoulaye Wade, une partie de ses fonds de sécurité avait été transférée à la Primature, permettant au Premier ministre de les gérer par délégation présidentielle. Selon son récit, ces ressources auraient notamment été utilisées dans le cadre d'opérations liées au renseignement et à l'anticipation des menaces sécuritaires, notamment en Casamance et dans les pays voisins. Souleymane Jules Diop soutient que ces fonds, par leur nature, ne seraient pas soumis aux mêmes mécanismes de contrôle que les crédits ordinaires de l'État. Dans sa tribune, il revient également sur son passage à la Primature sous Idrissa Seck, au début des années 2000. Il affirme que l' ancien Premier ministre avait alors bénéficié d'une partie importante des fonds mis à sa disposition par le président Abdoulaye Wade et qu'une agente de la BCEAO avait été sollicitée pour en assurer l'administration. Il estime que cette pratique aurait ensuite été maintenue avec d'autres Premiers ministres, notamment Macky Sall et Souleymane Ndéné Ndiaye. Selon lui, après l'arrivée de Macky Sall à la présidence de la République en 2012, le montant de ces ressources aurait dépendu des relations entre le chef de l'État et son Premier ministre, avec une enveloppe pouvant atteindre environ 50 millions de francs CFA. Souleymane Jules Diop rejoint ainsi, sur un point précis, la position défendue par Aly Ngouille Ndiaye : un Premier ministre ne disposerait pas, en vertu d'un droit propre, de " fonds politiques " au sens strict. Il estime toutefois que la Primature a pu bénéficier, au fil des années, de ressources mises à sa disposition par le président de la République, notamment pour des besoins liés à la sécurité ou à certaines interventions. Il considère que l'utilisation du terme " fonds politiques " pour désigner ces ressources entretient une confusion entre plusieurs catégories de crédits et mécanismes financiers.
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