WIRE — La viande est devenue chère sur le marché. Constat effectué dans les grands centres d'agrément du bétail, notamment au niveau du foirail des grands ruminants de Diamaguène Sicap Mbao et au foirail des petits ruminants, ainsi que chez certains bouchers de Dakar. Les prix de la viande de bœuf et de mouton ont connu une flambée au point d'inquiéter les professionnels de l'élevage. Aux abords du rond-point Seras, avant de rallier le foirail des petits ruminants, des rabatteurs accourent pour demander si l'on a besoin de moutons ou de bœufs, afin de nous proposer leurs produits. Et lorsqu'on leur explique les raisons de notre visite, un seul mot sort de leur bouche : " élevage-bi dokhoul ", " le secteur de l'élevage ne marche pas ". Ils nous orientent vers les responsables des associations de professionnels de l'élevage, qui expriment leur amertume face à la cherté des prix de la viande. Les routes de l'approvisionnement coupées Le président du Regroupement des professionnels des abattoirs du Sénégal (Repas), El Hadji Bassirou Niang, lance : " Aujourd'hui, la viande coûte trop cher ". En effet, ce facteur est récurrent de mai à août, période durant laquelle la plupart des éleveurs partent en transhumance vers le Saloum et Tambacounda, dans les forêts, à la recherche de pâturage. Et quand les pluies reviennent, ces éleveurs retournent en suivant les jeunes bêtes pour atterrir au Djolof. Le deuxième facteur de cette cherté est lié à la crise malienne. En effet, le Mali est le pays qui ravitaillait le Sénégal en bœufs et en moutons. Malheureusement, aujourd'hui, avec les problèmes liés au djihadisme, les bœufs et les moutons ne viennent plus. El Hadji Bassirou Niang avance que les " dioulas " (marchands) qui ravitaillaient le marché sénégalais n'ont plus accès au Mali pour acheter du bétail, à cause de l'insécurité. Il en est de même pour les éleveurs maliens, qui ne viennent plus au Sénégal, car souvent des coupeurs de route leur prennent leur argent et leur bétail. " Ces deux facteurs sont à l'origine de la cherté de la viande au Sénégal. Pour trouver du bétail, c'est la croix et la bannière. Ce qui fait que les marchés ne sont plus ravitaillés. Et pratiquement, les éleveurs sénégalais ne vendent pas leur bétail, la plupart du temps, pour des raisons de prestige. Les gens font alors le tour des petits éleveurs, des maisons, des villages pour acheter des bœufs et des moutons et les faire venir à Dakar ", explique le président du Repas. Cette rareté du bétail impacte négativement les prix de la viande de bœuf ou de mouton, mais aussi l'affluence des clients. " Le prix du kilogramme de viande de bœuf oscillait entre 3 500 et 3 800 francs. Actuellement, il varie entre 5 000 et 5 200 francs CFA au niveau des abattoirs. Auparavant, pour la viande de mouton, le kilo s'échangeait entre 4 000 et 4 200 francs. Mais aujourd'hui, le prix du kilogramme de la viande de mouton varie entre 5 500 et 6 000 de nos francs ", détaille El Hadji Bassirou Niang, ajoutant que le Repas traverse une situation très difficile. Surenchère Mansour Mbaye Madiaga, président des professionnels du bétail et de la viande de la banlieue de Dakar, a lui aussi constaté l'envol des prix de la viande sur le marché. Fort de 45 ans d'expérience dans la vente de viande, il affirme que les Sénégalais ressentent pleinement cette cherté. " À mes débuts, je vendais la viande à 350 francs le kilogramme. Mais quand on arrive à vendre le kilo de viande de bœuf à 5 000 francs, et celui du mouton à 7 000 francs, ici à la Sogas, en gros, cela veut dire qu'il y a un problème. Quelle que soit la cherté du prix de la viande de bœuf, le prix du kilogramme n'avait jamais dépassé 2 500 ou 3 000 francs ", regrette-t-il. Mansour Mbaye Madiaga explique que ce sont les professionnels de l'élevage qui vont dans les coins les plus reculés du pays pour s'approvisionner en bétail, à leurs risques et périls, afin de ravitailler le marché dakarois. Il ajoute qu'il est désormais difficile de trouver du bétail dans certains marchés hebdomadaires. " La guerre au Mali complique la situation. Et avec la conjoncture économique difficile, où les salaires sont dérisoires, des pères de famille ne donnent que 5 000 francs pour la dépense quotidienne. Si une dame achète le kilogramme de viande à 5 000 francs, qu'est-ce qu'il lui reste pour l'assaisonnement de sa marmite ? Donc, actuellement, les ménages souffrent ", assène l'éleveur. Boucher rencontré à la Sogas (ex-Seras), Saliou Seck craint le pire : " Nous risquons d'aller en chômage technique. Car si vous achetez le kilogramme de bœuf à 5 000 francs, vous êtes obligé de le revendre à 5 500 ou 6 000 francs, à cause du transport. Mais ça, les clients, surtout les femmes, ne le comprennent pas. Et parfois, ce sont des quiproquos. " Même cri du cœur du côté des acteurs du foirail des grands ruminants de Diamaguène Sicap Mbao. " La viande est devenue chère parce que le bétail est inaccessible. L'aliment de bétail coûte également trop cher. Aujourd'hui, le sac de foin de 25 kilogrammes se vend à 9 000 francs, contre 2 000 francs par le passé. L'autre problème est lié à la guerre au Mali. D'une manière générale, l'élevage ne marche plus. Et cela est dû à la politisation du secteur ", regrette Mody Ba, président du Collectif des acteurs du foirail de Diamaguène Sicap Mbao. Face à cette situation, les acteurs de l'élevage préconisent des solutions d'urgence et la tenue d'assises de leur secteur, tout en redoutant que le prix du kilogramme de bœuf ou de mouton ne grimpe jusqu'à 10 000 francs. Pour réguler les prix de la viande, l'Ascosen demande à l'État de sortir le bâton Face à la cherté de la viande, l'Association des consommateurs du Sénégal (Ascosen) n'y voit qu'une seule alternative : mettre fin à la tyrannie des intermédiaires et encadrer les prix sur le marché. Selon son vice-président Momath Cissé, l'État doit mettre fin aux intermédiaires et encadrer les prix, afin que la viande reste accessible aux consommateurs. " Le prix de la viande ne cesse de grimper au Sénégal, et cette augmentation vient de manière unilatérale de ceux qui nous fournissent la viande. C'est toujours constaté en période hivernale. Et après l'hivernage, le prix reste toujours le même. C'est ainsi que nous avons vu le prix du kilogramme de bœuf passer de 2 500 à 5 000 francs, sans que les autorités ne bronchent ", s'indigne Momath Cissé. Pour lui, il est anormal que l'État laisse grimper les prix de la viande. " Nous avons toujours demandé à ce que les prix soient encadrés ", a-t-il rappelé, avant de dénoncer le rôle des intermédiaires dans la vente. " Le prix de la viande a toujours augmenté parce qu'on n'a pas cherché à éliminer certains intermédiaires. Avant que la viande n'arrive chez le consommateur final, il y a beaucoup d'intermédiaires qui s'activent sur le dos du consommateur. Pour preuve, au foirail des petits ruminants, pour acheter un mouton, il y a au moins dix personnes qui vous suivent. Et ces dix personnes ne vous suivent pas gratuitement : l'animal sur pied en paie le prix, tout comme le prix de la corde est supporté par le consommateur. Il y a donc des frais payés par le consommateur à des intermédiaires qui n'apportent aucune valeur ajoutée. "

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