WIRE — La liste publiée par l'Office national de lutte contre la corruption (OFNAC) a de quoi interpeller. Au ministère de la Justice, pas moins de 57 responsables sont recensés comme " assujettis défaillants " dans la déclaration de patrimoine. Parmi eux figurent des magistrats occupant des fonctions particulièrement sensibles : membres du Pool judiciaire financier,, présidents de Tribunaux d'instance (TI), présidents de Tribunaux de grande instance (TGI), procureurs et responsables de juridictions. L'OFNAC a publié cette liste ce mardi 11 août 2026, après la clôture de la campagne de déclaration. Le plus troublant est sans doute la présence, dans cette liste, de plusieurs membres du Pool judiciaire financier,, précisément l'une des structures judiciaires appelées à jouer un rôle central dans la lutte contre les détournements de deniers publics et la criminalité financière. Sont cités Fatou Binetou Cissokho, membre de la Chambre des appels financier à la Cour d'appel, Mamadou Diallo, membre de la Chambre des appels financier à la Cour d'appel, Babacar Diop, membre du Collège d'instruction, Ngor Diop, membre de la Chambre de jugement, Fall Babacar Sy, membre de la Chambre des appels financier à la Cour d'appel, et El Hadji Alioune Abdoulaye Sylla, procureur au parquet. À ces magistrats s'ajoutent de nombreux responsables des Tribunaux d'instance. La liste de l'OFNAC mentionne Ibrahima Sidibé, président du TI de Bakel, Zeinoul Abidine Diack, président du TI de Bignona, Mamadou Thioune, président du TI de Dagana, Makatti Ndiaye, président du TI de Gossas, Mamadou Fall, président du TI de Goudiry, Founé Camara, délégué du président du TI de Guédiawaye, Khaly Diop, président du TI de Guédiawaye, Amadou Diatta, président du TI de Kaffrine, Pathé Diena, président du TI de Kanel, Malick Ibn Anass Camara, président du TI de Kédougou, Mouhamadou Lamine Cissé, délégué du président du TI de Keur Massar, Seydi Babayel Dia, président du TI de Keur Massar, Serigne Fallou Faye, président du TI de Kolda, Samba Diouf, président du TI de Koumpentoum, Boubacar Ndiaye Fall, président du TI de Louga, Amadou Ka, président du TI de Matam, Moussa Gueye, délégué du président du TI de Mbacké, et Bathie Mbaye, président du TI de Mbacké. La liste se poursuit avec Woula Faye, délégué du TI de Mbour, Mamadou Moustapha Diouf, président du TI d'Oussouye, Samba Gueye, président du TI de Salémata, Moussa Mballo, président du TI de Sédhiou, Malick Diouf, président du TI de Tambacounda, Mamadou Saïdou Diallo, président du TI de Thiès, Ousseynou Diop, président du TI de Vélingara, et Moustapha Diallo, président du TI de Ziguinchor. Le constat est tout aussi préoccupant au niveau des juridictions de grande instance. L'OFNAC classe parmi les assujettis défaillants Hamath Sy, président du TGI de Pikine-Guédiawaye, Mamadou Diouf, président du TGIHC Dakar, Ibrahima Ndoye, procureur de la République près le TGIHC Dakar, Rokhayatou Dione, déléguée du président du TIHC Dakar, Sabassy Faye, président du TGI de Fatick, Sadio Diagne, procureur de la République près le TGI de Matam, Papa Gana Gueye, président du TGI de Matam, Augustin Yakhar Faye, procureur de la République près le TGI de Mbour, Baye Thiam, procureur de la République près le TGI de Saint-Louis, Aliou Dia, procureur de la République près le TGI de Tambacounda, Hanoun Kamara, président du TGI de Tambacounda, El Hadji Mamadou Ndiaye, président du TGI de Tivaouane, Mamadou Bassirou Ndiaye, procureur de la République près le TGI de Tivaouane, et Abdou Khadre Diop, procureur de la République près le TGI de Ziguinchor. D'autres hauts responsables du ministère de la Justice apparaissent également dans le document : Oumar Makham Diallo, président de la Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Tambacounda, Albert Diongue Diouf, président de la Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Ziguinchor, Waly Faye, premier Président de la Cour d'appel de Kaolack, Moustapha Fall, premier Président de la Cour d'appel de Saint-Louis, Ngagne Ndour, directeur des Droits humains, Alassane Gueye, directeur de la Promotion de la bonne gouvernance, Alioune Badara Guissé, directeur régional de l'Administration pénitentiaire de Saint-Louis, Mamadou Diop, secrétaire général du ministère de la Justice, Ndeye Rokhaya Sène, directrice de Cabinet du ministère de la Justice, et Coura Mbissane Ngnilane Diouf, directrice de la Formation initiale. Une situation difficilement compréhensible Le paradoxe est saisissant. La déclaration de patrimoine est précisément conçue pour permettre de suivre l'évolution des biens des personnes investies de responsabilités publiques et pour renforcer l'effet dissuasif contre la corruption et l'enrichissement illicite. L'OFNAC rappelle lui-même que cette obligation vise notamment à encadrer l'évolution du patrimoine des personnes chargées de la gestion des affaires publiques. Or, parmi les personnes qui n'ont pas satisfait à cette obligation figurent des magistrats et responsables judiciaires appelés, dans leurs fonctions, à connaître des dossiers de corruption, de détournement de fonds publics et de criminalité financière. C'est là que le malaise devient particulièrement profond. Comment convaincre les citoyens de la nécessité de rendre des comptes lorsque des responsables investis d'une mission aussi sensible ne se conforment pas eux-mêmes à une obligation légale de transparence ? Le chiffre de 57 " assujettis défaillants " au ministère de la Justice ne constitue donc pas une simple statistique administrative. Il pose une question beaucoup plus fondamentale sur la crédibilité de la politique de lutte contre la corruption. D'autant que le ministre de la Justice avait lui-même, quelques jours avant la publication des listes, demandé aux responsables concernés de régulariser leur situation avant l'échéance. Et lorsqu'on retrouve dans cette liste autant de membres du Pool judiciaire financier,, de présidents de TI, de présidents de TGI et de procureurs, il devient difficile de ne pas s'interroger sur l'efficacité réelle du dispositif. Si ceux qui sont censés participer à la traque des auteurs présumés de détournements et d'infractions financières ne respectent pas eux-mêmes une obligation élémentaire de transparence, sur quelle base construire la confiance ? C'est précisément ce genre de situation qui nourrit le scepticisme. Voilà pourquoi, au vu de cette liste, on peut légitimement se demander si la lutte contre le détournement des deniers publics dispose réellement des garanties institutionnelles nécessaires pour produire les résultats attendus. L'OFNAC, de son côté, dispose d'un cadre légal renforcé et présente la déclaration de patrimoine comme un outil de prévention et de lutte contre la corruption. Mais sur le terrain, le signal envoyé par ces 57 assujettis défaillants au ministère de la Justice, dont plusieurs occupent des fonctions judiciaires de premier plan, est particulièrement désastreux. Quand la transparence devient une obligation que certains responsables chargés de faire respecter la loi semblent eux-mêmes pouvoir négliger, c'est la crédibilité de toute la chaîne de lutte contre la corruption qui se retrouve fragilisée.
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