WIRE — De l'UFR SAT à l'ambition de servir Guédiawaye, l'histoire d'une initiative étudiante née d'un problème très concret : l'accès difficile aux ordinateurs à l'Université Gaston Berger. À Sanar, au début des années 2000, un ordinateur n'était pas encore un outil banal dans la vie d'un étudiant. Pour réaliser leurs travaux pratiques, les étudiants de l'UFR Sciences appliquées et Technologies (SAT) de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis devaient parfois faire la queue pendant des heures. Certains travaillaient tard dans la nuit pour pouvoir accéder aux machines. C'est dans ce quotidien qu'une idée commence à prendre forme. Et si chaque étudiant pouvait disposer de son propre ordinateur ? En 2002, l'un de ceux qui portent cette idée a 20 ans. Il s'appelle Abdoul Aziz Zoumarou. Avec Mame Thierno Kane et Moussa Kandji, il décide de ne pas simplement constater le problème, mais de chercher une solution. Ils donnent un nom à leur projet : " UN ÉTUDIANT, UN ORDINATEUR " L'idée paraît ambitieuse. Mais elle est simple : faciliter l'accès des étudiants à un ordinateur personnel afin qu'ils puissent travailler dans de meilleures conditions et devenir plus autonomes dans leur formation. Le plus difficile commence alors : transformer une idée en réalité. Les jeunes étudiants cherchent des partenaires, prennent des contacts, discutent, négocient et tentent de convaincre. C'est dans ce cadre qu'ils travaillent avec Computer Land, dirigée à l'époque par M. Thiam. Les premiers ordinateurs sont des Compaq Pentium III. La première année, environ 150 ordinateurs sont concernés par le projet. La deuxième année, le dispositif change d'échelle : près de 1 000 ordinateurs. Entre-temps, Abdou Khadre Lo rejoint l'équipe. Ce qui avait commencé comme une idée portée par quelques étudiants devient ainsi une véritable initiative collective. DERRIÈRE LES ORDINATEURS, UNE ÉCOLE DE LEADERSHIP L'histoire pourrait s'arrêter aux chiffres. Elle est pourtant beaucoup plus riche. Car derrière les ordinateurs, il y a une génération d'étudiants qui découvre qu'elle peut agir sur les problèmes qu'elle rencontre. Il faut trouver les bons interlocuteurs, convaincre, négocier avec les fournisseurs, organiser le projet, répondre aux difficultés et, surtout, garder le cap sur l'objectif initial : permettre aux étudiants d'avoir accès aux outils dont ils ont besoin pour apprendre. " Nous étions jeunes, mais nous avions la conviction qu'un problème vécu collectivement pouvait devenir une occasion de construire une solution collective ", se souvient Abdoul Aziz Zoumarou. Cette expérience devient l'une des premières grandes écoles de leadership de son parcours. Elle prolonge un engagement qui avait commencé quelques années plus tôt à Tambacounda, où il avait effectué sa scolarité et obtenu son baccalauréat parce que son père, pharmacien, y travaillait. Son histoire, cependant, commence à Guédiawaye, où il a grandi jusqu'à l'âge de cinq ans. À l'UGB, l'engagement prend une autre dimension. Il devient représentant des étudiants et participe à plusieurs combats pour améliorer les conditions d'études. Parmi ces combats figure la filière DIETEL, consacrée aux télécommunications. Pour les étudiants engagés dans cette filière, il était difficilement concevable de former des spécialistes des télécommunications sans leur donner accès au matériel nécessaire à leur formation. Là encore, le principe est le même : identifier un problème, le porter collectivement et chercher une solution. SANAR, UNE ÉCOLE BIEN AU-DELÀ DES AMPHITHÉÂTRES L'expérience universitaire ne se résume pas aux études et aux responsabilités. À Sanar, le jeune étudiant découvre également le taekwondo, qu'il pratique avec assiduité. Les entraînements du lundi au samedi deviennent une véritable école de discipline. Le sport lui apprend la persévérance, l'endurance, la résilience, le courage et surtout la maîtrise de la peur. Il y a aussi les amitiés, les communautés d'étudiants, la spiritualité et les rencontres qui influencent durablement une trajectoire. Autant d'éléments qui vont contribuer à construire une certaine conception du leadership : un leadership qui ne se résume pas à occuper une fonction, mais qui consiste à être utile aux autres. DES RENCONTRES QUI ONT COMPTÉ Cette période est également marquée par des rencontres avec plusieurs responsables et acteurs institutionnels. Parmi eux figure feu Moustapha Sourang, alors ministre de l'Enseignement supérieur, dont Abdoul Aziz Zoumarou garde le souvenir d'un interlocuteur important dans plusieurs des combats menés autour de l'université. Une photographie conservée de cette époque témoigne notamment de cette période et des réalisations obtenues à la suite de la mobilisation étudiante. VINGT ANS PLUS TARD, UNE HISTOIRE QUI REVIENT Plus de vingt ans après, l'expression " Un étudiant, un ordinateur " revient dans l'actualité nationale. Cette actualité a naturellement fait remonter les souvenirs de ceux qui avaient vécu l'aventure de Sanar. Mais l'objectif n'est pas de confondre les expériences ni de tirer de conclusions sur les débats actuels. Il s'agit de raconter une histoire précise : celle d'un projet porté à l'UGB en 2002 par de jeunes étudiants confrontés à une difficulté très concrète. Comment l'idée est-elle née ? Comment les premiers partenaires ont-ils été trouvés ? Comment les 150 premières machines sont-elles arrivées à Sanar ? Comment le projet a-t-il pu atteindre près de 1 000 ordinateurs l'année suivante ? Et surtout, que reste-t-il aujourd'hui de cette expérience ? Ce sont ces questions qui donnent à cette histoire tout son intérêt. DE SANAR À GUÉDIAWAYE Le parcours d'Abdoul Aziz Zoumarou s'est depuis poursuivi loin des chambres de Sanar. Après ses études en informatique, il a travaillé, voyagé et découvert, dans le cadre de son activité professionnelle, de nombreux pays africains. Ces expériences ont élargi son regard sur le continent et renforcé chez lui une conviction : il existe partout des talents, des idées et des possibilités qui ne demandent qu'à être accompagnés. Aujourd'hui Président du Conseil d'administration de TDS, il porte une ambition qui donne un nouveau sens à cette longue trajectoire. Cette ambition est de mettre son expérience au service de sa ville. La ville de Guédiawaye. Il y a grandi. Il en revendique les racines. Et après avoir été formé à Tambacounda, puis à Sanar, avant de construire son parcours professionnel au Sénégal et à travers l'Afrique, il dit vouloir désormais revenir vers cette ville pour la servir. Son rêve est clair : devenir un jour maire de Guédiawaye. Cette ambition n'est pas présentée comme une rupture avec son parcours, mais comme sa prolongation. Car de la grève d'élèves à Tambacounda au projet " Un étudiant, un ordinateur " à Sanar, puis aux responsabilités professionnelles, un même fil semble traverser son histoire : prendre part, écouter... www.dakaractu.com
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