WIRE — Les trois nouvelles publications de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie consultées par la rédaction de DAKARACTU dressent un tableau économique contrasté. Le Sénégal exporte davantage qu'en 2025, ses recettes publiques progressent, l'inflation reste contenue et la masse monétaire augmente fortement. Mais la production industrielle recule, le déficit commercial s'est brutalement aggravé en juin et le rythme des nouvelles immatriculations au NINEA baisse entre les deux premiers trimestres de 2026. Les documents analysés ne portent pas exactement sur la même période : le bulletin du commerce extérieur concerne juin 2026, les Repères statistiques s'arrêtent principalement à mai et le bulletin NINEA couvre le deuxième trimestre. Leur lecture croisée permet néanmoins de dégager plusieurs tendances majeures de l'économie sénégalaise. La première est la nette amélioration des exportations depuis le début de l'année. Elles atteignent 3 154,3 milliards de FCFA au premier semestre 2026 contre 2 840,3 milliards un an plus tôt, soit +11,1%. En valeur absolue, le Sénégal a exporté environ 314 milliards de FCFA supplémentaires. Cette évolution est fortement soutenue par les hydrocarbures et les produits miniers. L'or non monétaire rapporte 654 milliards de FCFA sur six mois, en hausse de 71,9%. Le gaz naturel liquéfié atteint 144,2 milliards, soit une progression de près de 700%. Les exportations de pétrole brut restent quant à elles supérieures de 8,9% à celles du premier semestre 2025 malgré leur forte chute en juin. Les importations présentent le mouvement inverse sur le semestre. Elles passent de 3 568,8 milliards de FCFA au premier semestre 2025 à 3 283,5 milliards en 2026, soit -8%. Cette combinaison — exportations en hausse et importations en baisse — explique l'amélioration spectaculaire du solde commercial sur six mois. Le déficit passe de 728,5 milliards à 129,2 milliards de FCFA. L'écart représente près de 600 milliards de FCFA. Mais le mois de juin lance un signal plus défavorable. Les importations bondissent de 26,7%, notamment en raison de la facture des produits pétroliers raffinés, tandis que les exportations ne progressent que de 4,4%. Le déficit mensuel atteint alors 128,9 milliards de FCFA, contre seulement 13,3 milliards en mai et un excédent de 1,5 milliard en avril. La situation intérieure présente également plusieurs contrastes. L'inflation à la consommation reste contenue : +0,2% en mai sur un mois et +1,3% sur un an. Les prix à la production industrielle sont en revanche supérieurs de 9,1% à leur niveau de mai 2025. Les termes de l'échange se sont détériorés de 4,2% en mai, les prix à l'importation ayant augmenté alors que ceux des exportations reculaient. L'activité industrielle constitue un autre point de vigilance. La production industrielle globale recule de 7,2% sur un an en mai, principalement sous l'effet d'une chute de 24,2% des industries extractives. Ce recul intervient malgré une progression de 5,9% de la production manufacturière et de 10,3% dans l'électricité, le gaz et l'eau. Le secteur énergétique montre par ailleurs une hausse de la production électrique totale de 8,6% sur un an. Mais cette progression est portée par les achats auprès de producteurs tiers, en hausse de 12,3%, alors que la production propre de la SENELEC diminue de 3,5%. Dans le transport aérien, l'AIBD enregistre une augmentation de 7,9% du nombre de passagers en mai par rapport à l'année précédente. Plus de 1,238 million de voyageurs ont été enregistrés sur les cinq premiers mois, soit +4,4%. Les finances publiques présentent également une progression des recettes. L'État a mobilisé 1 470,5 milliards de FCFA sur les cinq premiers mois de 2026, contre 1 362,8 milliards en 2025, soit +7,9%. L'impôt sur les sociétés affiche notamment une hausse cumulée de 41,9%. Parallèlement, la masse monétaire M2 atteint 12 287,1 milliards de FCFA en mai, en progression de 15,4% sur un an. Les dépôts transférables augmentent de 20,5% et les actifs extérieurs nets de 35,1%. Enfin, le tissu entrepreneurial présente une évolution plus nuancée. Le deuxième trimestre compte 22 180 nouvelles immatriculations au NINEA, soit 9,3% de moins qu'au premier trimestre mais 12,7% de plus qu'au deuxième trimestre 2025. Les créations restent très concentrées : 71,9% des immatriculations concernent des entreprises individuelles et 69,7% de ces dernières évoluent dans le commerce. Géographiquement, Dakar concentre à elle seule 50,4% des nouvelles immatriculations. Un changement apparaît néanmoins dans la structure d'âge. Les moins de 35 ans représentent désormais 50,5% des entrepreneurs individuels nouvellement enregistrés au deuxième trimestre, contre 45,5% un an auparavant. Au total, les indicateurs disponibles dessinent une économie où les performances du commerce extérieur et l'augmentation des recettes publiques coexistent avec plusieurs fragilités : recul de la production industrielle, forte volatilité du solde commercial mensuel, concentration géographique et sectorielle de l'entrepreneuriat et progression des coûts de production beaucoup plus rapide que celle des prix à la consommation www.dakaractu.com

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