WIRE — Vendredi 7 août 2026 devait marquer un tournant dans le tentaculaire dossier " Pape Cheikh Diallo, Djiby Dramé et Cie ". Le magistrat instructeur du cabinet de Pikine/Guédiawaye a rendu une ordonnance définitive tranchant, après de longs mois d'instruction, le sort de près d'une centaine d'inculpés poursuivis pour association de malfaiteurs et actes contre-nature. Mais la joie de ceux qui pensaient recouvrer la liberté a été de courte durée : le procureur Saliou Dicko a immédiatement interjeté appel, suspendant l'ensemble de la décision. Résultat, aucune libération n'aura lieu dans l'immédiat, et ce, pour au moins un mois — le temps que la Chambre d'accusation tranche le différend entre le parquet et le juge d'instruction. Ce que disait l'ordonnance du juge d'instruction Avant l'appel du procureur, le juge avait scindé le dossier en trois groupes. 71 inculpés renvoyés devant le Tribunal correctionnel de Pikine/Guédiawaye, pour être jugés sur les seuls chefs d'association de malfaiteurs et d'actes contre-nature. Parmi eux figurent Pape Cheikh Diallo (Cheikh Amadou Tidiane Diallo), Djibril Dramé, Doudou Lamine Dieng, El Hadj Dione dit Ass Dione, ainsi qu'une soixantaine d'autres prévenus, dont Pape Salif Fall Thiam, Saliou Mbaye alias Zale Mbaye, Serigne Mara Niang, Kader Macodou Dia et Iba Magib Seck. Pour l'ensemble de ce groupe, deux infractions plus lourdes ont été écartées : la transmission volontaire du VIH et la mise en danger de la vie d'autrui ont fait l'objet d'un non-lieu. 28 inculpés bénéficiaient d'un non-lieu total. Ce groupe se divise lui-même en deux catégories : Cinq personnes libérées pour prescription de l'action publique : Mamadou Lamine Diouf, Doudou Diop, Balla Mbaye, Mamadou Guèye et Omar Gning. Les autres, dont Pape Birame Bigué Ndiaye — également adjoint au maire de Ouakam, Chérif Diatta —, Hissein Guigousso, Mame Samba Diallo, Mansour Baldé dit Zo, Florian Julien Monneron, Serigne Bamba Amar, Abdou Aziz Guèye, Ouly Ndiaye et Mansaly, Abdoulaye Diallo, Mamadou Mbaye, Assane Sow, Moussa Diallo, Moussa Diop, Serigne Saliou Diouf, Mamadou Youbi Diop, Birane Diop, Mamadou Lamine Sylla, Abdourahmane Cissé, Cheikh Bassirou Mbacké, Serigne Mourtallah Guèye, Thierno Ndiaye et Daouda Dia, libérés pour insuffisance de charges, avec restitution de tous les biens saisis. L'appel du procureur : tout est suspendu C'est là que le scénario bascule. Dans un communiqué diffusé vendredi en fin de soirée, le chef du Parquet de Pikine, Saliou Dicko, a annoncé avoir fait appel de l'ordonnance dans sa totalité — aussi bien la partie renvoyant 71 inculpés devant le tribunal que celle prononçant le non-lieu pour les 28 autres. Le ministère public, rappelle le communiqué, avait requis le renvoi de l'ensemble des inculpés pour toutes les infractions retenues, y compris celles finalement écartées par le juge. Or, la loi sénégalaise réserve au seul procureur la faculté de faire appel d'une ordonnance définitive du juge d'instruction. Ce recours a un effet immédiat et mécanique : il suspend l'exécution de la décision, y compris les mesures de mise en liberté qu'elle ordonne. Concrètement, qui reste en prison ? La réponse est simple, mais brutale pour les personnes concernées : tous les inculpés qui se trouvaient en détention au moment de l'ordonnance restent en prison, sans exception, jusqu'à ce que la Chambre d'accusation statue sur l'appel du procureur — une procédure qui devrait prendre au moins un mois. Cela signifie que : Les 71 inculpés renvoyés devant le tribunal correctionnel et placés sous mandat de dépôt demeurent détenus, ce qui n'a en soi rien d'inhabituel puisqu'ils doivent de toute façon être jugés. Mais surtout, les inculpés qui avaient obtenu un non-lieu — qu'il s'agisse d'une prescription de l'action publique ou d'une insuffisance de charges — et qui étaient sous mandat de dépôt ne sont pas libérés. L'appel du parquet efface, pour l'instant, le bénéfice de leur non-lieu. Ils restent en détention dans l'attente de l'arbitrage de la Chambre d'accusation, alors même que le juge d'instruction avait estimé qu'aucune charge suffisante ne pesait sur eux. En clair, la distinction entre " renvoyé au tribunal " et " bénéficiaire d'un non-lieu " n'a, pour l'heure, plus aucune incidence sur la situation carcérale des personnes concernées. Seule la levée du recours du procureur, ou une décision de la Chambre d'accusation confirmant les non-lieu, pourra permettre aux personnes concernées de recouvrer effectivement la liberté.
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