WIRE — Le 30 juillet dernier, dans un grand hôtel de Ziguinchor, la scène est bien connue de la vie politique sénégalaise : discours officiels, applaudissements nourris, remise de matériel à des groupements de femmes. Ce jour-là, ce sont 45 moulins à céréales, pour un montant estimé entre 40 et 45 millions de francs CFA, qui ont été distribués à des coopératives féminines par la Première dame Marie Khone Faye. Une opération présentée comme un geste de solidarité envers les femmes rurales, mais qui ravive une polémique récurrente au Sénégal : celle du rôle et du financement des fondations présidentielles. Cette sortie casamançaise n'est pas isolée. Elle prolonge une première initiative lancée le 17 juillet à Fatick, où 63 moulins avaient déjà été remis dans le cadre d'un plan national annoncé à hauteur de 750 unités. Le coût global de ce programme, évalué entre 800 millions et un milliard de francs CFA, interroge sur son financement : s'agit-il de fonds publics, de dons privés, ou de ressources dont l'origine reste à ce jour inconnue ? Ni le budget de l'État ni un contrôle de la Cour des comptes ou de l'Autorité de régulation des marchés publics ne semblent encadrer ces opérations, portées par la Fondation " Sénégal Solidaire ", structure privée coprésidée par Marie Khone Faye et Absa Faye. Ce flou budgétaire s'accompagne d'une seconde interrogation : celle du chevauchement avec les prérogatives de l'État. En intervenant directement dans les champs de l'agriculture, de l'entrepreneuriat féminin ou du développement communautaire, la Fondation empièterait sur les missions des ministères de la Femme, de l'Agriculture ou encore de la Santé — une pratique difficilement conciliable avec le discours de rationalisation de l'action publique porté par le régime au nom du " Jub, Jubal, Jubbanti ". L'histoire récente du pays nourrit également le scepticisme. Des fondations d'Élisabeth Diouf à Viviane Wade, jusqu'à celle de Marième Faye Sall, les précédentes structures caritatives portées par des Premières dames n'ont, selon leurs détracteurs, jamais permis d'éradiquer durablement la pauvreté, tout en offrant une vitrine médiatique à leurs promotrices. Enfin, la dimension politique du calendrier interpelle. Alors que le président Bassirou Diomaye Faye a récemment fondé son propre parti, Kiiraay-Les Patriotes Républicains, encore en quête d'ancrage populaire, ces distributions de moulins dans des zones rurales stratégiques nourrissent les soupçons d'une opération de séduction électorale déguisée en action sociale. Les femmes rurales, actrices influentes de la vie communautaire, représentent un vivier de voix que le parti présidentiel chercherait à mobiliser à l'approche des prochaines échéances locales et législatives. Entre élan de solidarité et instrumentalisation politique supposée, la Fondation " Sénégal Solidaire " cristallise ainsi les tensions d'un pouvoir qui avait promis la rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs, mais que ses détracteurs accusent d'en reproduire les méthodes.
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