WIRE — SURPOPULATION CARCÉRALE ET DÉTENTION PROVISOIRE L'État annonce deux nouvelles prisons à Malicounda et Louga Le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, a annoncé à Afrikajom Center que 25 milliards de F CFA ont été mobilisés pour la construction, en 2027, de deux nouveaux établissements pénitentiaires à Malicounda et à Louga. Le gouvernement entend parallèlement réduire le recours au mandat de dépôt et développer les solutions alternatives à l'incarcération. La réduction de la surpopulation carcérale semble désormais figurer parmi les priorités du ministère de la Justice. Lors d'une rencontre tenue mardi 4 août 2026 avec le fondateur d'Afrikajom Center, Alioune Tine, le garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, a fait part de la volonté de l'État de construire deux nouvelles prisons à Malicounda et à Louga, dès 2027. D'après le compte rendu publié par Afrikajom Center, une enveloppe de 25 milliards de F CFA a été dégagée pour la réalisation de ces deux établissements pénitentiaires. Le document leur attribue une capacité annoncée de 25 000 places, sans préciser s'il s'agit d'une capacité cumulée ou propre à chacun des établissements. Cette annonce intervient au lendemain d'une visite inopinée effectuée, à 21 heures, à la prison de Rebeuss par le ministre de la Justice. Me Moussa Sarr était accompagné de responsables judiciaires, notamment des procureurs et des doyens des juges d'instruction. Selon Afrikajom Center, l'objectif était de permettre aux magistrats disposant du pouvoir de placement en détention de constater directement les conditions de vie des prisonniers. Au cours de sa rencontre avec Alioune Tine, le garde des Sceaux aurait confié avoir été profondément marqué par la situation observée à Rebeuss. Certaines cellules accueilleraient près de 150 détenus, dans des conditions considérées comme incompatibles avec les exigences élémentaires de respect de la dignité humaine. Au-delà de la construction de nouveaux établissements pénitentiaires, le ministère de la Justice entend agir sur l'une des principales causes de la surpopulation carcérale : le recours important à la détention provisoire. Dans une circulaire datée du 13 juillet 2026 et consacrée à la réduction du mandat de dépôt, Me Moussa Sarr a demandé aux procureurs de favoriser les modes alternatifs de règlement des différends. Il les a également invités à privilégier la mise en liberté lorsque la personne poursuivie présente des garanties suffisantes de représentation devant la justice. Cette orientation rejoint celle exprimée par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, à la suite de la présentation d'un rapport de la Commission nationale des droits de l'homme. Le chef de l'État avait rappelé que la liberté devait rester la règle et la détention l'exception. Afrikajom Center a salué ces premières mesures, tout en appelant à une réforme plus profonde de la politique pénale. Pour l'organisation dirigée par Alioune Tine, le système actuel reste largement marqué par une logique de présomption de culpabilité, avec comme conséquence une utilisation excessive de la détention préventive. Le centre de réflexion recommande notamment au ministre de proposer une loi consacrant plus concrètement la présomption d'innocence. Il préconise également une utilisation plus rationnelle du placement sous surveillance électronique, afin que le bracelet électronique constitue une véritable solution de substitution à l'incarcération. Un déficit de magistrats et d'avocats La rencontre a également permis d'aborder les difficultés structurelles de la justice sénégalaise. Afrikajom Center a notamment attiré l'attention du ministre sur le déficit de magistrats, présenté comme l'un des facteurs contribuant à la lenteur des procédures et à la prolongation des détentions provisoires. Selon les estimations communiquées lors des échanges, le Sénégal aurait besoin de près de 1 300 magistrats pour répondre correctement aux besoins du service public de la justice. Le pays compterait également environ 439 avocats inscrits au barreau, principalement établis à Dakar, alors qu'il en faudrait presque le double pour assurer une couverture satisfaisante de l'ensemble du territoire national. Afrikajom Center a exprimé sa disponibilité à accompagner le ministère dans la mise en œuvre des réformes annoncées. L'organisation s'est également réjouie des audiences récemment accordées par le chef de l'État à plusieurs institutions, dont l'Observatoire national des lieux de privation de liberté, la Commission nationale des droits de l'homme et le Médiateur de la République. Pour le centre dirigé par Alioune Tine, ces consultations et les mesures annoncées constituent les premiers signes d'une volonté de replacer la protection des droits humains et la dignité des personnes détenues au cœur de la politique judiciaire. Reste désormais à traduire ces engagements en actes et à mesurer leurs effets sur la surpopulation carcérale et le recours à la détention provisoire. M. DIOP Section:social
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