WIRE — SECRÉTARIAT GÉNÉRAL ONU Comment la campagne de Macky Sall espère rebondir   Certains proches de l'ancien président de la République estiment que le contexte diplomatique et international, marqué entre autres par la crise migratoire dans l'enclave de Ceuta, va remettre le continent africain au centre du jeu. Et ce, en dépit de la règle tacite de la rotation régionale, favorable à un profil sud-américain… et féminin.   Il était le grand favori des chancelleries occidentales comme des bookmakers. Hélas, Rafael Grossi, patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique et candidat de l'Argentine au poste de futur secrétaire général des Nations unies, a vu son étoile pâlir lors du premier " straw poll " – un vote informel des 15 membres du Conseil de sécurité – qui s'est déroulé le 30 juillet dernier. Avec sept votes positifs, il fait presque jeu égal avec Macky Sall et la Chilienne Michelle Bachelet (6 votes chacun), dont les performances ont été jugées décevantes de manière presque unanime en raison de votes de découragement élevés (5 pour Bachelet, 7 pour Sall). On ignore encore, à ce stade, si ces deux derniers risquent un veto des membres permanents du Conseil de sécurité. Pour mémoire, le processus de sélection du futur patron de l'ONU peut s'étirer sur plusieurs mois : il doit réunir au moins neuf votes positifs sur quinze, et l'aventure s'arrête dès qu'un des cinq " big five " (France, Russie, Chine, États-Unis, Royaume-Uni) brandit et maintient son veto. Au début du mois d'avril, alors que la campagne électorale débutait à peine, un proche du Portugais António Guterres – l'actuel secrétaire général de l'ONU – avertissait la rédaction d'EnQuête et, en creux, douchait les espoirs de l'ex-favori Rafael Grossi : " Macky Sall comme le continent africain se font des illusions. La technostructure des Nations unies est cramponnée au principe de la rotation régionale, même s'il s'agit d'une tradition non inscrite dans ses statuts. La pression va être très forte pour élire une femme issue du continent sud-américain. " Selon nos informations, António Guterres a effectivement préparé le terrain et mené une campagne souterraine en faveur de ses possibles remplaçantes, à savoir la désormais favorite Rebeca Grynspan (Costa Rica, 10 encouragements) ou Carolyn Rodrigues-Birkett (Guyana, 9 encouragements). Quant à la Chilienne Michelle Bachelet (6 encouragements et 5 découragements), en dépit de sa fonction d'ancienne présidente de la République et de sa haute stature internationale, elle semble désormais hors course en raison de probables vétos émanant de la Chine, de la Russie et même des États-Unis. Cela s'explique, entre autres, par ses positions en tant que Haut-Commissaire aux droits de l'homme, notamment en défense du peuple ouïghour et du droit à l'avortement. Du côté de l'équipe de Macky Sall, on espère capitaliser sur les 6 votes positifs, en misant sur le fait que les 7 " découragements " obtenus à ce stade n'impliquent aucun des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Et que les divisions inévitables entre les autres candidats, presque tous issus des Caraïbes et du continent sud-américain, ouvriront la voie à un profil susceptible de réunir un consensus. " Les pays européens membres du Conseil de sécurité (France, Royaume-Uni, Danemark, Grèce, Lettonie) devraient réfléchir à l'ampleur des crises qui les menacent au lieu de privilégier un profil issu du continent sud-américain, au nom d'une règle de rotation en réalité non inscrite dans les statuts des Nations unies. Ce qui s'est passé la semaine dernière à Ceuta (plusieurs dizaines de milliers de migrants marocains et subsahariens ont franchi la frontière pour rejoindre le territoire espagnol) n'est qu'un exemple de plus montrant que l'ONU a besoin d'un profil politique africain comme celui de Macky Sall, et non d'un technocrate ou d'un gestionnaire de plus. " Les chiffres officiels (données ONU/OCHA, FAO, HCR) ne démentent pas l'analyse : avec plus de 50 millions de personnes en situation d'aide humanitaire urgente, des risques de famines multiples, une concentration de la plupart des conflits armés de la planète, une démographie en pleine explosion, sans parler des conséquences du réchauffement climatique, le continent africain ferait passer son cousin sud-américain pour un véritable oasis de tranquillité… Mais la campagne de l'ex-chef de l'État sénégalais rencontre d'autres résistances, qui n'ont, elles, rien à voir avec celles de la bureaucratie onusienne. L'Ouganda, encouragé en sous-main par le Rwanda, l'Afrique du Sud, le Nigeria et surtout l'Algérie, a présenté à la dernière minute la candidature concurrente d'Olara Otunnu, ancien haut responsable de l'ONU et ex-figure de l'opposition ougandaise désormais rentrée dans le rang. Un front du refus " africain " au profil de Macky Sall qui obéit à des logiques différentes et contradictoires. Si le Nigeria, l'Afrique du Sud et l'Algérie entendent régler leurs comptes avec un candidat jugé trop francophone, francophile ou proche du Maroc, l'Ouganda et le Rwanda espèrent avant tout torpiller l'ennemi burundais Évariste Ndayishimiye, coupable d'avoir porté la candidature de Macky Sall au nom de son pays et de l'Union africaine. Demeure également une inconnue de taille : quelle sera l'attitude des États-Unis lorsque débuteront les véritables votes aux Nations unies, avec droit de veto éliminatoire ? " Aussi étonnant que cela puisse paraître, Donald Trump espère toujours caser à la dernière minute son nouvel ami, l'Italien Gianni Infantino, actuel patron de la FIFA ", explique une autre source onusienne qui ne cache pas sa consternation ni son embarras. Une hypothèse jugée totalement irréaliste par la totalité des diplomates sondés par EnQuête. " Personne n'acceptera Infantino à la tête de l'ONU. Ni les Russes, ni les Chinois, ni même les Français. Mais Trump est imprévisible. Il est même capable d'infliger un veto à une favorite sud-américaine pour placer son copain ", soupire l'un d'entre eux. De quoi redonner de l'espoir à un outsider africain ? Diéné Seck Section:international

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