WIRE — La décentralisation est sans doute l'une des réformes les plus proclamées et les moins accomplies de la vie publique sénégalaise. A intervalles réguliers, le sujet revient dans le discours public comme une promesse toujours recommencée. C'est ainsi qu'il faut comprendre la réforme curieusement appelée Acte IV de la Décentralisation alors que celle de l'Acte III n'est pas achevée. Cette initiative va encore empiler les strates d'échelon local, alourdir le cadrage budgétaire par une augmentation des transferts de fond de compensation (Fonds de dotation, Fonds d'Equipement des Collectivités locales, Fonds de péréquation). Sans compter l'encouragement à un éternel recommencement qui veut que chaque nouveau régime vienne avec son nouvel acte de la décentralisation. Beaucoup d'acteurs des territoires s'accordent sur un point : la seule réforme qui vaille dans l'urgence, c'est celle de la vocation de nos collectivités territoriales et le recentrage de leur mission première qui est de mettre en place des infrastructures de proximité (centres et postes de santé, cantines scolaires dans les écoles, bibliothèques, piscines municipales, complexes sportifs) dans nos territoires. Or, nous sommes loin du compte. A part la ville de Dakar qui a hérité de feu Mamadou Diop une vision à la hauteur d'une vocation de Collectivité locale, aucune des 4 autres villes restantes et des 557 communes n'est en mesure de faire valoir un bilan acceptable dans la fourniture de services de proximité ces 30 dernières années sur volonté propre et sans la participation des partenaires au développement. Dans le même temps, nos quartiers sont soumis à un effet de stock. Des jeunes désœuvrés y vivent au quotidien avec des frustrations extrêmes. Certains sont obnubilés par la recherche effrénée d'une identité sociale ailleurs qu'au Sénégal en bravant l'océan atlantique avec un slogan mobilisateur toujours en vigueur : Barsa ou Barsakh. D'autres sont sur le marché étriqué de la débrouille au quotidien. Le reste qui est pour le moment minoritaire tout en prenant du volume est constitué de jeunes filles célibataires élevant seules leurs enfants et de déviants dont des agresseurs connus de tous, notamment des plus jeunes qui les regardent en modèles. Cette nouvelle forme de tolérance et de modélisation d'un " métier " témoigne d'une évolution profonde de nouveaux modes de vie dans les quartiers codifiés par les familles et les populations en général. Une immersion dans les grandes communes emblématiques des Parcelles Assainies, de Grand Yoff, Médina, Yeumbeul Sud, Djeddah Thiaroye Kao, Golf Sud, Wakhinane Nimzat et Notaire permet de prendre la mesure des courants qui traversent nos quartiers, des évolutions de mentalités et des changements qui se produisent en permanence de manière souterraine et souvent invisible. La rancune est devenue le principal moteur d'une grande partie de notre jeunesse dans un contexte de violence du langage et de comportements asociaux qui tend à s'imposer comme un modèle dominant. Dans leur quotidien, ils n'ont aucun contact établi avec l'Etat central, les autorités nationales comme locales et sont déconnectés de la République et de ses institutions. Le même phénomène s'observe dans les communes périphériques de la presqu'ile à Hann Yarakh, Thiaroye Sur mer, Guinaw Rail avec une intensité variable et une ampleur plus marquée dans la couronne Keur Massar, Diamaguène Sicap Mbao en fonction des dynamiques démographiques et sociales Il faut comprendre ce qui nous arrive collectivement. Nous sommes devant des changements tout à fait considérables qui multiplient les défis à relever et dont l'Etat a du mal à soupçonner l'ampleur : délitement du lien social, effondrement de la famille et sauve qui peut général et tentaculaire qui imprègne le quotidien de chefs et mère de famille. Les quartiers évoluent plus vite que l'administration de notre pays et de son organisation décentralisée de sorte qu'il y a un décalage croissant entre les populations en milieu urbain et l'action publique locale. La nature des règles du jeu a maintenant changé. La question n'est plus de réformer pour le besoin de réformer mais de répondre plus efficacement aux nouvelles menaces venues de nos quartiers Réformer mais pas n'importe comment Pour agir efficacement, une réforme requiert de la clarté et de la cohérence. Elle ne trouvera pas son compte dans des initiatives qui promeuvent l'empilement des strates de collectivités territoriales sans s'assurer de ses effets positifs. Cette vision uniformisatrice, purement managériale se fait contre les dynamiques sociales, les territoires, les contribuables locaux et les citoyens. Il est quasi impossible de raisonner sur le territoire si on n'intègre pas les récentes évolutions démographiques et notamment le rajeunissement accéléré de la population. De même, on ne peut réfléchir à l'avenir de nos territoires sans une analyse sociologique approfondie des mutations sociales et des évolutions dans les modes de vie. La montée en puissance de l'échelon régional et la fusion des régions en Pole territoire, principale innovation de l'avant-projet de réforme ne semblent pas en mesure de répondre efficacement aux nouvelles préoccupations des territoires. Durant tout le temps qu'elle faisait partie de l'architecture institutionnelle avec la réforme du 22 mars 1996 jusqu'à sa disparition le 28 décembre 2013, la région en tant que Collectivité locale était constamment en interrogation existentielle sur ses fondements idéologiques. A la pratique, elle a surtout montré qu'elle n'était pas un niveau pertinent de proximité. Sans fiscalité locale, vivant uniquement de dotations de l'Etat, sans vraie compétences à part s'occuper des lycées et des hôpitaux (ce qu'elle faisait mal), la région a été maintenue en situation de paupérisation par l'Etat qui n'avait plus de fiscalité à lui céder. Une décentralisation authentique suppose que celui qui décide soit celui qui finance et que l'impôt local soit l'expression claire d'un choix politique assumé. Le Conseil régional a trop souffert de cette évidence et il serait illusoire de reproduire les mêmes schémas. Il s'y ajoute que fusionner des régions pour en faire des Pôles territoire est un pari risqué pour les réticences que cela va entrainer de la part des élus, de l'administration territoriale et des populations. Naturellement cette réforme proposée sera difficile à mettre en œuvre et se heurtera à de puissants intérêts Plus globalement, l'Etat doit se convaincre lui –même qu'une politique publique n'est pas efficace parce qu'elle est simplement mue par la seule volonté de laisser des traces dans l'inventaire d'un bilan. Elle l'est parce qu'elle atteint les objectifs qui lui sont assignés. Entre le souci d'aller vite et la multiplication des initiatives, il existe une voie plus exigeante : elle consiste à distinguer les réformes qui apportent des solutions efficaces et celles qui ne produisent aucun des effets attendus. Un nouveau souffle de décentralisation dans notre pays ne viendra pas d'une nouvelle loi mais d'abord d'une réflexion globale sur 66 ans de pratique d'un idéal (la décentralisation), de sa plus-value dans le vécu concret des populations, de sa capacité à suppléer l'Etat au plus près de chaque citoyen en demande de services publics locaux. Un grand débat sur la décentralisation, sur les nouvelles préoccupations locales, la pertinence de chaque échelle de gouvernance locale, les libertés locales, les responsabilités citoyennes et le mode de scrutin des élections locales est indispensable préalablement à toute nouvelle réforme La commune n'est plus le référentiel incontournable de nos politiques de décentralisation De toutes les échelles de gouvernance, la commune a été l... www.dakaractu.com

"We aggregate wires to encourage regional discovery, sending readers directly back to the original source to explore full coverage."

This is a normalized overview of the breaking feed event. The complete, official release detailing all points, background context, and statements remains hosted by the original publisher.