WIRE — MAFOUZE BALDE, CHEF DU BUREAU RÉGIONAL DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE DE MATA"Il y a 62 291 personnes en insécurité alimentaire dans la région"   Nous sommes en période de soudure et certains départements de la région semblent menacés par l'insécurité alimentaire. À la lumière des données récentes, quelle est la situation réelle sur le terrain ? En ma qualité d'agent de l'État et de représentant officiel du STCNSA, service directement rattaché au cabinet de Monsieur le Premier ministre, il me plaît, d'emblée, de lever tout malentendu ou toute interprétation ambiguë : aucun département de la région de Matam n'est en phase de crise (phase 3). Au sortir de la session d'analyse nationale du Cadre harmonisé (CH) de mars 2026, les trois départements de la région, Matam, Kanel et Ranérou,  ont été officiellement classés en phase 2 (sous pression/situation sous surveillance), représentée par la couleur jaune sur les cartographies dudit CH. La région fait preuve d'une résilience globale très largement majoritaire, avec environ 90 % à 97 % de la population se situant en phase 1 (minimale) ou en phase 2. À Kanel, 97 % de la population, soit 360 810 habitants, est résiliente, contre seulement 3 %, soit 11 159 habitants, ciblés par l'assistance du Plan national de riposte (PNR). À Ranérou, 92 % de la population, soit 103 433 habitants, est résiliente, tandis que 8 %, soit 8 994 habitants, se trouvent en phase 3. À Matam, 90 % de la population, soit 379 243 habitants, est résiliente, contre 10 %, soit 42 138 habitants, en phase 3. La fragilisation de ces poches de population ciblées durant la période de soudure s'explique principalement par trois facteurs. Il y a d'abord les facteurs nutritionnels et sanitaires : les indicateurs de santé et de nutrition pèsent lourdement dans les algorithmes du Cadre harmonisé. Il y a ensuite les tensions pastorales, particulièrement observées dans la zone du Ferlo, Ranérou et les zones du Diéri de Matam et de Kanel. Elles sont marquées par l'épuisement précoce des fourrages et les difficultés d'accès aux points d'abreuvement. Enfin, il y a les aléas hydroclimatiques : les irrégularités pluviométriques et les séquences sèches intra saisonnières récurrentes affectent directement les moyens de subsistance des populations rurales. Face à cette situation, quelle stratégie globale le BRSA et le Secrétariat technique du Conseil national de sécurité alimentaire (STCNSA) ont-ils mise en place ? Notre réponse repose sur une articulation claire entre l'urgence sociale et le changement de paradigme prôné par le STCNSA, sous la direction éclairée de Monsieur Boubacar Dramé. Depuis sa nomination à la tête de la structure, il n'a cessé de multiplier les initiatives cohérentes et concertées avec toutes les parties prenantes concernées par les questions relatives à la sécurité alimentaire : institutions, acteurs territoriaux et communautaires ainsi que partenaires techniques et financiers. À notre sens, l'exigence de prévention et d'anticipation impose une coordination renforcée du Plan national de riposte (PNR) par le BRSA, sous l'égide du STCNSA. Cette démarche vise à déployer un soutien ciblé et mesuré au profit des 62 291 personnes identifiées en phase 2 de l'insécurité alimentaire dans l'ensemble de la région, selon les projections du Cadre harmonisé de mars 2026. S'agissant du changement de paradigme relatif aux Nouveaux Terroirs résilients, le STCNSA opte pour la mise à l'échelle et la mise en œuvre intégrale des NTR, notamment à travers le déploiement du sous-programme C du PNASAR, avec une vision à l'horizon 2035. L'objectif est de passer de l'assistance humanitaire passive à l'investissement territorial structurant, grâce à un triptyque opérationnel. Il y a le SIRT, Système d'information sur les ressources des territoires, qui est un outil numérique géospatial, disponible sur le Web et sur Android, permettant de cartographier le foncier et l'eau, mais aussi de guider le ciblage. Il y a les EFR, Exploitations familiales résilientes : il s'agit de créer des fermes agro écologiques intégrées d'au minimum un hectare, dotées d'un système d'irrigation solaire, d'espaces de maraîchage et d'élevage ainsi que de bassins piscicoles d'une superficie de 100 m². Enfin, il y a les UMSA, Unités de services marchands et d'agroéquipements, qui sont des microentreprises rurales animées par des jeunes pour assurer le conseil, la fourniture d'intrants et la maintenance des équipements. Il faut noter que la région de Matam, aux côtés de celles de Saint-Louis, Louga et Tambacounda, se trouve au cœur de la super-priorité du rééquilibrage Nord-Est, dont l'objectif quinquennal, durant la première phase, est d'installer 22 500 EFR, soit 25 % de l'objectif national fixé à 90 000 EFR sur vingt ans. Comment expliquer que les mêmes zones restent vulnérables d'une année à l'autre ? Votre interrogation est tout à fait légitime, car la récurrence de la vulnérabilité peut s'expliquer par la dualité éco géographique structurante de notre région. La zone sylvopastorale, qui couvre le Ferlo et le Diéri, présente une forte dépendance aux aléas pluviométriques. Elle est caractérisée par une grande variabilité spatio-temporelle de la biomasse fourragère et par des déficits récurrents en eau. Dans la zone du Walo et de la vallée du fleuve, bien que celle-ci soit bordée par le fleuve Sénégal, l'accès à une maîtrise totale de l'eau et aux équipements d'irrigation reste inégalement réparti entre les exploitations familiales et les grands aménagements. Il y a également la pression sur les termes de l'échange. Durant la période de soudure, la dégradation du rapport " bétail-céréales " fragilise considérablement le pouvoir d'achat des pasteurs. Vous coprésidez le Groupe de travail pluridisciplinaire (GTP) avec l'ANACIM. Quelle valeur ajoutée cette structure apporte-t-elle concrètement à l'échelle locale ? Effectivement, compte tenu de l'objectif principal des GTP, qui s'articule autour de l'amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations, ainsi que de l'implication du BRSA que je dirige, il est tout à fait normal que le comité technique soit coprésidé par l'ANACIM et le BRSA, naturellement sous la présidence effective des préfets des départements de Matam et de Kanel pour l'exercice 2026. Sans ambages, les GTP apportent une valeur ajoutée stratégique, notamment en matière d'alerte précoce et d'anticipation. Nous effectuons une analyse décadaire, tous les dix jours, de juillet à octobre, de la pluviométrie, de l'hydrologie, du développement des cultures, de l'état des pâturages et de la dynamique des marchés. L'information scientifique aide à la prise de décision. Nous produisons et diffusons régulièrement des bulletins agro météorologiques décadaires permettant d'orienter les choix des producteurs et les décisions des autorités locales. Il y a également les synergies multisectorielles, car nous centralisons et croisons les données provenant de multiples services techniques : Agriculture, Élevage, Eaux et Forêts, Commerce et ARM, Pêche et Hydrologie. Mais c'est surtout dans la prise de décision rapide que réside l'intérêt du dispositif. Le GTP a la capacité d'effectuer des missions conjointes de diagnostic d'urgence sur le terrain en cas de choc hydroclimatique, d'inondation ou d'attaque phytosanitaire. Au-delà des réponses aux urgences conjoncturelles, quelles solutions pérennes envisagez-vous à moyen et à long terme pour la région ? Au regard des spécificités de la région, et pour endiguer définitivement l'insécurité alimentaire dans la région de Matam comme partout ailleurs, le STCNSA s'appuie globalement sur ses orientations et axes stratégiques, en cohérence avec l'Agenda national de transformation Sénégal 2050. Il s'agit notamment de l'opérationnalisation de la Stratégie nationale de sécurité alimentaire (SNSA) et du Programme national d'appui à la sécurité alimentaire et à la résilience (PNASAR). La mise en œuvre de ce dernier a permis de promouvoir les Nouveaux Terroirs résilients (NTR), déclinés autour de quatre piliers structurants. La territorialisation des EFR : déployer des fermes agroécologiques adaptées aux spécificités locales, packs Vallée et packs sylvopastoraux, avec une maîtrise de l'eau garantie par le pompage solaire. La cartographie hydro foncière par le SIRT : sécuriser l'accès à l'eau et au foncier afin de pérenniser l'implantation des périmètres agricoles. L'entrepreneuriat des jeunes à travers les UMSA : former et équiper la jeunesse rurale au moyen d'incubateurs afin d'assurer la maintenance des installations et la prestation de services agricoles payants. La valorisation du potentiel aquacole et fourrager : exploiter la présence du fleuve pour intégrer des bassins piscicoles et développer la production de fourrage stockable autour des forages solaires. La DyTAEL occupe une place croissante dans les débats au sein de la région. Quelle est sa raison d'être, quelle mission poursuit-elle et quel est son ancrage institutionnel ? Effectivement, depuis sa création en décembre 2025, la Dynamique pour une transition agroécologique locale (DyTAEL) de Matam, dont je suis l'administrateur, nourrit, par son caractère stratégique, son dynamisme, son ancrage et surtout son engagement sans faille en faveur de la transformation agro écologique, la ferme ambition d'être un rempart face aux chocs climatiques, un moteur de la gouvernance territoriale et un levier de transformation des pratiques agricoles dans la région. La pertinence et la quintessence de la DyTAEL résident dans le fait qu'elle constitue un cadre de concertation multi-acteurs qui fédère les services techniques de l'État, les collectivités territoriales, les organisations paysannes, le secteur privé et les ONG, afin de faciliter la transition vers des modèles durables. Elle veut faire de l'agroécologie un rempart face aux chocs climatiques. Elle promeut l'agroécologie non comme une simple technique, mais comme une alternative globale et structurelle face aux effets du changement climatique au Sahel. Elle assure également une mission de facilitation et de gouvernance. Elle garantit une bonne collaboration entre les acteurs sur le terrain ainsi que la modération des travaux stratégiques locaux, afin d'assurer une parfaite cohérence territoriale. Enfin, elle s'appuie sur son ancrage institutionnel et sur une coordination technique rapprochée entre deux piliers stratégiques : les acteurs sectoriels et la communauté, avec, bien entendu, l'accompagnement de la société civile locale et des bailleurs. Par Djibril Bâ Section:social

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