WIRE — PORTRAIT – CANDIDATE MAURITANIENNE À LA TÊTE DE LOIF Coumba Bâ, l'obligation de résultats   Médecin de formation, ministre à plusieurs reprises depuis les années 2000, Coumba Bâ porte la candidature de la Mauritanie au poste de secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie. Elle était à Dakar fin juillet pour solliciter l'appui du Sénégal, pays fondateur de l'institution.   Grand boubou orange et blanc, un châle jeté par-dessus les épaules : Coumba Bâ entre dans la salle et lance un " Assalamou aleikoum ", pas de bonsoir, mais la salutation qu'on échange aussi bien à Nouakchott qu'à Dakar. La voix est douce. Elle n'en est pas moins ferme. C'est avec cette voix-là que la candidate de la Mauritanie au poste de secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie a défendu son projet, de passage à Dakar, où elle a sollicité l'appui du Sénégal. On lui reproche parfois de peu parler. Elle ne le conteste pas : elle se dit dans l'action, pas dans le discours et ça s'entend jusque dans son offre de programme, plus faite de mesures et de méthodes que de grandes formules. Vendredi dernier, elle a été reçue par le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Elle venait solliciter le soutien du Sénégal, mais aussi, dit-elle, recueillir ses conseils. La présidence sénégalaise a confirmé l'audience, sans annoncer publiquement la position que Dakar adoptera au moment du choix. La visite avait une portée particulière. Le Sénégal et la Mauritanie partagent un fleuve, des familles, des langues. Le Sénégal est aussi l'un des pays fondateurs de la Francophonie institutionnelle et y conserve une voix qui compte. Coumba Bâ le sait ; elle n'est pas venue en terrain inconnu. En marge de son audience avec le chef de l'État, elle a rencontré des éditorialistes sénégalais pendant plusieurs heures. Elle y a présenté son projet, répondu aux objections, écouté les critiques adressées à une Francophonie souvent jugée lointaine, trop diplomatique et insuffisamment présente dans la vie quotidienne des populations. Certains journalistes ont parlé sans détour : en Afrique, le français est parfois perçu moins comme une ouverture que comme le prolongement d'une histoire coloniale. L'OIF, aux yeux d'une partie de la jeunesse, reste une institution de sommets et de déclarations, éloignée des difficultés réelles. Coumba Bâ n'a pas esquivé. Elle a défendu une Francophonie qui écouterait d'abord les États, leurs intérêts et leurs différences, plutôt que d'imposer des solutions toutes faites. " Je prends ma candidature avec gravité, humilité, mais avec responsabilité ", a-t-elle expliqué, précisant qu'avant d'entreprendre sa campagne, elle a voulu travailler son projet et déterminer ce qu'elle pouvait réellement apporter à l'organisation. " Il faut avoir quelque chose à offrir ", insiste-t-elle. La médecine comme première école Avant les palais présidentiels et le Conseil des ministres, Coumba Bâ a été médecin. Née en février 1970, elle a étudié à la Faculté de médecine de Niamey, au Niger. Chirurgienne-dentiste de formation, elle s'est ensuite spécialisée en santé publique et a coordonné, au début des années 2000, le Programme national de santé bucco-dentaire de Mauritanie. Le vocabulaire de cette première carrière revient souvent quand elle parle d'action publique : diagnostic, bénéficiaires, indicateurs, suivi, résultats. Son itinéraire l'a pourtant menée très tôt vers le sommet de l'État : conseillère à la présidence, vice-présidente de l'Union pour la République, ministre de la Fonction publique à deux reprises, ministre déléguée chargée des Affaires africaines, chargée de mission à la présidence, ministre de la Jeunesse et des Sports, puis ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Modernisation de l'administration. Depuis 2019, elle est ministre-conseillère à la présidence mauritanienne, une longévité, sous plusieurs chefs d'État, assez rare dans les cercles du pouvoir. L'ambassadeur de Mauritanie au Sénégal, Mohamed Abdallahi Ould Ethmane a partagé la table du Conseil des ministres avec elle pendant plusieurs années. Il retient d'elle la rigueur, et une capacité à trancher juste dans les situations compliquées. Dans la conversation, elle-même écoute sans couper la parole, le sourire aux lèvres jusqu'à ce que vienne son tour de répondre. Coumba Bâ dit avoir engagé ses démarches bien avant la multiplication des candidatures africaines, en évitant dans un premier temps les tournées spectaculaires : elle voulait construire une vision avant de demander des voix. Cette prudence a parfois été prise pour de la timidité,  elle la revendique plutôt comme un refus de traiter sa candidature à la légère. Sa vision tient dans une expression qu'elle répète : l'" obligation de résultats ". La Francophonie, selon elle, ne peut plus se contenter de célébrer une langue ou des valeurs ; elle doit produire des effets visibles dans l'éducation, l'emploi des jeunes, la mobilité, le numérique, les industries culturelles et les échanges économiques. Son constat sur l'état actuel de l'organisation est sévère : la Francophonie économique reste une promesse plus qu'une réalité, les entreprises des pays membres se connaissent peu, les obstacles juridiques et administratifs freinent les investissements, les artistes circulent difficilement. Les jeunes, dit-elle, apprennent naturellement les langues qui leur ouvrent des débouchés professionnels — le français ne se maintiendra donc ni par injonction ni par nostalgie, mais s'il permet d'étudier, de travailler, de créer et de se déplacer. Elle veut aussi placer l'intelligence artificielle au cœur du débat, notamment en mobilisant des chercheurs pour enrichir les contenus numériques en français et dans les autres langues de l'espace francophone. Polyglotte, elle maîtrise le français, l'arabe, l'anglais, le pulaar et le wolof, elle insiste : le français ne doit pas écraser les langues nationales, il doit devenir une langue-pont. Le Sahel et le monde arabe Sa candidature porte aussi la géographie mauritanienne, à la rencontre du Maghreb, du Sahel, de l'Afrique subsaharienne et du monde arabe. Ministre de la Jeunesse au moment de la mise en place du G5 Sahel, elle avait défendu une approche qui ne réduisait pas l'insécurité à sa seule dimension militaire : un jeune privé d'école, de travail, d'eau ou de perspectives peut devenir une proie pour les groupes armés, rappelle-t-elle, et la réponse doit donc aussi passer par l'éducation, le développement local et l'emploi. Elle revendique dans le même esprit la tradition mauritanienne de " neutralité constructive ", et estime que l'OIF pourrait jouer un rôle plus actif dans la prévention des crises et la restauration du dialogue avec les pays du Sahel qui se sont éloignés de certaines organisations internationales. La tâche reste difficile : convaincre une organisation traversée par des intérêts divergents, et une Afrique arrivée divisée à cette échéance, avec plusieurs candidatures du continent en lice. Coumba Bâ appelle à la solidarité continentale sans dénigrer ses concurrents, tout en sachant que cette abondance de candidatures peut aussi disperser les soutiens. À Dakar, elle n'a pas cherché à donner l'image d'une victoire acquise. Elle a écouté les réserves, pris des notes, répondu longuement, parlant de cadres de suivi, d'harmonisation des législations commerciales, de données à produire et de bénéficiaires à identifier. Peu de slogans, beaucoup de méthode. Reste à savoir si cette approche suffira à convaincre les États membres de l'OIF, dans une élection où se joueront aussi des équilibres régionaux et des soutiens diplomatiques qui échappent largement à la candidate elle-même. B.BOB Section:analyse

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