WIRE — FONCTION PUBLIQUE, DIALOGUE SOCIAL, RÉFORMES Dianté expose la doctrine de l'État Invité de l'émission Grand Témoin d'EvenProd Médias, réalisée en partenariat éditorial avec EnQuête, le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public a décliné sa vision de l'action publique. Du lendemain du Magal aux licenciements dans les entreprises publiques, en passant par la productivité, l'audit biométrique, les recrutements dans la santé et son engagement aux côtés de Bassirou Diomaye Faye, Mamadou Lamine Dianté a défendu une même ligne : restaurer l'autorité de l'État sans renoncer au dialogue social. Le débat n'est pas nouveau et ressurgit souvent au lendemain de fêtes religieuses dont celle du Grand Magal. Entre les impératifs de continuité du service public et les réalités d'une célébration qui mobilise une grande partie du pays, la reprise du travail alimente régulièrement les discussions. Invité de l'émission Grand Témoin, sur EvenProd Médias et EnQuête, Mamadou Lamine Dianté a défendu une ligne de fermeté, estimant que le respect des règles constitue la première condition d'une administration efficace. Le ministre de la Fonction publique rappelle que seule la journée du Magal est légalement fériée. En l'absence d'un décret présidentiel accordant exceptionnellement un pont, les agents publics avaient l'obligation de reprendre le travail. Pour lui, le débat dépasse largement le calendrier. Il touche à la continuité du service public. " Le président de la République a travaillé, le Premier ministre a travaillé, le ministre de la Fonction publique a travaillé ", rappelle-t-il pour justifier la demande d'explications adressée aux 179 agents absents sans autorisation dans son département. En effet, considérant que le Jub Jubal Jubanti, slogan du nouveau régime, doit commencer par soi, il a décidé de donner des demandes d'explications à tous les agents de son ministère absents hier sans autorisation préalable. Loin d'opposer spiritualité et travail, Mamadou Lamine Dianté estime que l'importance religieuse et économique du Magal ne peut justifier une paralysie durable de l'administration. À ses yeux, un État crédible est d'abord un État qui fonctionne. Le ministre élargit ensuite le débat. Selon lui, le véritable défi est moins celui de l'absentéisme exceptionnel que celui de la productivité quotidienne. Retards, longues pauses, départs avant l'heure : autant de pratiques qui, selon lui, pèsent sur la qualité du service rendu aux citoyens. Son ministère expérimente déjà un système de pointage. Mais Mamadou Lamine Dianté insiste : contrôler les horaires ne suffit pas. L'administration qu'il appelle de ses vœux devra progressivement être jugée non plus sur le temps passé dans les bureaux, mais sur les résultats obtenus. Cette évolution devrait se traduire par des contrats de performance et par une conférence sociale consacrée à la productivité. Dans la même logique, il annonce l'automatisation des avancements des fonctionnaires. L'objectif est simple : faire disparaître les interminables démarches administratives imposées aux agents et réduire les délais grâce à la digitalisation. Les licenciements : sortir du procès politique Sur l'autre grand dossier du moment, celui des licenciements dans les entreprises publiques et parapubliques, le ministre refuse les chiffres spectaculaires. Les 35 000 licenciements souvent évoqués dans le débat public ne correspondent, selon lui, à aucune réalité administrative. Le travail conduit avec les organisations syndicales a permis de recenser 351 dossiers, qui devront tous être examinés individuellement. Le ministre refuse de qualifier automatiquement ces ruptures de licenciements abusifs. Chaque situation doit être appréciée en fonction du contrat, des motifs invoqués et du respect de la procédure. Cette approche se retrouve dans les principaux dossiers sociaux. À Dakar Dem Dikk, il rappelle que 41 départs ont été enregistrés mais souligne également que 214 prestataires ont été régularisés en contrats à durée indéterminée. À la SN-HLM, il met en avant la médiation ayant permis la réintégration des neuf cadres licenciés après l'intervention du Premier ministre. Au Grand Théâtre national, où la justice a condamné l'établissement à indemniser d'anciens travailleurs, il plaide pour davantage de dialogue afin d'éviter que les conflits sociaux ne se transforment en contentieux coûteux pour l'État. Même lecture au Crous de Bambey, où il distingue clairement la fin normale d'un contrat saisonnier d'un licenciement. Derrière ces dossiers très différents, le ministre défend une même méthode : faire respecter le droit sans transformer chaque conflit social en affrontement politique. L'audit biométrique engagé dans la Fonction publique participe de cette même volonté de remettre de l'ordre. Près de 240 000 agents ont été déclarés par les administrations et environ 93 % ont déjà été identifiés. Le ministre appelle toutefois à la prudence concernant les situations restantes. Il refuse d'assimiler automatiquement les agents non retrouvés à des fonctionnaires fictifs, rappelant que certains sont en détachement, en formation ou en mission. L'objectif affiché est moins de traquer que de mieux gérer : connaître précisément les effectifs, suivre les carrières et améliorer la répartition des ressources humaines. Répondre à la demande sociale sans promettre l'impossible Sur les recrutements, Mamadou Lamine Dianté assume également une position d'équilibre. Le gouvernement prévoit 7 500 recrutements dans le secteur de la santé sur trois ans, tout en reconnaissant que les syndicats évaluent les besoins à un niveau beaucoup plus élevé. Même prudence dans le dialogue avec l'ASAS And Gueusseum. Le ministre invite la coalition syndicale à revenir à la table des discussions, mais refuse de signer un protocole comportant des engagements que l'État ne serait pas capable de respecter. À ses yeux, un accord réaliste vaut mieux qu'une promesse rapidement trahie. Cette logique inspire aussi la réforme du Code du travail. Contestée par une partie des syndicats, la limitation des contrats à durée déterminée à quatre ans est, selon lui, une tentative de concilier protection des travailleurs et attractivité économique. Sur un autre régistre, celui de la politique, Mamadou Lamine Dianté revendique son amitié avec Ousmane Sonko, mais assume avoir choisi de rester aux côtés du président Bassirou Diomaye Faye. Il affirme avoir tenté de rapprocher les deux hommes lorsque les premières divergences sont apparues. En vain. Son soutien au nouveau parti Kiiraay-Les Patriotes républicains procède, selon lui, de la même logique. Le chef de l'État, estime-t-il, avait besoin d'une organisation politique capable d'accompagner son action et d'éviter son isolement. S'il dit ne pas souhaiter une dissolution de l'Assemblée nationale, il considère néanmoins que cette possibilité demeure un instrument constitutionnel auquel le président pourrait recourir en cas de blocage durable des institutions. Derrière la diversité des sujets abordés, une même ligne se dégage. Mamadou Lamine Dianté défend un État plus exigeant envers lui-même, plus attentif à l'efficacité de son administration et plus soucieux de faire respecter les règles, sans renoncer au dialogue avec les partenaires sociaux. Reste désormais à transformer cette doctrine en résultats tangibles. Car la crédibilité d'une réforme ne se mesure ni au nombre d'audits lancés, ni aux intentions affichées, mais à la capacité de l'administration à fonctionner mieux, des conflits sociaux à trouver une issue durable et des usagers à percevoir, enfin, un changement concret dans le service public. B. BOB Section:social
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