WIRE — Le débat sur le septennat fait un retour fracassant dans l'espace public. En plaidant pour un mandat présidentiel de sept ans au nom des impératifs de développement, Arona Coumba Ndoffène Diouf a déclenché une véritable tempête politique. Tandis que ses partisans défendent une réforme jugée indispensable, la société civile dénonce une remise en cause des acquis démocratiques, et Mimi Touré oppose une fin de non-recevoir en rappelant le caractère intangible de la limitation à deux mandats de cinq ans. Dans une émission diffusée vendredi dernier sur Sénégal 7, Arona Coumba Ndoffène Diouf a relancé le débat controversé sur le septennat. L'ancien ministre-conseiller sous Macky Sall a indiqué avoir toujours défendu l'idée selon laquelle cinq ans constituent une durée trop courte pour un mandat et pour réaliser l'ensemble des projets prévus durant cette période. Il estime, d'ailleurs, qu'il faut engager un débat sur la Constitution afin d'examiner la question de la durée du mandat présidentiel et de la porter de cinq à sept ans. Selon lui, une durée de cinq ans peut convenir aux pays déjà développés, mais les pays en développement auraient besoin d'un mandat de sept ans pour mener à bien leurs politiques de transformation. Arona Coumba Ndoffène Diouf considère qu'une révision constitutionnelle est fondamentale, car il serait impossible, selon lui, de développer le Sénégal en seulement cinq ans. Il affirme vouloir proposer à Diomaye, dans l'éventualité où il remporterait les prochaines élections législatives et obtiendrait une majorité parlementaire, de réviser la Constitution afin de modifier la durée du mandat présidentiel et de la porter à sept ans. Une position soutenue et partagée par Baye Mayoro Diop, membre du Cadre de Kiiraay, Les Patriotes républicains. Selon lui, le mandat présidentiel de cinq ans ne correspond pas aux réalités économiques du Sénégal, qui ne peut se payer le luxe de dépenser des centaines de milliards et de perdre beaucoup trop de temps, tous les cinq ans, pour organiser des élections. À ses yeux, le peuple sénégalais doit impérativement se pencher sur cette question qu'il juge cruciale, en lien avec les défis socio-économiques du pays, le développement, la démocratie et la mobilisation des énergies nationales. Levée de boucliers de la société civile... et de Mimi Touré ! " La démocratie ne se résume pas aux élections, encore moins à leur fréquence. Elle est une quête perpétuelle de liberté, qui inclut la prospérité, véritable gage de souveraineté, d'égalité et de paix ", affirme-t-il. Baye Mayoro Diop estime qu'" à ce stade du développement socio-économique du pays, les ressources et les énergies nationales devraient être mobilisées de manière rationnelle vers l'objectif commun de faire du Sénégal un havre de prospérité partagée et de démocratie économique, sociale et politique ". Convaincu que le débat doit être ouvert sans tabou, il propose l'organisation d'un référendum visant à porter la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans. Anticipant les critiques, il estime que certains invoqueront la clause constitutionnelle dite " d'éternité ". " Qu'importe. Rien n'est figé pour un peuple dynamique qui se construit. Nous devons, à tout prix,, permettre à notre peuple de se prononcer sur les choix constitutionnels qui engagent durablement son destin ", a déclaré Baye Mayoro Diop. Face à de telles déclarations, la société civile sénégalaise s'est dressée en bouclier contre ce qu'elle considère comme un " projet funeste ". Le coordonnateur d'Afrikajom Center, Alioune Tine, s'est ainsi désolé de ce qu'il qualifie de dérive : " On ne consolide plus, mais on décrédibilise la démocratie ", a-t-il dénoncé. De son côté, Babacar Ba, président du Forum du justiciable, estime qu'il s'agit d'un débat malsain qui menace directement la cohésion nationale et constitue une atteinte grave à la stabilité institutionnelle. Les instigateurs de cette idée destructrice devraient, selon lui, faire l'objet d'une plainte pour trouble à l'ordre public. Le secrétaire général de l'ONG 3D, Moundiaye Cissé, considère pour sa part que la proposition d'Arona Coumba Ndoffène Diouf, soutenue par Baye Mayoro Diop, relève d'une véritable farce. " C'est aussi une insulte aux Sénégalais qui ont clairement exprimé leur volonté en faveur du mandat de cinq ans. Une telle proposition constitue une faute politique majeure. Le simple fait d'y penser traduit un profond manque de respect envers le peuple souverain et les acquis démocratiques de notre pays ", a-t-il affirmé. Face à cette levée de boucliers, Mimi Touré est sortie de sa réserve pour mettre un terme au débat. Selon elle, " nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs de cinq ans " au Sénégal. À l'en croire, il s'agit de dispositions constitutionnelles intangibles qui ne font l'objet d'aucun débat. Elle appelle, par ailleurs, les responsables de Kiiraay à laisser de côté cette question et à concentrer leurs efforts sur l'implantation de leur parti nouvellement créé à travers le Sénégal et au sein de la diaspora.

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