WIRE — Premier producteur de coton en Afrique de l'Ouest avec 656 000 tonnes par an, le Mali en exportait jusqu'ici 98% sous forme brute, sans transformation, sans valeur ajoutée, sans emplois créés sur place. Une hémorragie économique qui dure depuis des décennies. Le 29 juillet 2026, le Conseil des ministres a adopté les textes portant création de la Société des Textiles du Mali, baptisée SOTEX-Mali. Un tournant industriel historique pour le pays. 98% de coton exporté brut : le scandale économique silencieux Le chiffre est vertigineux. Chaque année, le Mali produit 656 000 tonnes d'or blanc et en exporte 98% sans transformation. Autrement dit, ce sont les usines étrangères qui filent, tissent, teignent et confectionnent les vêtements à partir de l'or blanc malien, avant de revendre ces produits finis à prix fort sur les marchés internationaux, y compris en Afrique. Le Mali, lui, ne capte qu'une infime partie de cette valeur.Cette réalité structurelle fragilise l'économie nationale et maintient le pays dans une dépendance aux cours mondiaux des matières premières brutes. Quand le prix du coton chute sur les marchés internationaux, c'est toute l'économie cotonnière malienne qui vacille, sans aucun filet de sécurité industriel. SOTEX-Mali : toute la chaîne, de la fibre au vêtement Pour inverser cette tendance, le gouvernement a créé la Société des Textiles du Mali. Cette nouvelle structure aura pour mission de développer l'ensemble de la chaîne de valeur textile : filature, tissage, tricotage, teinture, confection et commercialisation de produits textiles. Une usine d'une capacité annuelle de 40 000 tonnes de fibre transformée sera mise en place, avec pour ambition de générer de la valeur ajoutée, des emplois industriels et des compétences locales durables. Cette initiative s'inscrit dans la politique de développement industriel du Mali et dans la stratégie nationale pour l'émergence et le développement durable 2024-2033, qui place la transformation des ressources locales au cœur du modèle économique souverain que les autorités de transition entendent bâtir. Un pari industriel qui s'inscrit dans une dynamique plus large La création de la SOTEX-Mali n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une série d'initiatives engagées par le Mali pour transformer ses matières premières sur place plutôt que de les exporter brutes. En mai 2025, la Compagnie malienne pour le développement des textiles avait signé un protocole d'accord avec un consortium d'experts allemands pour accompagner la réalisation d'un complexe industriel textile intégré. En juin 2026, un projet pilote de transformation de l'or blanc autour de l'indigo Sukumo, en partenariat avec le Japon et le PNUD, avait également été lancé à Bamako.Avec la SOTEX-Mali, le gouvernement franchit une étape décisive : celle de la création d'une structure nationale dédiée, dotée de statuts officiels et d'une capacité industrielle ambitieuse. Le même élan que pour l'or Cette décision rappelle inévitablement la création récente de l'Office malien des substances précieuses pour mieux contrôler et valoriser la filière aurifère nationale. Qu'il s'agisse de l'or ou de l'or blanc, le Mali envoie un message cohérent et déterminé : ses richesses naturelles doivent créer de la valeur sur son propre sol, au bénéfice de sa propre population. L'or blanc malien a longtemps habillé le monde sans habiller le Mali. Avec la SOTEX-Mali, Bamako commence à tisser un autre avenir. www.dakaractu.com

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