WIRE — Aux Nations unies, les choses sérieuses démarrent aujourd'hui dans le processus de désignation du secrétaire général de l'organisation. Les 7 candidats, puisque l'Ougandais Olara Otunnu est venu rejoindre les 6 prétendants déjà en lice, vont faire l'objet du vote de paille au Conseil de sécurité. Le straw poll est un vote informel et secret réservé aux 15 membres du Conseil de sécurité. Il ne désigne pas le futur secrétaire général, mais permet de mesurer le niveau de soutien dont bénéficie chaque candidat avant les votes officiels. Plusieurs tours sont généralement organisés, jusqu'à ce qu'émerge un candidat capable de rassembler une majorité et d'éviter le veto d'un membre permanent. Même s'il est difficile de présager du résultat qui sortirait de ce " sondage de paille " du Conseil de sécurité, on peut tout de même évaluer les chances des uns et des autres, à partir des tendances issues des débats et auditions de candidats, ainsi que des critères présidant à la désignation du secrétaire général des Nations unies. Avec, bien sûr, un focus sur les chances du candidat sénégalais, l'ancien président Macky Sall. Les tendances à l'issue du débat des candidats du jeudi 23 juillet À l'issue du premier débat public du 23 juillet entre les six candidats à la succession d'António Guterres au Secrétariat général général de l'Onu, aucun favori incontestable ne s'est détaché, laissant la course totalement ouverte avant le vote crucial du Conseil de sécurité prévu une semaine plus tard. Bien que la Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett soit donnée comme préférée au vu des sondages, avec 46 % d'opinions favorables, et que Macky Sall se soit retrouvé avec 9 %, ne devançant que Rafael Grossi, rien n'est encore joué. En effet, ce résultat symbolique ne présage en rien de l'issue finale du processus de sélection. Il n'a rien de contraignant et n'engage en rien le Conseil de sécurité, seul organe habilité à trancher. En vertu de la règle informelle de rotation géographique, l'Amérique latine et les Caraïbes revendiquent légitimement le poste cette fois-ci, ce qui donne un avantage de départ à 5 des 7 candidats en lice. Unique candidat africain en lice jusque-là, avant d'être rejoint dans la course par l'Ougandais Olara Otunnu, l'ancien président sénégalais Macky Sall — adoubé par le Burundi au nom d'une Union africaine divisée, puis finalement soutenu par son pays, le Sénégal — se retrouve en queue de peloton, dans une course à 7 où les femmes caracolent en tête. De très nombreux États membres réclament activement qu'une femme soit nommée à la tête de l'Onu pour la toute première fois de son histoire, au bout de 80 ans d'existence. Ce qui renforce notablement les profils de Bachelet, Grynspan, Espinosa et Rodrigues-Birkett, qui capitalisent déjà sur leur appartenance à la zone Amérique latine-Caraïbes, dont c'est le tour dans la rotation informelle des régions du globe. Les chances de Macky Sall sont très faibles Les chances de Macky Sall sont jugées très faibles par les observateurs, principalement en raison de deux obstacles géopolitiques majeurs et d'une règle non écrite de l'Onu. Le principe de la rotation géographique donne la priorité à l'Amérique latine. L'élection au poste de secrétaire général suit une règle informelle de rotation entre les grandes régions du monde, et c'est le tour de la région Amérique latine-Caraïbes de diriger l'organisation, après deux mandats consécutifs du Portugais António Guterres (Europe de l'Ouest). L'Afrique, pour sa part, a déjà occupé le poste avec le Ghanéen Kofi Annan (1997-2006), qui avait succédé à un autre Africain, l'Égyptien Boutros Boutros-Ghali (1992-1996). Proposer un candidat africain cette année va à l'encontre de cette tradition de roulement. Autre handicap pour le candidat sénégalais : la forte pression pour la nomination d'une femme. Considéré comme une anomalie historique, en 80 ans d'existence, l'Onu n'a jamais été dirigée par une femme. Une coalition massive de pays pousse donc activement pour que le successeur d'António Guterres soit une femme, ce qui donne un avantage certain aux concurrents de Macky Sall. En effet, quatre des six autres candidats officiels sont des femmes d'Amérique latine hautement qualifiées (Michelle Bachelet, Rebeca Grynspan, María Fernanda Espinosa et Carolyn Rodrigues-Birkett), ce qui réduit considérablement la marge de manœuvre du Sénégalais. Pour espérer s'imposer lors de ce vote crucial d'aujourd'hui, 30 juillet, Macky Sall misait sur deux éléments, dont l'un — le statut d'outsider unique non latino-américain — vient d'être anéanti par l'arrivée du candidat ougandais. Il espérait un éventuel blocage ou une division fatale entre les cinq candidats d'Amérique latine. L'autre atout sur lequel comptait Macky Sall, c'est le profil de médiateur. Son positionnement de bâtisseur de ponts et son expérience de chef d'État (contrairement à des profils plus technocrates comme Rafael Grossi) visent à séduire les membres permanents du Conseil de sécurité, à la recherche d'un leader politique d'envergure. La tache noire des événements sanglants de 2021 à 2024 Les accusations de non-respect des droits de l'homme dans son pays, où des manifestations politiques ont causé des morts, pèsent lourdement dans la balance. Ce bilan constitue l'un des handicaps politiques et éthiques les plus sérieux pour la candidature de Macky Sall. Bien que le président Bassirou Diomaye Faye lui ait finalement accordé le soutien officiel du Sénégal le 20 juillet, les accusations de violations des droits de l'homme continuent de fragiliser sa crédibilité internationale. C'est en contradiction avec les valeurs de l'Onu, et des organisations influentes comme UN Watch et Amnesty International ont publié des rapports accablants sur ses 12 années de pouvoir. Elles pointent directement la répression violente des manifestations entre 2021 et 2024, qui a provoqué probablement au moins 65 à 80 morts, ainsi que l'emprisonnement de journalistes et d'opposants. Le secrétaire général étant le visage de la défense des droits de l'homme dans le monde, pour de nombreux diplomates, confier ce poste à un dirigeant dont le bilan récent est associé à un usage disproportionné de la force policière enverrait un signal désastreux. De même, le collectif des " Familles de martyrs " et plusieurs organisations civiles sénégalaises mènent une campagne active pour dénoncer ce qu'ils qualifient de " refuge politique " ou de " blanchiment d'image ". Le risque d'un veto au Conseil de sécurité est aussi réel. Pour être élu, un candidat ne doit recevoir aucun veto des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni, de la Chine ou de la Russie. Si des pays comme la Chine ou la Russie se montrent parfois moins stricts sur les questions de droits de l'homme interne, les puissances occidentales (États-Unis, Royaume-Uni) subissent une forte pression de leur propre opinion publique pour ne pas soutenir un candidat représentant un risque politique élevé qu'elles pourraient refuser de prendre. En tout cas, ce jeudi est décisif dans le choix du Conseil de sécurité. Il doit entamer une série de votes indicatifs à bulletin secret, où un candidat devra recueillir au moins neuf (9) voix, sans qu'aucun des 5 membres permanents — États-Unis, France, Russie, Chine, Royaume-Uni — n'oppose son veto, avant que son nom ne soit transmis à l'Assemblée générale pour nomination formelle.
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