WIRE — ITW - THOMAS PESQUET, ASTRONAUTE FRANÇAIS"Les trois piliers pour booster les sciences..."   Dans le cadre de sa tournée au Sénégal pour promouvoir les métiers scientifiques, le célèbre astronaute français, Thomas Pesquet, a accordé une interview à EnQuête. Il revient sur son parcours, ses missions dans l'espace, mais aussi les enjeux de l'aéronautique et de l'aérospatiale.   Parlez-nous un peu de vous. Qui est Thomas Pesquet ? Je suis avant tout un ingénieur passionné par les sciences, l'aéronautique et l'exploration. J'ai grandi dans une famille très simple, loin des métiers de l'espace. Rien ne me prédestinait à devenir astronaute. Mon parcours s'est construit progressivement grâce à l'école, au travail, aux rencontres et aux opportunités qui se sont présentées. J'ai été ingénieur, pilote de ligne, puis pilote d'essai avant d'être sélectionné par l'Agence spatiale européenne. Aujourd'hui, ce qui me tient le plus à cœur, c'est de partager cette aventure avec le plus grand nombre, en particulier avec les jeunes, pour leur montrer que ces carrières sont accessibles. Vous avez été dans l'espace à deux reprises. Comment est le voyage ? Est-ce éprouvant ou comme le voyage en avion ? Le voyage dure aujourd'hui environ six heures lorsque l'on utilise les nouveaux profils de vol, alors qu'il pouvait prendre près de deux jours auparavant. Ce n'est évidemment pas comparable à un voyage en avion. Les accélérations sont très importantes, notamment au décollage, puis l'on passe brutalement en apesanteur. Le corps doit alors s'adapter à un environnement totalement nouveau. Les premières heures peuvent être déstabilisantes, mais l'organisme finit par s'habituer relativement vite. Qu'est-ce que cela fait, pour un scientifique, d'aller dans l'espace et d'y vivre plusieurs mois ? Êtes-vous nombreux en France à avoir vécu cette expérience ? C'est une expérience profondément marquante. Lorsqu'on observe la Terre depuis l'espace, on prend conscience de sa beauté, mais aussi de sa fragilité et de son unité. En tant qu'ingénieur, c'est également un privilège de participer directement à des expériences scientifiques impossibles à réaliser sur Terre. En France, très peu de personnes ont eu cette chance. Nous ne sommes qu'une poignée à avoir séjourné dans l'espace, ce qui mesure à quel point cette expérience reste exceptionnelle. Rappelez-nous la durée de chacun de vos séjours. Est-il facile de vivre aussi longtemps loin de la Terre ? N'avez-vous jamais eu envie de rentrer ? Mes deux missions ont duré environ six mois chacune. La vie dans la Station spatiale demande une véritable adaptation. Tout est différent : l'apesanteur, le sommeil, le travail, les déplacements ou même les gestes du quotidien. Il y a naturellement des moments où la famille manque, mais nous sommes extrêmement occupés. Les journées sont très denses, entre les expériences scientifiques, les opérations techniques, l'entretien de la station et les échanges avec la Terre. Nous savons pourquoi nous sommes là. Cette mission donne beaucoup de sens à chaque journée. Qu'est-ce qu'une sortie extravéhiculaire ? Est-ce dangereux et combien en avez-vous effectué ?   Une sortie extravéhiculaire consiste à quitter la Station spatiale pour travailler directement dans le vide spatial, protégé uniquement par sa combinaison. Oui, cela reste une activité exigeante et risquée. La préparation est extrêmement rigoureuse et demande plusieurs années d'entraînement. J'ai réalisé plusieurs sorties afin de remplacer des équipements, effectuer des opérations de maintenance et installer de nouveaux éléments indispensables au fonctionnement de la Station spatiale internationale. La première fois est un moment très particulier. On réalise soudain que l'on se trouve à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de la Terre, avec une vue absolument incomparable. Que pouvez-vous nous dire sur la Station spatiale internationale. La Station spatiale internationale est le plus grand laboratoire scientifique jamais construit dans l'espace. Elle est le fruit d'une coopération internationale exceptionnelle entre plusieurs agences spatiales, notamment européennes, américaines, japonaises et canadiennes. Depuis maintenant plus de vingt-cinq ans, des équipages s'y relaient sans interruption. C'est un symbole remarquable de ce que les nations peuvent accomplir lorsqu'elles travaillent ensemble. Quels étaient les objectifs de vos deux missions ? Pour quels résultats ? L'objectif principal était de conduire des expériences scientifiques dans des conditions d'apesanteur, mais aussi d'assurer le fonctionnement de la station, de réaliser des sorties extravéhiculaires et de participer à différents travaux techniques. Ces expériences concernent des domaines très variés comme la médecine, la biologie, la physique des matériaux ou encore les technologies spatiales. Toutes ces recherches permettent d'améliorer nos connaissances et, dans certains cas, de développer des applications utiles sur Terre. Quelle est la particularité de votre prochaine mission ? Chaque mission apporte de nouveaux défis. La prochaine s'appuiera sur l'expérience acquise lors des précédentes tout en intégrant de nouvelles expériences scientifiques et de nouvelles responsabilités. L'objectif est toujours de faire progresser nos connaissances tout en préparant les futures grandes étapes de l'exploration spatiale. Rêvez-vous de marcher sur la Lune ou même sur Mars ? Comme beaucoup d'astronautes, bien sûr que la Lune et Mars font rêver. Les prochaines missions lunaires représenteront une étape majeure pour l'humanité. Quant à Mars, il s'agit d'un défi encore beaucoup plus ambitieux. Ces missions demanderont de résoudre des défis technologiques, médicaux et humains considérables. Mais elles permettront aussi de repousser les limites de nos connaissances. Quels sont les grands défis scientifiques liés à la Lune et à Mars ? Pourquoi retourner sur la Lune est-il encore exceptionnel ? Nous maîtrisons aujourd'hui relativement bien les missions vers la Station spatiale internationale. La Lune représente déjà un changement d'échelle immense. Mars va encore beaucoup plus loin : un voyage durerait plusieurs centaines de jours, sans possibilité de revenir rapidement en cas de problème. Ces missions permettront de développer de nouvelles technologies, de mieux comprendre notre système solaire et de préparer l'avenir de l'exploration humaine. Comment devient-on astronaute ? Il n'existe pas de parcours unique. La meilleure stratégie consiste à devenir excellent dans son domaine, qu'il s'agisse de l'ingénierie, des sciences, de la médecine ou du pilotage. Il faut être curieux, travailler sérieusement, apprendre les langues, savoir travailler en équipe et saisir les opportunités qui se présentent. Les parcours d'exception se construisent toujours étape par étape. Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille ou à un jeune garçon du Sénégal profond qui rêve de devenir astronaute ? Je lui dirais de ne jamais s'interdire de rêver. Moi non plus, je n'étais pas destiné à devenir astronaute. Je viens d'un environnement très simple, sans aucun lien avec le spatial. Il faut profiter pleinement de l'école, travailler avec régularité, rester curieux et saisir les occasions lorsqu'elles se présentent. Chaque année ouvre de nouvelles portes. Plus on avance, plus le chemin devient visible. Que recommanderiez-vous à des États en développement comme le Sénégal qui souhaitent construire une véritable ambition scientifique ? La première étape consiste à disposer d'une vision nationale claire. La création d'une agence spatiale est un excellent point de départ. Ensuite, il faut faire progresser en même temps trois piliers : la formation, la recherche scientifique et l'industrie. Les projets concrets, comme le lancement d'un premier satellite, permettent à tout un écosystème de grandir ensemble : les universités, les chercheurs, les étudiants et les entreprises. C'est ainsi que se construit une véritable ambition spatiale. Un mot pour les jeunes Sénégalais et Africains, en particulier aux scientifiques ? Je voudrais leur dire que l'Afrique possède un potentiel immense. Le continent dispose d'une jeunesse talentueuse, ambitieuse et de mieux en mieux formée. Je suis convaincu que l'Afrique jouera un rôle important dans l'avenir du spatial. Ne craignez jamais de viser haut. Les sciences, l'ingénierie et l'innovation sont des domaines ouverts à tous. J'espère simplement que cette rencontre à Dakar donnera à quelques jeunes l'envie de poursuivre une carrière scientifique. Si c'est le cas, alors cette visite aura pleinement atteint son objectif. Propos recueillis par Mor Amar Section:social

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