WIRE — Soixante-et-une personnes arrêtées début juillet en Tanzanie pour avoir appelé ou participé à une manifestation contre les autorités ont été inculpées ces derniers jours de terrorisme, a affirmé lundi le parti d'opposition Chadema, dénonçant la criminalisation d'"activités politiques légitimes". Environ 70 autres personnes arrêtées à la même période sont, trois semaines plus tard, toujours entre les mains de la police et attendent toujours d'être inculpées, selon Chadema. Arrestations liées aux manifestations du 7 juillet Le 9 juillet, deux jours après une manifestation avortée, la police avait indiqué avoir arrêté 130 personnes soupçonnées d'avoir "planifié" des actes criminels ou d'y avoir incité en partageant des messages liés à cette manifestation. Sans l'interdire expressément, la police avait indiqué qu'elle n'avait pas fait l'objet des préavis légaux requis. Le 7 juillet, un fort déployé policier et le souvenir encore vif de l'écrasement sanglant d'un mouvement de contestation fin octobre avaient empêché toute mobilisation. "A ce jour, 61 personnes ont été inculpées de terrorisme, la plupart d'entre elles des membres de notre parti" et 70 autres attendent en détention d'être inculpées, a déclaré l'avocat de Chadema Rugemeleza Nshala lors d'une conférence de presse. "Participer ou tenter de participer à une manifestation ne constitue pas un acte de terrorisme. Il s'agit d'un droit constitutionnel que les autorités veulent désormais transformer en crime", a martelé M. Nshala. Le président de Chadema, Tundu Lissu, est emprisonné depuis avril 2025 pour trahison. La police a de son côté indiqué dimanche avoir inculpé jusqu'ici 36 personnes, accusées d'avoir projeté "des troubles et des violences" ou d'y avoir incité. Elles sont notamment soupçonnées d'avoir projeté d'incendier des bâtiments publics, de saboter le réseau électrique ou de tuer des policiers, selon la police. L'opposition avait appelé à manifester le 7 juillet, jour férié appelé "Saba Saba" (07/07 en kiswahili) et marquant l'anniversaire de la création le 7 juillet 1954, par Julius Nyerere, de l'Union nationale africaine du Tanganyika (Tanu), parti qui allait conduire à l'indépendance le parti continental du pays. Le 29 octobre, jour d'élections générales en Tanzanie, de violentes protestations avaient éclaté contre un examen considéré comme joué d'avance, avant d'être réprimées dans le sang. La présidente Samia Suluhu Hassan a remporté cette présidentielle avec 98% des voix. En héritant du pouvoir après le décès soudain de son prédécesseur John Magufuli en 2021, dont elle était la vice-présidente, elle était apparue comme une réformatrice après six ans de régression autoritaire. Mais ses gestes d'ouverture furent de courte durée. Une commission d'enquête officielle a estimé que 518 personnes avaient péri le 29 octobre et les jours suivants, sans désigner de responsables. Opposition et défenseurs des droits de l'Homme en Tanzanie font, eux, état d'environ 2.000 personnes tuées par les forces de l'ordre.
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