WIRE — MAGAL TOUBA - GESTION DU TRANSPORT ET DE LA MOBILITÉ   Un casse-tête bien soluble   Réinventer la gestion du transport à Touba en se basant sur des moyens modernes et la fonction des autorités religieuses, c'est la quintessence d'une étude qui préconise l'institution d'une autorité unique de la mobilité.   Le comité d'organisation du grand magal de Touba a mené une étude intitulée : " Études stratégiques pour la ville sainte de Touba ". Elle aborde plusieurs questions dont " La gestion du transport et de la mobilité à Touba pour une métropole fluide, inclusive et résiliente, la sécurité des pèlerins, l'impact économique, l'équité sociale et la vision territoriale à l'horizon 2040 ".   Le document parcouru par EnQuête souligne que Touba subit la métamorphose temporaire la plus intense d'Afrique subsaharienne, avec le Magal, posant des défis majeurs. Il s'agit d'une multiplication de la population par 4 : de 1,5 million à près de 6 millions d'habitants en 72 h et d'une surcharge immédiate avec une saturation extrême des infrastructures de transport. Des éléments qui révèlent les failles structurelles critiques et les vulnérabilités de l'aménagement territorial. L'étude montre que le réseau routier avant Magal est très vulnérable. Puisque que tout ledit réseau converge de façon rigide vers la Grande Mosquée, avec une interconnexion Touba-Mbacké, un entonnoir structurel. Il y a aussi une voirie non sécurisée et saturée par les marchés informels, les occupations des pèlerins (tentes, chapiteaux…), les cantines, le débarquement de fret en double file. A cela s'ajoute la cohabitation anarchique, les conflits permanents entre piétons, calèches, gros porteurs, véhicules légers, deux-roues… " On peut aussi noter une offre artisanale et atomisée, marquée par une absence de structures (ni gares routières modernes, ni arrêts matérialisés, ni programmations horaires fixes), régulation faible (absence d'autorité centrale de régulation du transport local), déficit de données (absence de comptages de trafic pour anticiper les charges régulières, sécurité et enclavement), risques d'accidents (taux d'accidents élevé lié à la cohabitation de modes à vitesses hétérogènes), piétons vulnérables (absence quasi totale de trottoirs et d'aménagements sécurisés) ", informe l'étude. Paralysie de l'axe Dakar–Diourbel–Touba et de ses dépendances Elle s'est aussi intéressée aux impacts sur l'économie et les infrastructures pendant le Magal. Sur cette question, la même source parle de la paralysie de l'axe Dakar–Diourbel–Touba et de ses dépendances, avec au moins une semaine complète de blocage des principaux axes de transport, une baisse importante de productivité économique (locale avec l'agglomération Touba-Mbacké et dépendances, et nationale avec le ralentissement des transactions commerciales), la dégradation accélérée des chaussées, le surpoids des véhicules et la surcharge des gros porteurs, la destruction rapide de la voirie, une menace sur la pérennité des investissements publics, d'énormes problèmes d'accessibilité (Mosquée, lieux d'hébergement…). Durant cette même période, l'étude fait cas d'une crise opérationnelle caractérisée par une asphyxie du centre majeur, un sanctuaire quasi-inaccessible. Il y a aussi un impact sanitaire avec l'accumulation massive de véhicules de tout âge, vétustes, qui entraîne une dégradation environnementale critique, une explosion des polluants émis par les moteurs au ralenti, des pics extrêmes de NO₂, CO, PM₁₀ et particules fines PM₂.₅, des crises sanitaires collectives (santé publique) graves (multiplication des affections, pathologies respiratoires, cardiovasculaires, diabète de type 2, Alzheimer (adultes), retards de développement (enfant)…). Pour le retour, l'étude évoque un piège Le retour simultané des pèlerins, selon l'étude, crée un engorgement critique de 24 h à 36 h sur l'autoroute Ila Touba et la RN3. " Pendant le Magal, il y a une crise opérationnelle, 341 accidents (Sapeurs-Pompiers), un bilan humain très lourd : 982 victimes dont 29 décès, une paralysie des secours, l'absence de voies réservées, les services de secours et d'incendie bloqués aux moments critiques (au plus fort des rassemblements, urgent) ", indique le document. Ainsi, souligne l'étude, " passer de 1,5 à 6 millions d'habitants en 72 heures impose de repenser la mobilité non comme un simple trafic routier, mais comme une urgence de sécurité nationale et sanitaire et de résilience ". Elle préconise, donc, la protection des vulnérables, l'intégration de l'informel et le rééquilibrage de l'espace. Pour ce dernier point, il s'agira de repenser le partage de la voirie pour offrir une mobilité équitable, fluide et sécurisée à toutes les catégories d'usagers de la métropole. S'agissant des défis économiques, il s'agira d'absorber l'afflux de millions de pèlerins, d'éviter la saturation des marchés, de garantir l'approvisionnement tout en soutenant les revenus locaux. Après le Magal, l'étude propose de relancer durablement l'économie, de réhabiliter les infrastructures, de soutenir les acteurs locaux et de transformer la ferveur religieuse en moteur de croissance territoriale. Une autorité unique de la mobilité Mieux, le comité d'organisation du grand magal de Touba milite pour l'institution d'une autorité unique de la mobilité. " Il faut savoir que la gestion est actuellement fragmentée entre l'État, la Mairie et le Comité religieux, ce qui nuit à l'efficacité opérationnelle. La création d'une autorité unique est indispensable pour centraliser la planification et piloter la régulation globale des transports ", souligne-t-on. L'étude milite pour le pilotage intelligent par la data, la maîtrise des données massives (Big Data) et le développement de jumeaux numériques qui permettent d'anticiper les embouteillages. " Ces technologies, souligne le document, fournissent une modélisation dynamique des flux pour ajuster le trafic en temps réel lors des grands événements. A l'horizon 2040, parmi les défis de la résilience, il faudra réinventer le transport et la mobilité et éviter un chaos logistique et urbain durable ". Arbitrage stratégique : faire les bons choix Concernant le transport de masse et l'intermodalité, l'étude propose de moderniser les gares routières vétustes pour mieux connecter les différents modes de déplacement, de relancer le rail comme axe prioritaire reliant Touba à Mbacké et aux villes satellites environnantes, de cantonner le transport hippomobile dans des zones définies pour éliminer les conflits de circulation. Mais, prévient l'étude, sans l'implication directe des autorités religieuses et des syndicats de transporteurs, même le meilleur plan technique restera lettre morte. Pour cette édition 2026, un plan stratégique et opérationnel de mobilité du magal a été dévoilé. Il s'agit d'un dispositif articulé autour de quatre axes complémentaires : la gouvernance, l'aménagement spatial, la régulation opérationnelle et la participation communautaire. Ses objectifs majeurs sont une fluidité globale (réduction des engorgements sur les axes clés), une sécurité renforcée (protection continue des millions de pèlerins) et une vitalité économique (maintien des approvisionnements et échanges sans blocage). CHEIKH THIAM Section:profondeur

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