WIRE — Après des ministres, des directeurs généraux, des coordonnateurs communaux, des responsables politiques, c'est au tour de la Jeunesse patriotique sénégalaise (Jps) d'enregistrer une vague massive de défections vers les "Jeunes patriotes pour la République" (Jpr). Après avoir enrôlé des élus de l'Apr, ce mouvement d'ampleur concrétise la volonté du chef de l'Etat de reprendre la main sur la base électorale qui l'a porté au pouvoir, après sa rupture avec Sonko. La rupture ne relève plus du secret d'État. L'onde de choc issue de la crise de juin dernier entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko continue de restructurer le paysage politique sénégalais. Lors de sa conférence de presse du 2 mai, le chef de l'Etat avait posé les jalons d'une reprise en main ferme en rappelant à qui voulait l'entendre : " Ce parti, je l'ai bâti de mes mains, en toute humilité, avec les patriotes. " Cette déclaration résonne aujourd'hui comme le coup d'envoi d'une vaste opération de réappropriation de l'appareil politique à la veille du lancement de son parti prévu demain. L'offensive, qui a d'abord touché les sphères gouvernementales, les directions générales et les coordinations communales, franchit un nouveau cap décisif : la tentative de contrôle des troupes de jeunesse. Après des élus de l'Apr, il lance une offensive naturellement contre Pastef, où il a milité jusqu'à la consommation de la rupture avec son ex-chef. Dans un communiqué officiel rendu public ce jeudi 23 juillet 2026 à Dakar, un nouveau mouvement baptisé Jeunes patriotes pour la République (Jpr) a officialisé un ralliement d'envergure. En seulement 96 heures, plus de 700 responsables et militants issus des 46 départements du Sénégal, jusque-là piliers de la Jeunesse patriotique sénégalaise (Jps) de Pastef, ont fait défection pour rejoindre le camp présidentiel. Vers une recomposition irréversible de la majorité ? Parmi les premiers signataires, figurent des cadres territoriaux clés de l'ex-Jps, comprenant des bastions stratégiques comme Dakar et sa banlieue, tels que Bacary Basse Sakho (ex-coordonnateur national adjoint et responsable à Guédiawaye), Abdou Aziz Dabakh Goudiaby (ex-Sg Jps Keur Massar), les régions avec Coumba Ndoffène Diouf (Fatick), Ousmane Diallo (Tambacounda), Mounirou Diallo (Kolda), ou Ousmane Sonko (homonyme du Premier ministre, ex-coordonnateur à Mbour) et dans la diaspora : Ibrahima Gaye (ex-chargé des relations extérieures Jps France). Baptisée "Opération phénix", cette initiative vise à remobiliser la base militante directement autour de la figure du président de la République pour soutenir le projet de transformation nationale. Face aux accusations de débauchage ou d'instrumentalisation de l'appareil d'État, la direction des Jpr s'empresse de recadrer le débat dans son communiqué : " Les Jeunes patriotes pour la République ne sont ni un regroupement de bénéficiaires de nominations ni une structure composée exclusivement de détenteurs de décrets [...]. Le Président Bassirou Diomaye Faye n'a jamais engagé avec nous la moindre discussion politique visant à orienter nos choix. Notre décision est libre, personnelle et volontaire. " Le mouvement insiste sur le fait que la grande majorité de ses adhérents est constituée de militants de base, d'étudiants et de cadres n'ayant jamais bénéficié de décrets présidentiels. Pour les rédacteurs du texte, le choix de soutenir directement le chef de l'Etat s'impose comme une "suite logique et cohérente" du combat mené depuis l'alternance du 24 mars 2024. Cette saignée au sein de la Jps — autrefois fer de lance de la massification véritable de Pastef — fragilise considérablement l'aile radicale du parti au profit d'un rassemblement républicain centré sur la présidence. En s'assurant la loyauté des relais territoriaux qui ont fait l'ancrage du projet patriotique, Bassirou Diomaye Faye confirme sa détermination à imposer sa marque, son rythme et son autorité. Alors que les Jpr s'apprêtent à déployer leurs structures dans les 46 départements, l'écosystème politique observe avec attention la réaction de l'état-major de Pastef, qui observe amusé ces vagues de démission en son sein comme un épiphénomène. Car ce parti a jusque-là fonctionné à travers la popularité de Sonko, lancée dans une opération de renouvellement de ses cartes de membre. Une chose est sûre : le combat pour l'héritage et la direction du projet patriotique est désormais ouvertement engagé.

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