WIRE — L'ONG Reporters sans frontières (RSF), dans une enquête publiée jeudi, accuse la junte au pouvoir au Burkina Faso de disposer d'une "milice numérique" qui mène sur les réseaux sociaux des campagnes de propagande et d'intimidation visant notamment les journalistes. Depuis un coup d'État en septembre 2022, le Burkina est dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, qui mène une politique souverainiste, répressive envers toute voix critique, hostile aux Occidentaux et revendique ne pas être une démocratie. Implication des cyberactivistes pro-junte Depuis son arrivée au pouvoir, la junte s'appuie sur un groupe de cyberactivistes très influents qui relataient la propagande des militaires sur les réseaux sociaux : les Bataillons d'intervention rapide de la communication (BIR-C), indique RSF. Selon l'ONG, les BIR-C sont une "milice hétéroclite" mêlant "activistes, comptes anonymes, personnalités proches du pouvoir, et même un ministre en exercice", le général Célestin Simporé, qui occupe le portefeuille de la Défense. RSF dit avoir notamment identifié son nom en analysant les numéros issus de conversations d'un groupe WhatsApp baptisé "Aigle", attribué par plusieurs sources à la milice numérique, et dont plusieurs extraits avaient été fuit en début d'année. "Le groupe occupe le terrain numérique et s'attaque aux voix dissidentes en toute impunité", poursuit RSF, qui le qualifie d'"essaim qui pique quiconque ose critiquer le capitaine Ibrahim Traoré". RSF accuse le BIR-C de mener "des raids en ligne contre les détracteurs de la dictature militaire", mais aussi de véhiculer des récits favorables au régime sur la base de désinformation. Le groupe cible principalement les journalistes, affirme RSF. L'ONG de défense de la liberté de la presse cite plusieurs exemples de journalistes qui ont, selon elle, été victimes de campagnes de dénigrement ou de mesures de répression de la part des BIR-C. "Harcèlement en ligne, images détournées, insultes, menaces, calomnies, désinformation... Cette milice numérique déploie tout l'arsenal d'une machine de propagande et d'intimidation. Les journalistes en sont les premières victimes", a déclaré Arnaud Froger, responsable du pôle d'enquête de RSF, cité dans le document publié par l'organisation. "Loin d'être le simple mouvement spontané de citoyens qu'elle prétend être, elle constitue au contraire un groupe organisé, au sein duquel les autorités et leurs soutiens sont directement impliqués". Mesures répressives sous le régime militaire Depuis son avènement, le régime militaire a multiplié les mesures répressives contre les libertés: suspension temporaire ou définitive de plusieurs médias étrangers et locaux, arrestation ou disparition de dizaines de personnes, dissolution d'un millier d'associations... Le Burkina Faso occupe la 110e place sur 180 pays dans le classement RSF 2026 de la liberté de la presse.

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