WIRE — Alors que le ministère des Finances et du budget a récemment rendu public le Bulletin statistique de la dette publique, la Cellule analyses et prospective (Cap) de l'Alliance pour la République (Apr) dénonce un " déficit de transparence ". Mettant en cause des lacunes méthodologiques, l'absence de données récentes et la non-publication du rapport d'audit du cabinet Forvis Mazars, l'opposition pointe du doigt une dégradation stratégique du profil de risque financier du Sénégal. Par ailleurs, l'opposition s'étonne du cadrage temporel du document qui s'arrête à l'exercice 2024. En excluant les données de l'année 2025 et des deux premiers trimestres de 2026, le rapport officiel passerait sous silence l'impact des emprunts contractés par la nouvelle équipe gouvernementale, privant ainsi les citoyens et les partenaires financiers d'une visibilité actualisée. Attendue depuis près de deux ans, la publication du Bulletin statistique de la dette publique était censée apporter des clarifications sur la santé budgétaire du pays. Cependant, pour la Cellule analyses et prospective (Cap) de l'Alliance pour la République (Apr), ce document laisse un goût amer d'inachevé et suscite davantage d'interrogations qu'il n'apporte de réponses. Contestations méthodologiques autour du Pib Au centre des critiques formulées par le pôle d'analyse de l'ancien parti au pouvoir figure la non-divulgation du rapport du cabinet Forvis Mazars. Bien que ce travail d'audit soit cité par le gouvernement pour justifier la réévaluation de la dette de l'Administration centrale à 119 % du Pib (et à près de 129 % pour l'ensemble du secteur public en 2024), le document d'expertise demeure inaccessible au public. Pour la Cellule analyses et prospective (Cap), cette rétention contrevient directement à la loi n° 2025-15 du 4 septembre 2025 relative à l'accès à l'information et empêche toute analyse indépendante par les autorités financières sénégalaises des motifs réels de cette révision comptable (élargissement du périmètre ou réelles anomalies). La critique porte également sur la base de calcul retenue pour fixer les ratios d'endettement. La Cap rappelle que l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) — institution régulièrement saluée pour sa performance à l'échelle continentale — avait procédé au rebasage du Pib, réévaluant celui-ci à 17 316 milliards F Cfa pour 2021 (contre 15 261 milliards F Cfa selon la base 2014). En ne prenant pas en compte cette revalorisation de 13,5 %, qui abaisserait mécaniquement le ratio d'endettement de 2021 de 90,8 % à 80,0 %, le ministère des Finances est accusé de maintenir des indicateurs obsolètes qui ne reflètent pas la capacité de production réelle de l'économie nationale. Modification du profil de risque et renchérissement du service de la dette Sur le plan de la politique financière, l'analyse de l'Apr souligne une rupture stratégique majeure intervenue à partir de fin 2024. Le repli des émissions sur les marchés internationaux (Eurobonds) au profit d'un recours massif au marché obligataire régional et domestique aurait profondément altéré le profil de risque de la dette nationale : un coût d'emprunt en hausse, car le taux d'intérêt effectif moyen sur la dette domestique atteint 5,3 %, contre 3,4 % pour la dette extérieure. La maturité moyenne de la dette intérieure est tombée à 3,6 ans, contre 8,7 ans pour les engagements extérieurs. Les charges d'intérêts ont bondi de 51 % en 2024, représentant une surcharge de 290 milliards de F Cfa. Cette réorientation, conjuguée aux dégradations successives de la notation souveraine du pays par l'agence Moody's (s'établissant à Caa1 avec perspective négative), ferait peser un risque accru de refinancement et de tensions sur la trésorerie de l'État. Selon la Cellule analyses et prospective (Cap) de l'Apr, les conséquences de cette contrainte budgétaire commencent à se manifester dans la conduite des politiques publiques. Citant le rapport de synthèse des auditions ministérielles préparatoires au Débat d'orientation budgétaire, l'opposition indique qu'à la fin du premier trimestre 2026, les investissements exécutés directement par l'État s'élevaient à 3,3 milliards de F Cfa, soit seulement 0,3 % des crédits ouverts. Face à ces constatations, la Cellule analyses et prospective de l'Apr réclame la publication immédiate et intégrale du rapport Forvis Mazars ainsi que la mise à disposition des données statistiques couvrant les années 2025 et 2026, condition sine qua non, selon elle, d'un débat démocratique éclairé sur la soutenabilité des finances publiques du Sénégal.

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