WIRE — Cinquième jour ce 21 juillet à la Cour d'appel de Bamako du procès pour " tentative de complot contre le gouvernement ". Six personnalités sont sur le banc des accusés et nient en bloc, parmi lesquelles l'ancien chef de la sécurité d'État, le colonel Kassoum Goïta, et l'ancien secrétaire général de la Présidence, Kalilou Doumbia. Emprisonnés depuis près de 5 ans, atrocement torturés, tous sont liés à l'ancien président de transition Bah N'Daw, qui avait été nommé à ce poste par les militaires auteurs du coup d'État d'août 2020, avant d'être renversé en mai 2021 par ces mêmes militaires, parce qu'il voulait écarter certains d'entre eux du gouvernement. Le 20 juillet, la Cour a entendu l'unique témoin sur lequel repose toute l'accusation : l'adjudant-chef Bagayoko. À la barre, l'adjudant-chef Soumaila Bagayoko explique que son " oncle " – lointain –, le féticheur Issa Samaké dit " Djoss ", lui a un jour remis un téléphone portable. C'est sur ce téléphone que l'opérateur économique Sandi Ahmed Saloum l'aurait appelé, de la part du colonel Kassoum Goïta, alors chef de la sécurité d'État : mission lui est confiée de recruter des hommes pour un coup d'État. Refusant de se rendre complice, le militaire se confie à " une connaissance " au sein des services de renseignements. L'adjudant-chef Soumaila Bagayoko raconte avoir dès lors joué un double jeu pour piéger les accusés et les faire parler. Pas même leur silhouette, ni leur voix Selon le récit de personnes présentes dans le tribunal, aux nombreuses questions qui lui sont ensuite posées sur les détails de ce complot, l'unique témoin sur lequel repose toute l'accusation répond presque invariablement : " Je n'ai pas de réponse. " Alors qu'il assure avoir rencontré physiquement le colonel Kassoum Goïta et Sandi Ahmed Saloum, et parlé avec eux à plusieurs reprises au téléphone, l'adjudant-chef Bagayoko avoue ne pas les reconnaître quand ils se tiennent face à lui dans le tribunal. Pas même leur silhouette, ni leur voix. L'accent de l'opérateur économique Sandi Ahmed Saloum ? " Bamana " – bambara – répond le militaire, suscitant la perplexité de la Cour qui a pu entendre, la semaine dernière à la barre, l'accent songhaï du Tombouctien. Les six coaccusés rejettent en bloc les accusations portées contre eux et nient catégoriquement tout projet de complot. Dépositions à la sécurité d'État L'adjudant-chef Bagayoko, absent lors des quatre premières journées du procès et que le procureur, affirmant qu'il se trouvait loin de Bamako, avait juré d'aller chercher " en avion ", reconnaît qu'il était bien dans la capitale la veille même de l'ouverture du procès. Parmi les autres révélations du militaire : ses dépositions ont toutes été réalisées dans les locaux de la sécurité d'État et jamais devant la brigade de gendarmerie en charge de l'enquête ; le juge d'instruction l'a bien entendu par la suite mais sans jamais le confronter aux personnes qu'il accuse. Sergent à l'époque, Bagayoko a été promu adjudant-chef après l'affaire, pour son " mérite " selon lui. Après toutes ces déclarations, l'un des représentants du contentieux de l'État finit par faire un malaise dans le tribunal. Le président préfère clore la séance. L'adjudant-chef Bagayoko doit finir ce mercredi d'apporter ses réponses. Viendront ensuite les réquisitions du procureur et les plaidoiries des avocats. L'occasion, peut-être, d'en apprendre davantage sur les graves accusations de détournements de fonds publics portées la semaine dernière par le colonel Kassoum Goïta contre les militaires qui dirigent la transition, ou sur les mystérieux documents que la sécurité d'État a demandé à l'ancien secrétaire général de la Présidence, Kalilou Doumbia, d'aller chercher dans un coffre-fort au palais de Koulouba. www.dakaractu.com
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