WIRE — Accusé d'avoir introduit une substance toxique destinée à tuer les rats dans le jus de bissap de son employeur, Daouda Diop a comparu devant la Chambre criminelle de Dakar. Selon Les Échos, l'apprenti tailleur aurait initialement reconnu avoir voulu provoquer la mort de son patron pour s'approprier son atelier, avant de revenir sur ses déclarations à la barre. Le ministère public a requis vingt ans de réclusion criminelle. Le délibéré est attendu le 11 août 2026 Un apprenti tailleur employé dans un atelier de couture L'affaire remonte à l'année 2023. À cette époque, Daouda Diop travaillait comme apprenti tailleur dans l'atelier de Mouhamadou Yacine Diallo. D'après Les Échos, le jeune homme percevait une rémunération journalière de 3 000 francs CFA et était régulièrement payé par son employeur. Malgré cette relation professionnelle, l'accusation soutient qu'il nourrissait le projet de s'emparer de l'atelier de couture de son patron. C'est dans ce but qu'il aurait décidé d'introduire un produit toxique dans une bouteille de jus de bissap destinée à Mouhamadou Yacine Diallo. La substance en question était présentée comme un raticide, c'est-à-dire un produit conçu pour exterminer les rongeurs. Un goût amer qui alerte immédiatement le patron Le projet présumé de Daouda Diop n'est pas allé jusqu'à son terme. Après avoir bu une gorgée du jus, Mouhamadou Yacine Diallo aurait immédiatement constaté un goût anormalement amer. Selon le témoignage rapporté par Les Échos, la couleur du bissap avait également changé. Le liquide serait devenu noirâtre, éveillant les soupçons de son destinataire. Le patron a alors interpellé le plus jeune apprenti de l'atelier pour savoir si quelqu'un avait manipulé sa bouteille. Ce dernier lui aurait indiqué que Daouda Diop avait touché au récipient. Face à ces éléments, Mouhamadou Yacine Diallo a décidé de porter plainte afin que la nature exacte de la substance introduite dans son jus soit déterminée. Le produit toxique retrouvé pendant la garde à vue À la suite de la plainte, Daouda Diop a été interpellé puis placé en garde à vue dans les locaux des enquêteurs. Les Échos rapporte qu'au cours de sa détention, il aurait demandé l'autorisation de se rendre aux toilettes pour faire ses besoins. Constatant qu'il tardait à revenir, les agents seraient partis à sa recherche. Ils l'auraient alors surpris en train d'essayer de se débarrasser du produit toxique. Celui-ci a été saisi puis soumis à une analyse. Le rapport d'expertise cité par le quotidien aurait révélé la présence d'un produit contenant une proportion de 24,94 % d'une autre substance toxique. Aucun nom précis de la substance analysée n'est toutefois indiqué dans l'article. Des aveux enregistrés au cours de l'enquête Devant les enquêteurs, puis devant le magistrat instructeur, Daouda Diop aurait reconnu les faits qui lui étaient reprochés. Selon Les Échos, il aurait déclaré avoir introduit le poison dans le bissap de son patron dans l'intention de provoquer sa mort. Son objectif aurait été de prendre sa place et de s'approprier l'atelier de couture. Ces déclarations ont constitué un élément central du dossier de l'accusation. Elles ont également été rappelées à l'audience par le représentant du ministère public. Daouda Diop a ensuite été placé en détention provisoire. Lors de sa comparution devant la Chambre criminelle de Dakar, le 14 juillet 2026, il avait déjà passé environ trois années en prison dans l'attente de son jugement. Un spectaculaire revirement devant la Chambre criminelle À la barre, l'accusé a cependant changé de version. Alors qu'il avait reconnu les faits au cours de l'enquête et de l'instruction, il a adopté une position de dénégation devant les juges. Daouda Diop a soutenu qu'il n'avait pas placé du poison dans la bouteille dans le but de tuer son employeur. Il a affirmé qu'il s'agissait plutôt d'une " potion mystique " destinée à assurer sa propre protection physique. Il a également déclaré que la bouteille contenant la préparation lui était personnellement réservée et que son patron se serait trompé de récipient. Interrogé sur les photographies montrant le sachet contenant le produit toxique qu'il aurait détenu au moment des faits, l'accusé a déclaré ne pas savoir où les enquêteurs avaient saisi le poison. Cette nouvelle version est apparue en contradiction avec ses premières déclarations, au cours desquelles il aurait reconnu avoir voulu provoquer la mort de son patron. La partie civile pardonne, mais confirme les faits Entendu à son tour, Mouhamadou Yacine Diallo a indiqué avoir pardonné à son ancien apprenti. Il a néanmoins maintenu son récit concernant l'introduction d'une substance dans son jus. La victime a raconté qu'une vieille dame avait laissé une bouteille de bissap dans l'atelier. Après en avoir bu une gorgée, elle aurait constaté un goût inhabituel ainsi qu'un changement de couleur du liquide. Lorsqu'il a interrogé Daouda Diop, celui-ci lui aurait d'abord répondu qu'il avait mis son médicament dans la bouteille. Toujours selon le témoignage relayé par Les Échos, l'apprenti aurait ensuite affirmé qu'un marabout lui avait demandé de placer le produit dans le jus de son patron afin de pouvoir s'emparer de son local. Malgré la gravité des accusations, Mouhamadou Yacine Diallo a déclaré devant la juridiction avoir accordé son pardon à l'accusé. Le procureur requiert vingt ans de réclusion criminelle Dans ses réquisitions, le représentant du ministère public a insisté sur les aveux initiaux de Daouda Diop. Il a rappelé que l'accusé avait reconnu avoir mis une substance toxique dans la bouteille pour donner la mort à son employeur, avant de revenir sur ses déclarations devant la Chambre criminelle. Le procureur a également soutenu que la nature et la quantité du produit utilisé étaient susceptibles de provoquer la mort de Mouhamadou Yacine Diallo. Pour l'accusation, le mobile était clairement établi : Daouda Diop aurait tenté d'éliminer son patron afin de se substituer à lui à la tête de l'atelier de couture. Au regard de ces éléments, le parquet a requis une peine de vingt ans de réclusion criminelle contre l'apprenti tailleur. La défense plaide pour une application bienveillante de la loi L'avocat de la défense, Me Ndiogou Ndiaye, a demandé à la juridiction de tenir compte de la situation personnelle et de " l'inconscience " du jeune accusé. Il a plaidé pour une application bienveillante de la loi pénale, en estimant que le tribunal devait favoriser la resocialisation de Daouda Diop plutôt que prononcer une sanction extrêmement lourde. La juridiction n'a pas rendu sa décision à l'issue de l'audience. Le délibéré a été fixé au 11 août 2026. Jusqu'au prononcé du jugement, Daouda Diop demeure un accusé contre lequel le ministère public a requis vingt ans de réclusion criminelle. www.dakaractu.com

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