WIRE — PORTRAIT - AMADOU FALL BA L'architecte de l'ombre qui bâtit les métiers de la culture   De la scène hip-hop aux écoles de formation, il fait de la jeunesse sénégalaise le moteur des industries culturelles et créatives de demain.   Longtemps, le grand public a associé Amadou Fall Ba au mouvement hip-hop, aux festivals de cultures urbaines et aux grands événements artistiques qui rythment la vie culturelle dakaroise. Pourtant, derrière cette image se cache un bâtisseur qui œuvre depuis près de deux décennies à structurer un secteur longtemps considéré comme informel : celui des industries culturelles et créatives. Co-fondateur d'Africulturban, directeur du festival Festa2H, directeur de la Maison des Cultures Urbaines (MCU), coordinateur de Sénégal Talents Campus, responsable de Senetech et, aujourd'hui, coordinateur de l'association Impact Sénégal, Amadou Fall Ba multiplie les initiatives avec une conviction : la culture ne peut devenir un véritable levier de développement économique sans une formation professionnelle solide. Son engagement dépasse largement la simple promotion des cultures urbaines. Il s'inscrit désormais dans une vision plus globale où la culture devient un espace de création d'emplois, d'innovation et d'insertion professionnelle. " Nous voulons accompagner la montée en puissance des industries culturelles et créatives au Sénégal ", résume-t-il. " Les jeunes doivent apprendre à travailler dans un environnement international " Pour Amadou Fall Ba, le principal défi du secteur culturel sénégalais n'est pas le manque de talents. Le véritable problème est l'absence de qualification professionnelle. " Beaucoup de jeunes veulent travailler dans les arts et la culture, mais ils n'ont pas les compétences nécessaires ", explique-t-il. Cette réalité l'a conduit à placer la formation au cœur de son action. Selon lui, les métiers techniques évoluent à une vitesse considérable. Les innovations dans le son, la lumière, l'audiovisuel, la vidéo ou encore le numérique obligent les professionnels à actualiser continuellement leurs connaissances. " Si vous n'êtes pas à jour, même un excellent technicien peut rapidement être dépassé ", insiste-t-il. Pour répondre à ce besoin, Amadou Fall Ba et ses partenaires ont créé l'Institut Impact, acronyme de l'Institut Mondial des Professionnels des Arts, de la Culture et des Technologies. Le choix du mot " Mondial " n'est pas anodin. L'établissement fait appel à des enseignants venus du Sénégal, du Canada, de la France, de la Belgique, d'Allemagne, d'Écosse, d'Irlande ou encore des Pays-Bas. Cette diversité permet aux étudiants de découvrir plusieurs approches pédagogiques et plusieurs visions des métiers. " Les jeunes ne doivent pas seulement apprendre un métier ; ils doivent apprendre à travailler dans un environnement international ", souligne-t-il. L'une des plus grandes avancées de ces dernières années reste sans doute la mise en place de formations officiellement reconnues par l'État du Sénégal. L'Institut Impact propose notamment des BTS validés par les autorités nationales. Les étudiants peuvent désormais obtenir un diplôme de technicien supérieur en son ou en lumière. Parallèlement, plusieurs certificats de spécialité permettent d'acquérir rapidement des compétences professionnelles dans des domaines comme la gestion de projets culturels, la production, le management artistique, les installations scéniques, le rigging, la création lumière, la sonorisation ou encore les écrans LED. Pour Amadou Fall Ba, cette reconnaissance institutionnelle constitue une étape historique. Pour la première fois, des jeunes Sénégalais pourront être diplômés officiellement dans des métiers longtemps appris uniquement sur le terrain. La féminisation des métiers techniques Autre combat important : la féminisation des métiers techniques. Dans l'imaginaire collectif, les métiers du son ou de la lumière restent largement masculins. Amadou Fall Ba souhaite changer cette réalité. Les résultats sont déjà visibles. Dans la promotion BTS Son 2024-2026, les femmes représentent près de 40 % des effectifs. En BTS Lumière, elles sont même majoritaires avec environ 60 %. Une situation encore rare dans plusieurs pays européens. " Nous voulions casser le plafond de verre ", dit-il. Selon lui, il est indispensable de convaincre également les familles que ces métiers sont de véritables professions. Il reconnaît toutefois les difficultés sociales auxquelles certaines femmes restent confrontées, notamment les horaires de nuit ou les contraintes liées aux événements culturels. Mais il estime que ces obstacles peuvent être progressivement levés grâce à la sensibilisation. Bien avant l'Institut Impact, Amadou Fall Ba coordonnait déjà Sénégal Talents Campus. Lancé en pleine pandémie de Covid-19, le projet avait une ambition simple : construire les premiers référentiels nationaux des métiers techniques du spectacle vivant. En collaboration avec l'État, plusieurs programmes ont été développés. Ils concernent notamment l'administration culturelle, la régie de production, le son et la lumière. L'objectif est de professionnaliser toute la chaîne de production culturelle. Pour lui, un spectacle réussi ne dépend pas uniquement de la qualité des artistes. Il repose également sur des techniciens compétents capables d'anticiper les risques, de gérer les imprévus et d'assurer une parfaite coordination. Le régisseur, véritable chef d'orchestre d'un événement S'il existe un métier auquel Amadou Fall Ba tient particulièrement, c'est celui de régisseur. Selon lui, cette profession reste largement méconnue au Sénégal. " Beaucoup pensent qu'un régisseur est simplement la personne qui fait monter les artistes sur scène ", regrette-t-il. Or, la régie englobe bien davantage. Gestion du temps, sécurité, logistique, coordination des équipes, planification, anticipation des risques, communication avec les différents intervenants : le régisseur est le véritable chef d'orchestre d'un événement. Pour Amadou Fall Ba, professionnaliser cette fonction permettra d'améliorer considérablement la qualité des productions culturelles sénégalaises. Les ambitions ne s'arrêtent pas au BTS. Des discussions sont déjà engagées pour lancer des licences professionnelles dès 2027 dans les domaines de l'ingénierie des systèmes de sonorisation et de la conception lumière. À plus long terme, l'objectif est de proposer des formations de niveau master. Cette montée en gamme permettra également de former les futurs enseignants. Car, sans formateurs qualifiés, il sera difficile d'assurer la pérennité du système. Sortir de Dakar Autre priorité : sortir de Dakar. Aujourd'hui encore, la majorité des formations spécialisées reste concentrée dans la capitale. Amadou Fall Ba souhaite développer des formations courtes dans plusieurs régions du Sénégal. Des sessions intensives pourraient être organisées à Kolda, Sédhiou, Matam ou dans d'autres territoires, en partenariat avec des festivals régionaux. Cette stratégie répond à un double objectif : rapprocher la formation des jeunes et contribuer à une meilleure équité territoriale. Derrière chaque scène bien éclairée, chaque concert parfaitement coordonné ou chaque spectacle réussi, Amadou Fall Ba rappelle qu'il existe des femmes et des hommes dont le métier reste souvent invisible. Son combat consiste précisément à leur donner une reconnaissance, une qualification et un avenir professionnel. Plus qu'un promoteur des cultures urbaines, il est devenu l'un des principaux artisans de la professionnalisation des métiers culturels au Sénégal. FATOU BA Section:analyse

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