WIRE — L'Hôpital général Idrissa Pouye de Grand Yoff franchit un cap dans la prise en charge des troubles du rythme cardiaque grâce à une innovation technologique. Pour la première fois en Afrique de l'Ouest, une mission de pose de stimulateurs cardiaques sans sonde est organisée à Dakar. Sept patients bénéficient gracieusement de cette technologie innovante, tandis que des cardiologues sénégalais sont en voie de certification pour réaliser cette intervention de façon autonome. Le Sénégal vient de réaliser une avancée majeure en cardiologie interventionnelle. L'Hôpital général Idrissa Pouye accueille une mission inédite consacrée à l'implantation de stimulateurs cardiaques sans sonde, une technologie de pointe encore peu répandue dans le monde. Cette initiative s'inscrit dans un vaste programme de renforcement des compétences des cardiologues africains et ambitionne de faire du Sénégal un pôle de référence en Afrique de l'Ouest. " Cette activité a démarré mardi par une formation de cardiologues africains sur la stimulation cardiaque, c'est-à-dire la mise en place de stimulateurs cardiaques pour des patients qui ont un rythme cardiaque lent, qui font des syncopes, des pertes de connaissance, parfois très graves, voire mortelles ", explique le Pr Adama Kane, rythmologue interventionnel et enseignant-chercheur à l'Université Gaston-Berger de Saint-Louis. Selon lui, des cardiologues issus de cinq pays africains ont été formés à cette technique avant le lancement de la mission clinique. Le spécialiste souligne que cette mission marque surtout l'introduction majeure du stimulateur sans sonde. " Il s'agit d'une petite capsule de 33 millimètres qui est positionnée directement dans le cœur en passant par les veines sous contrôle radiologique. Il n'y a aucune ouverture chirurgicale, pas de sonde, pas de boîtier. C'est une petite puce que l'on fixe à l'intérieur du cœur ", détaille-t-il. Cette technique réduit les complications liées aux sondes et améliore le confort des patients, tout en offrant une durée de vie estimée à une vingtaine d'années. " Aujourd'hui, des collègues venus de France sont présents pour nous accompagner et nous certifier. Après cette étape, il y aura un véritable transfert de compétences et nos patients pourront bénéficier durablement de cette technologie ", affirme le Pr Kane. " Le Sénégal est le premier pays d'Afrique de l'Ouest à réaliser cette activité et nous voulons qu'il devienne une référence sous-régionale dans ce domaine. " Une couverture presque complète de l'Afrique francophone Dans le cadre de cette certification, les cardiologues sénégalais devront réaliser plus d'interventions sous supervision. " Pour être certifiés, les premiers opérateurs doivent effectuer cinq procédures. Deux autres interventions ont été ajoutées afin que d'autres membres de l'équipe puissent également être formés. Au total, sept procédures seront réalisées au cours de cette mission. " Compte tenu du caractère innovant de cette technologie, son coût reste élevé. Toutefois, les sept patients sélectionnés n'auront rien à débourser. " Cette batterie fonctionne pendant environ vingt ans. C'est une technologie coûteuse mais, pour cette mission, les dispositifs sont entièrement offerts aux patients. C'est totalement gratuit ", précise le spécialiste. À plus long terme, le défi sera de rendre cette prise en charge accessible au plus grand nombre. " Nous allons discuter du modèle économique afin que d'autres patients puissent en bénéficier. Pour cela, nous aurons besoin de l'accompagnement de l'État afin que ces interventions sauf puissent être remboursées, car ce sont des actes qui sauvent directement des vies et permettent de traiter définitivement certaines pathologies. " Présent à Dakar, le Pr Claude Kwakam, chef du service de cardiologie au CHU de Lille, rappelle que cette avancée s'inscrit dans un projet lancé il y a près de dix ans. " Je suis venu dans le cadre du diplôme universitaire de stimulation cardiaque pour participer à la formation et à l'atelier. En 2017, nous avons créé, avec l'Université Gaston-Berger de Saint-Louis, une formation diplômante en stimulation cardiaque. À l'époque, nous avions constaté que près de la moitié des pays d'Afrique noire francophone ne disposaient pas de médecins capables de pratiquer cette technique, alors même que les cardiologues avaient les compétences nécessaires. Il manquait simplement une formation spécifique. " Cette formation, qui dure deux ans, en est aujourd'hui à sa cinquième promotion. " Nous formons entre dix et douze cardiologues par an. À ce jour, une cinquantaine de cardiologues ont déjà été formés. " Pour le Pr Claude Kwakam, les résultats sont déjà visibles sur le terrain. " Aujourd'hui, quasiment tous les pays d'Afrique noire francophone disposent de cardiologues capables d'implanter des stimulateurs cardiaques. Il ne reste que la République centrafricaine et le Burundi, mais nous travaillons déjà à combler ce retard. L'objectif est que, quel que soit le pays d'Afrique noire francophone où vit un patient souffrant d'un trouble du rythme cardiaque, il puisse être pris en charge par un médecin formé ", a soutenu le Pr Kwakam.

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