WIRE — PLACE DU SOUVENIR AFRICAIN Ngakane Diouf Gning, l'architecte d'une mémoire vivante   À son arrivée à la tête de la Place du Souvenir africain en 2020, Ngakane Diouf Gning hérite d'une institution confrontée à une crise sans précédent. La pandémie de Covid-19 met les activités culturelles à l'arrêt, les lieux de rassemblement ferment et les établissements patrimoniaux sont contraints de réinventer leur rapport au public. Là où beaucoup voient une période de paralysie, l'administratrice y décèle l'occasion de repenser en profondeur la vocation de ce lieu emblématique.   Six ans plus tard, la transformation est visible. La Place du Souvenir africain n'est plus seulement un monument dédié au devoir de mémoire. Sous son impulsion, elle est devenue un espace d'échanges où patrimoine, recherche, jeunesse, innovation numérique et diplomatie culturelle se croisent pour faire vivre l'histoire africaine au présent. Conseillère aux affaires culturelles, Ngakane Diouf Gning possède une solide expérience acquise au fil de plus de deux décennies au ministère de la Culture. Diplômée de l'École nationale des Arts en 1999 en qualité d'animatrice culturelle, elle exerce successivement à Thiès, Tambacounda, Kaffrine, Kaolack ou encore Fatick. Ce parcours de proximité lui permet de mesurer les réalités du terrain et forge une conviction qui guidera toute son action : la culture ne peut remplir sa mission que si elle demeure accessible au plus grand nombre. Cette vision s'enrichit lors de sa formation au Centre régional d'action culturelle (Crac) de Lomé, établissement interétatique chargé de former les futurs conseillers aux affaires culturelles de plusieurs pays africains. Une expérience qui ouvre davantage sa réflexion sur les enjeux de coopération culturelle à l'échelle du continent. Dès sa nomination, l'administratrice refuse d'inscrire son action dans une logique de rupture. " Je salue vraiment mes prédécesseurs qui ont défriché le chemin. Ils ont ouvert la Place en 2009. Moi, je suis arrivée en 2020 avec l'ambition d'y apporter mes propres empreintes ", explique-t-elle. Avant de lancer ses premiers projets, elle réunit pendant deux jours historiens, universitaires, chercheurs, artistes, cadres du ministère de la Culture et représentants de la société civile afin de réfléchir collectivement à l'avenir de l'institution. Ces travaux débouchent sur un document de planification stratégique qui constitue encore aujourd'hui la feuille de route de la Place du Souvenir africain. " Toutes les activités que nous menons aujourd'hui trouvent leur origine dans ce document qui reste notre véritable boussole ", souligne-t-elle. Le Centre de ressources Ousmane Sembène, cœur du dispositif Parmi les premières réalisations figure la création du Centre de ressources Ousmane Sembène. Bien plus qu'une bibliothèque, ce centre rassemble ouvrages, biographies, monographies et publications consacrés aux grandes figures africaines et afro-descendantes. Il accueille régulièrement ateliers pédagogiques, rencontres scolaires et animations destinées à promouvoir la lecture auprès des jeunes. Pour Ngakane Diouf Gning, l'enjeu n'est pas uniquement de conserver des ouvrages, mais de recréer le lien entre les nouvelles générations et le livre. " Les gens lisent toujours. Ils lisent simplement autrement, souvent sur des supports numériques. À nous de trouver des stratégies pour leur redonner envie de découvrir le livre physique ", estime-t-elle. Cette approche conduit l'institution à développer plusieurs partenariats avec les établissements scolaires voisins ainsi qu'avec l'Université Cheikh Anta Diop. La crise sanitaire pousse également la Place du Souvenir à accélérer sa transition numérique. Face à l'impossibilité d'organiser des conférences en présentiel, l'équipe lance E-Souvenir, un programme de podcasts consacré aux grandes figures africaines et de la diaspora. Diffusés sur les plateformes numériques de l'institution, ces contenus permettent de maintenir le dialogue avec le public malgré les restrictions sanitaires. L'initiative rencontre rapidement son public et contribue aujourd'hui au rayonnement international de la Place du Souvenir africain. Autre projet phare de cette nouvelle dynamique : Jazz Afrika. L'événement dépasse largement le cadre d'un festival musical. Concerts, conférences, projections documentaires et hommages s'y succèdent autour de personnalités ayant marqué l'histoire du continent. Chaque édition met également à l'honneur un pays invité afin de valoriser son patrimoine culturel. Pour l'administratrice, cette plateforme constitue un véritable instrument de diplomatie culturelle. " Si cette institution porte le nom de Place du Souvenir africain, tous les Africains doivent pouvoir se l'approprier ", affirme-t-elle. Grâce aux partenariats noués avec plusieurs représentations diplomatiques, Jazz Afrika a déjà célébré des personnalités venues de Côte d'Ivoire, du Rwanda, du Kenya, du Burkina Faso ou encore de Tunisie. L'une des éditions les plus marquantes a rendu hommage à Michelle Boniapé, première femme technicienne en aéronautique de Côte d'Ivoire et d'Afrique de l'Ouest, formée au Sénégal. Transmettre la mémoire aux jeunes générations La transmission constitue l'un des principaux axes de la stratégie de l'institution. Tout au long de l'année, des conférences sont organisées autour des grandes figures africaines. Chaque 7 février, un hommage est ainsi rendu au professeur Cheikh Anta Diop, tandis que les anniversaires de naissance ou de disparition de nombreuses personnalités donnent lieu à des rencontres scientifiques et culturelles. La jeunesse occupe également une place centrale à travers le concours Plume et Voix, organisé à l'occasion de la Journée internationale de la Francophonie. Collégiens et lycéens sont invités à mener des recherches sur une personnalité historique africaine avant de présenter leurs travaux sous forme d'exposés et de prestations orales. Au-delà de l'exercice pédagogique, l'initiative vise à renforcer la connaissance de l'histoire africaine et à déconstruire les stéréotypes entourant les figures afro-descendantes. Sous l'impulsion de son administratrice, la Place du Souvenir africain accueille désormais chercheurs, associations, artistes, institutions et porteurs de projets culturels qui souhaitent y organiser des activités. Cette ouverture répond à une conviction simple : la mémoire est un bien commun. " La Place du Souvenir est certes un espace emblématique de promotion de la mémoire, mais elle est aussi un outil au service de tous les citoyens sénégalais ", rappelle Ngakane Diouf Gning. Les perspectives s'annoncent tout aussi importantes avec les Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar. La Place du Souvenir africain figure parmi les sites retenus pour accueillir plusieurs activités liées au cyclisme ainsi que des animations consacrées à la promotion de la culture sénégalaise. Pour son administratrice, ce rendez-vous mondial représente une nouvelle occasion d'accroître le rayonnement international de l'institution et de renforcer les coopérations culturelles. En six années de gestion, Ngakane Diouf Gning aura profondément modifié l'image de la Place du Souvenir africain. Sans renier sa vocation mémorielle, elle en a fait un espace vivant où patrimoine, innovation, jeunesse et diplomatie culturelle dialoguent en permanence. À travers cette transformation, elle défend une conviction constante : la mémoire n'est pas un héritage figé, mais une ressource vivante qui se transmet, s'interroge et se partage afin de rapprocher les peuples africains et leur diaspora autour d'une histoire commune. Fatou Ba Section:people

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