WIRE — CHEIKH TIDIANE DIOP SUR LE LIMOGEAGE DE PAPE THIAW''Ça ne doit pas s'arrêter juste au limogeage d'un entraîneur''   L'heure est au bilan pour le football sénégalais après l'échec de l'équipe nationale à la Coupe du monde 2026. Dans un entretien avec EnQuête, le consultant et agent sportif, Cheikh Tidiane Diop retient une responsabilité collective à propos de la déroute des Lions. Selon lui, le débat doit être posé avec sérénité pour une prise de décisions réfléchie et objective.   L'équipe du Sénégal a réalisé une piètre performance, alors que les ambitions étaient grandes avant le coup d'envoi de la compétition. Avec le recul, cette déroute n'était-elle pas prévisible, compte tenu des signes avant-coureurs ? Avec le recul, certains signaux étaient effectivement préoccupants. Plusieurs cadres arrivaient avec un peu de rythme ou pas de rythme. La préparation n'avait pas totalement rassuré et l'équipe semblait chercher ses automatismes. Ses ambitions étaient légitimes compte tenu du talent disponible, mais entre l'ambition et la réalité du terrain, il faut une préparation optimale. On ne peut pas dire que l'échec était inévitable, mais il n'est pas totalement surprenant au regard des signaux avant-coureurs. Selon vous, qui doit-on incriminer ? Dans un échec de cette ampleur, il serait trop facile de désigner un seul coupable, la responsabilité est collective. Il y a l'encadrement technique, les joueurs, les dirigeants et parfois même l'environnement du football. Les joueurs ont leur part de responsabilité sur le terrain, le staff sur les choix et la préparation, et les dirigeants sur la vision globale. L'essentiel n'est pas de chercher un banc et un bouc émissaire, mais de tirer les leçons pour construire plus solidement dans le futur. La FSF a finalement pris la décision de démettre Pape Thiaw de ses fonctions. Comment appréciez-vous cette mesure ? La Fédération sénégalaise de football a décidé de démettre Pape Thiaw de ses fonctions. Bon, c'était vraiment prévisible après l'élimination du Sénégal. Il fallait trouver un coupable de ce fiasco qui a eu lieu aux Etats-Unis lors de la Coupe du Monde. Il fallait trouver un bouc émissaire, donc raison pour laquelle, à mon avis, je me suis dit que la Fédération avait besoin d'un coupable pour se laver à grandes eaux. Si ce n'était pas l'entraîneur, ça allait être la Fédération. Mais ça ne doit pas s'arrêter juste au limogeage d'un entraîneur, parce que le mal est plus profond que ça. Il faut voir ce qui s'est passé, ce qui n'a pas marché et qu'on nous dise ce qui a vraiment empêché le Sénégal de progresser, ce n'est pas juste un problème d'entraîneur. Pour le, je pense que 90% des Sénégalais s'y attendaient, même si tout le monde n'est pas d'accord sur ça. Mais on s'y attendait et c'est la suite logique des choses. Quand on est sur quelque chose, il faut repartir de l'avant. Mais il ne faut pas oublier que Pape Thiaw nous a valu un titre de champion d'Afrique en 2025-26 au Maroc. Il nous a valu une qualification mondiale quand on ne s'y attendait plus. Il nous a valu beaucoup de choses. Mais il nous faut un nouvel entraîneur afin que ce dernier puisse avoir la mainmise et faire appliquer son autorité, permettre au Sénégal de repartir de zéro et vraiment refaire quelque chose de bien entre la symbiose de cadres sortant et des jeunes loups qui frappent à la porte. Il faut un entraîneur d'envergure, un entraîneur capable de regarder des joueurs de très haut niveau dans les yeux pour leur dire ce qu'il attend d'eux. Mais cela n'empêche que Papa a été un bon entraîneur pour le Sénégal, sauf qu'il est passé totalement à côté lors de ce Mondial.  Quel bilan tirer du passage de Pape sur le banc des Lions ? Le bilan de Pape Thiaw sur le banc du Sénégal, je pense que ça fait 29 rencontres, toutes rencontres confondues. Il a eu 5 défaites pour 4 matchs nuls et 20 victoires. C'est plus que salutaire. Je pense qu'il nous a valu, comme je l'ai dit tantôt, le titre de champion d'Afrique de 2025-26 au Maroc. Il nous a valu la qualification mondiale de 2026, parce que lorsque le Sénégal s'est retrouvé avec Aliou Cissé à la troisième position de notre poule, derrière le Soudan et la République démocratique du Congo, c'est Pape qui est venu booster les choses, ce qu'on appelle un choc psychologique, c'est ce qu'il a créé avec son arrivée et il a fait passer son message. C'est quelqu'un qui a aussi fait venir beaucoup de jeunes et beaucoup de joueurs. Par exemple, les Diakho, et autres. Au début, il faisait un très bon travail. Hormis ce qui s'est passé au Mondial, Pape fut, à mon avis, un très bon sélectionneur pour le Sénégal. La seule chose qu'il a fait qui n'a pas marché, qui est une tâche d'huile, c'est le fait d'avoir échoué au Mondial et cet échec a, aux yeux des Sénégalais, effacé tout ce que Pape avait fait de bon. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Pour le remplaçant de Pape Thiaw, doit-on continuer avec les techniciens nationaux ou doit-on aller chercher un coach étranger ? Le débat ne devrait pas être de nationalité contre nationalité. Ce qui compte, c'est la compétence, l'expérience et l'adéquation avec le projet. Un technicien national connaît mieux l'environnement et la culture du football sénégalais. Un entraîneur étranger peut apporter un regard neuf et une méthodologie différente. Le choix doit se faire sur des critères de performance, de leadership, de vision, pas sur un passeport. Les cadres vieillissants de l'équipe doivent-ils partir ou ont-ils encore un avenir avec l'équipe ? Les cadres ne doivent être écartés brutalement ni maintenus uniquement pour leur passé. Certains peuvent encore apporter leur expérience et leur leadership. Mais la transition doit être préparée dès maintenant. Le Sénégal doit construire une équipe entre anciens et jeunes talents afin d'éviter une rupture générationnelle. Le mérite, la forme du moment et la capacité à répondre aux exigences du haut niveau doivent être les choix.  Le Maroc, la dernière équipe africaine qui restait dans la course, a été éliminé en quarts de finale par la France. Quelle analyse faites-vous de cette défaite marocaine ? Le Maroc sort la tête haute, être éliminé en quart de finale par une équipe de France aussi complète n'a rien d'informant. Les Marocains ont montré une bonne organisation du caractère et une vraie identité de jeu. La différence est faite sur les détails, l'efficacité dans les deux surfaces, la profondeur de bat et l'expérience des grands rendez-vous. Cette défaite confirme malgré tout que le Maroc s'est installé durablement parmi les nations compétitives du football mondial.  Comment appréciez-vous cette première participation des pays africains dans cette nouvelle formule à 48 équipes ? Le bilan est contrasté, l'Afrique a bénéficié d'un nombre de places plus important, ce qui est une bonne chose pour la visibilité et l'expérience internationale. Mais en termes de résultats, il y a un goût d'inachevé. Peu d'équipes ont franchi un cap réel dans la compétition. Cette nouvelle formule montre surtout que l'Afrique dispose d'un réservoir immense, mais qu'il faut encore transformer ce potentiel en performances régulières au plus haut niveau. Qu'est-ce qui a manqué aux équipes africaines pour au moins intégrer le dernier carré de la Coupe du monde ? Ce qui a manqué, c'est moins le talent que la maîtrise. Les équipes africaines possèdent des joueurs de niveau international, mais elles souffrent encore de certaines lacunes, comme une gestion des temps faibles, efficacité offensive, profondeur de bat et continuité dans les projets techniques. Dans une Coupe du Monde, les demi-finales se jouent souvent sur des détails tactiques et mentaux. C'est là que les grandes nations font encore la différence. Je dirais que cette Coupe du Monde a montré que l'Afrique possède toujours un immense potentiel de talent. Mais qu'elle doit franchir un cap dans l'organisation, la construction des projets et la gestion du très haut niveau. Pour le Sénégal comme pour les autres sélections africaines, l'objectif ne doit plus être seulement de participer ou de sortir des poules, mais de construire des équipes capables de rivaliser durablement avec les meilleures nations jusqu'au dernier carré.  L'équipe de France semble intenable cette année. Pensez-vous que son parcours soit celui d'un futur champion ? La France donne l'impression d'une équipe construite pour aller au bout. Elle possède de la qualité dans toutes les lignes, de la puissance physique, de la vitesse et surtout une grande maturité collective. Son parcours est celui d'un sérieux candidat au titre, mais une Coupe du Monde reste imprévisible. Il suffit d'un match moins maîtrisé, d'une blessure ou d'un fait de jeu pour changer le destin d'une équipe. La France est favorite, mais pas encore championne. LOUIS GEORGES DIATTA Section:verite

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