WIRE — GESTION DES INONDATIONS Thiès pare au plus pressé A Thiès, les autorités municipales multiplient les opérations pré hivernales, pour parer à toute éventualité, alors que la ville est particulièrement vulnérable aux inondations. Les populations se préparent à vivre des moments difficiles, car certains travaux nécessitent le concours de l'Etat souvent aux abonnés absents. Son bras techniques, l'ONAS, n'a pas les moyens de ses ambitions. CANAL DE NGUINTH 20 ans d'attente, un chantier à l'abandon et des populations livrées aux inondations Depuis 20 ans, hivernage rime avec galères pour les habitants de Nguinth, dans la commune de Thiès Nord. Le collectif pour la réalisation du canal de Nguinth et plusieurs acteurs communautaires continuent de dénoncer l'arrêt des travaux du canal entamés en 2023 et alertent sur les risques sanitaires, sécuritaires et environnementaux auxquels le quartier est confronté depuis plus de deux décennies. Selon Ibrahima Diouf, un habitant du quartier de Nguinth, les difficultés du quartier remontent à la construction des deux voies, réalisée à l'occasion de la 44e édition de la fête de l'Indépendance, en 2004. Avant lesdits travaux, le quartier ne connaissait pas de problèmes d'inondations. Les eaux pluviales s'écoulaient naturellement, quelques minutes après les précipitations. " C'est après la construction de la route que la nappe phréatique est montée et que les premières inondations sont apparues ", explique-t-il. Face à cette situation, les populations disent avoir multiplié les démarches auprès des autorités des régimes qui se sont succédés. Des correspondances ont été adressées notamment aux anciens Premiers ministres Aminata Touré et Mahammed Boun Abdallah Dionne. Des missions techniques se sont rendues sur place et avaient confirmé, selon le collectif, la faisabilité du projet de canal. Après plusieurs annonces et études, les travaux n'ont véritablement démarré qu'en 2023. Une vingtaine de familles ont été déplacées afin de permettre le lancement du chantier. Mais cet espoir a été de courte durée. Après quelques mois d'activités, le chantier a brutalement été interrompu. Les engins ont quitté les lieux sans aucune explication officielle. " Aujourd'hui, le canal est élargi mais l'eau y stagne. Les poissons meurent, les mauvaises odeurs envahissent le quartier et nous ne savons toujours pas pourquoi les travaux ont été arrêtés ", déplore Ibrahima Diouf. Face au silence des autorités, les habitants ont mis en place un collectif chargé du suivi du dossier. Plusieurs démarches ont été entreprises auprès des services compétents afin de comprendre les raisons de l'arrêt du chantier. Ils affirment n'avoir obtenu aucune réponse. Les populations redoutent aujourd'hui les conséquences de l'hivernage, notamment les risques de noyade pour les enfants, la prolifération des moustiques et la recrudescence des maladies liées aux eaux stagnantes. Le collectif salue néanmoins les efforts entrepris récemment par la mairie de Thiès Nord, qui a procédé au curage d'une partie du canal afin de faciliter l'écoulement des eaux en attendant la reprise du chantier. Les responsables estiment toutefois que ces interventions restent insuffisantes face à l'ampleur du problème. TAKHIKAO Entre inondations, insécurité et promesses non tenues Après le canal de Nguinth, cap sur Takhikao, un autre quartier de la commune de Thiès-Nord. Ici, c'est le bassin de rétention qui continue de hanter le quotidien des populations. Entre eaux stagnantes, insécurité, prolifération des moustiques et risques d'inondation à chaque hivernage, les riverains vivent dans l'inquiétude permanente et réclament des solutions durables. Debout devant le bassin, Ndeye Awa Bèye montre du doigt l'exutoire où s'arrête le canal en provenance de Keur Mame El Hadji. Selon elle, le problème est connu depuis longtemps : le canal n'a jamais été achevé et son obstruction empêche l'évacuation normale des eaux pluviales. " Les herbes ont envahi l'ouvrage. Les ordures s'y accumulent et, dès qu'il pleut, l'eau ne peut plus s'écouler. Elle revient alors vers les habitations et provoque les inondations que nous subissons chaque année ", explique-t-elle. Au-delà des inondations, les riverains dénoncent une dégradation du cadre de vie. La végétation a totalement envahi le canal. Des arbres de plusieurs mètres de hauteur réduisent la visibilité et favorisent, selon les habitants, diverses formes d'insécurité. À la tombée de la nuit, peu de personnes osent emprunter cette zone. " Après 18 heures, personne ne veut passer ici. L'endroit est plongé dans l'obscurité. Il n'y a aucun éclairage public. Des groupes viennent s'y installer pour consommer de l'alcool, fumer ou mener d'autres activités. Les habitants préfèrent rester enfermés chez eux ", affirme Ndèye Awa Bèye. Elle ajoute que le canal est également devenu un espace dangereux pour les enfants. Malgré les risques, plusieurs d'entre eux viennent régulièrement y pêcher. C'est qu'un enfant y a perdu la vie par noyade, renforçant leurs inquiétudes face à l'absence de dispositifs de sécurisation. Les riverains disent avoir vu défiler plusieurs autorités au fil des années, sans aucune solution. Des opérations de curage accueillies avec prudence Les riverains reconnaissent toutefois que des travaux de curage sont actuellement en cours. Ils espèrent que ces opérations permettront de limiter les effets des prochaines pluies. Mais beaucoup restent prudents. " Le curage aide à améliorer un peu la situation, mais lorsque les pluies sont abondantes, le canal déborde de nouveau et l'eau envahit les maisons ", explique la riveraine. Face à cette situation, les habitants demandent avant tout une intervention structurelle de l'État. Ils souhaitent l'achèvement du canal, l'aménagement complet du bassin de rétention, un meilleur éclairage public et un renforcement de la sécurité dans cette zone particulièrement exposée. THIES-OUEST La mairie interpelle l'État sur le cas critique de la Manufacture Face aux enjeux liés à la saison des pluies et aux risques d'inondation, la commune de Thiès-Ouest a engagé plusieurs actions préventives afin de renforcer son dispositif d'assainissement. À travers le curage des canaux, l'entretien des ouvrages hydrauliques et la réhabilitation de certains équipements, la municipalité entend réduire les désagréments causés par les fortes précipitations et mieux protéger les populations. " Chaque année, à l'approche de l'hivernage, la municipalité procède au curage des canaux d'évacuation afin d'extraire le sable, les pneus et les déchets qui empêchent le bon écoulement des eaux ", renseigne le maire, docteur Mamadou Djité qui a fait une tournée, accompagné du directeur des services techniques, Ousmane Dème, pour constater l'état d'avancement des travaux de curage des canaux et des caniveaux. La visite a concerné plusieurs axes stratégiques de la commune, notamment la gare routière, le rond-point de l'Hôpital régional, l'angle Serigne Fallou, entre autres. La dernière étape de la visite a conduit les autorités municipales à la Manufacture de Thiès, un site considéré comme particulièrement vulnérable en période de fortes pluies. " En période de crue, l'eau déborde et passe au-dessus du canal au lieu de suivre son trajet normal. La situation nécessite une intervention beaucoup plus importante ", explique-t-il. La commune reconnaît cependant ses limites face à l'ampleur du chantier. Le canal concerné traverse plusieurs zones de Thiès-Ouest avant de se prolonger vers Thiès-Nord. " Ce projet dépasse les capacités financières et techniques de la commune. Nous avons besoin de l'accompagnement de l'État ", plaide le maire. Il lance un appel au président de la République, au ministère de l'Hydraulique et de l'Assainissement ainsi qu'à l'ONAS pour une intervention urgente avant les grandes pluies. " La Manufacture de Thiès est un patrimoine historique d'envergure nationale et internationale. Créée sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, elle mérite un programme spécial de réhabilitation de la part de l'État ", soutient-il. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- La municipalité de Thiès multiplie les opérations pré hivernales La municipalité de Thiès affiche sa détermination à réduire les risques d'inondation à travers une série d'opérations préventives. Curage des caniveaux, entretien des stations de pompage, lutte contre les dépôts sauvages, réhabilitation des réseaux d'évacuation des eaux et aménagements routiers : la mairie de la ville assure avoir engagé plusieurs actions pour mieux préparer la cité du Rail aux fortes pluies. " À l'approche de chaque hivernage, nous mettons en œuvre des activités pré-hivernage. Pendant la saison des pluies, nous assurons le suivi des ouvrages, puis nous procédons aux actions post-hivernage. Chaque année, nous tirons les enseignements de la précédente saison pour améliorer notre dispositif ", explique Ahmadou Fallilou Mbacké Diop, directeur des services techniques de la mairie de Thiès. La première étape du programme concerne le nettoyage des réseaux d'évacuation des eaux pluviales. " Les canalisations fonctionnent comme un système linéaire. Lorsqu'un point est obstrué, l'eau ne circule plus normalement et finit par revenir vers les quartiers. C'est pourquoi nous traitons chaque blocage avant de poursuivre les opérations ", précise le directeur des services techniques. La mairie travaille en coordination avec les différentes communes de Thiès ainsi qu'avec l'Office national de l'assainissement du Sénégal (ONAS) pour répartir les zones d'intervention. Parmi les axes ciblés figurent notamment l'avenue El Hadji Omar, l'avenue Léopold Sédar Senghor, les caniveaux de la zone nord et plusieurs réseaux secondaires qui alimentent le canal périphérique nord. Les stations de pompage sous surveillance Au-delà du curage, la municipalité prévoit également l'entretien des stations de pompage de la ville. Les ouvrages de Sam Pathé et de Mouride Gué, à Keur Abdoulaye Yakhine, font partie des équipements qui seront contrôlés avec l'appui de l'ONAS. L'objectif est de vérifier leur bon fonctionnement avant le début des fortes précipitations. La gestion des déchets constitue également un volet important du dispositif municipal. La fermeture de l'ancienne décharge de Keur Mamar Guèye et l'ouverture d'un nouveau site à Mbour 4 ont entraîné, selon la mairie, une multiplication des dépôts sauvages dans certains secteurs. " Certains charretiers cherchent des espaces disponibles pour déposer les ordures, ce qui crée des dépôts anarchiques. Or, les déchets mélangés aux eaux de pluie constituent un facteur de développement des maladies ", souligne Ahmadou Fallilou Mbacké Diop. En collaboration avec la SONAGED, la mairie affirme mener des opérations de suppression de ces dépôts afin d'améliorer le cadre de vie et de réduire les risques sanitaires. Le marché central au centre des préoccupations Le réseau d'assainissement situé sous certaines parties du marché central fait également l'objet d'une attention particulière. Selon la mairie, l'installation de cantines au-dessus de certaines parties du réseau a rendu difficile son entretien au fil des années. La municipalité travaille avec l'ONAS, la mairie de Thiès-Nord et les autorités administratives pour libérer les zones obstruées et permettre une meilleure circulation des eaux. Les occupants installés sur les réseaux d'assainissement pourraient également être concernés par des mesures administratives afin de sécuriser les ouvrages. La prévention des inondations passe également par la réhabilitation des voiries. La mairie indique avoir intégré la problématique de l'écoulement des eaux dans ses travaux routiers. Plusieurs axes ont déjà été réhabilités, notamment la route d'Escale, l'avenue El Hadji Malick Sy, la route du Commissariat central et le passage Ndame. D'autres travaux doivent se poursuivre, notamment sur l'axe reliant le marché Sam au Musée jusqu'à la mosquée HLM. Un appel à la responsabilité citoyenne Au-delà des investissements publics, la mairie insiste sur la nécessité d'une implication des populations. Ahmadou Fallilou Mbacké Diop rappelle que les ouvrages d'assainissement doivent être protégés par les citoyens. " Les infrastructures sont réalisées pour les populations. Y jeter des déchets ou y déverser des eaux usées revient finalement à se mettre soi-même en danger ", alerte-t-il. Il invite les habitants à signaler rapidement tout problème constaté aux services municipaux. " Nous ne pouvons pas être partout en permanence. Les citoyens doivent jouer leur rôle d'alerte. Lorsqu'ils constatent une anomalie, ils doivent nous informer afin que nous puissions intervenir rapidement ", conclut-il. NDEYE DIALLO (THIES) Section:profondeur
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