WIRE — L'équipe de France de football et son capitaine Kylian Mbappé ont été l'objet ces derniers jours d'attaques racistes qui dénotent, selon des chercheurs, une incompréhension de ce qu'est la société française aujourd'hui. "De l'extérieur, notamment dans des pays d'Amérique du Sud, il y a l'idée d'une France éternelle, qu'elle n'est pas ou plus, la vision figée d'une société d'il y a 50, 60 ou 80 ans" et qui "ne prend pas acte de la réalité", à savoir "un pays pluriel, métissé, multiculturel", estime Yvan Gastaut, maître de conférences à l'université de Nice Sophia Antipolis. L'équipe de France de football compte une majorité de joueurs noirs. Le chercheur note que les attaques sur l'origine des joueurs, qui ont suscité un tollé, renvoient aussi à ces pays le fait "qu'ils n'ont peut-être pas accompli ce qu'a accompli la France" en matière d'intégration. Après la victoire des Bleus contre le Paraguay (1-0) en huitièmes de finale le 4 juillet, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla avait qualifié Kylian Mbappé "d'abruti" n'ayant "même pas appris à écrire", ou encore de "Camerounais issu de la colonisation, s'efforçant désespérément de passer pour un Français". Dimanche, l'ex-Premier ministre conservateur espagnol Mariano Rajoy, dont les pays affrontent les Bleus mardi en demi-finale, a souligné qu'ils disposent d'"un effectif de très haut niveau", mais "sans Français". Pour l'historien Pascal Blanchard, ce genre de sorties "n'est pas neuf". Dans les années 1930 déjà, l'entrée en équipe de France du Marocain Larbi Benbarek et de Raoul Diagne, d'origine sénégalaise, a émis de vives critiques, autour d'un discours selon lequel "les Français, qui ne savent pas jouer au football, vont chercher des coloniaux pour s'en sortir", explique-t-il. Ce discours revient régulièrement ensuite, que ce soit le patron de l'extrême droite Jean-Marie Le Pen qui critique en 1996 des "étrangers naturalisés français", ou en 2018, après la victoire des Bleus qualifiés de "victoire de l'Afrique" par le président vénézuélien Nicolas Maduro. - "Emblème" - Les propositions ont à chaque fois suscité de vives critiques dans le monde politique. M. Blanchard souligne toutefois que cette fois, Kylian Mbappé lui-même a réagi, jugeant "méprisable" et "indigne de sa fonction" la sénatrice paraguayenne qui l'a insultée. "Très peu de joueurs en équipe de France ont choisi de prendre la parole. Zidane ne dit rien. Platini, à l'époque où il y avait une critique des immigrations italiennes ou espagnoles en équipe de France, ne dit rien", explique-t-il, en rappelant que le champion du monde 1998 Lilian Thuram, né en Guadeloupe (Antilles françaises), aura été l'un des premiers à clamer un message antiraciste. "Il y a là quelque chose de très symbolique", ajoute M. Blanchard, car Mbappé est "le premier joueur en équipe de France issue des deux grandes histoires de l'immigration: maghrébine, par sa mère, et d'Afrique subsaharienne, par son père". Yvan Gastaut note aussi que "depuis 2018, on n'a plus véritablement en France, y compris à l'extrême droite, pointé du doigt les origines" des joueurs, car "il y a une sorte de communion autour de l'équipe de France qui fait que ces propositions seraient anti-patriotes". Selon lui, cela aura "tendance à révéler à la France, qui s'en défend parfois, qu'elle est un pays d'intégration" car "à travers le football, on voit que les immigrations - européennes, post-coloniales, mais aussi actuelles - entraînent des résultats". L'idée était déjà en germe en 1998, à l'époque de l'équipe de France "Black-Blanc-Beur". "C'est le slogan d'une époque", même si le mot "beur", déjà en 98, "était un peu dépassé", estime M. Gastaut. Aujourd'hui, "ce n'est plus d'actualité, et cette équipe n'est plus, à mon sens, déterminée par ses origines", ajoute-t-il. M. Blanchard a rencontré cependant un bémol. "Il peut suffire d'une défaite pour que l'équipe devienne l'emblème d'une non-intégration, des problématiques dans les quartiers...", estime-t-il, en rappelant le désamour des supporters en 2010 après le psychodrame de Knysna, en Afrique du Sud, lorsque les joueurs avaient décidé de boycotter en mondovision leur entraînement.

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