WIRE — La lecture croisée de cinq rapports de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie fait apparaître une économie sénégalaise profondément contrastée au tournant du premier semestre 2026. Les exportations progressent fortement depuis janvier, les importations reculent et le déficit commercial cumulé est presque entièrement résorbé. Dans le même temps, l'inflation reste limitée à 0,4 % sur un an. Mais cette amélioration des grands équilibres ne se traduit pas encore par une détente du marché du travail : le taux d'emploi recule légèrement, le chômage élargi atteint 22,9 % et plus d'un jeune de 15 à 24 ans sur trois n'est ni en emploi, ni en études, ni en formation. C'est ce qui ressort des rapports de l'ANSD lus et exploités par la rédaction de DAKARACTU. Les données mobilisées ne portent pas exactement sur la même période. Les indicateurs de l'emploi et du chiffre d'affaires dans les services concernent le premier trimestre 2026, ceux du commerce extérieur et des matériaux de construction le mois de mai, tandis que l'évolution des prix à la consommation est arrêtée à juin. Leur rapprochement permet néanmoins de dégager les principales dynamiques économiques et sociales observées depuis le début de l'année. Un commerce extérieur presque rééquilibré après un déficit abyssal en 2025 La transformation la plus spectaculaire se situe au niveau des échanges extérieurs. Entre janvier et mai 2026, les exportations du Sénégal se sont établies à 2 629,6 milliards de francs CFA, contre 2 325,7 milliards durant la même période de 2025. Elles ont ainsi progressé de 13,1 %, soit près de 304 milliards de francs CFA supplémentaires en cinq mois. Dans le même temps, les importations ont suivi une trajectoire opposée. Leur valeur cumulée est passée de 3 023,8 milliards de francs CFA à fin mai 2025 à 2 629,9 milliards un an plus tard. Le recul atteint 13 %, représentant une diminution d'environ 394 milliards de francs CFA. Cette combinaison — hausse des ventes à l'étranger et contraction des achats extérieurs — a provoqué un redressement spectaculaire de la balance commerciale. À fin mai 2025, le Sénégal accusait un déficit cumulé de 698,2 milliards de francs CFA. Sur les cinq premiers mois de 2026, ce déficit n'est plus que de 0,3 milliard de francs CFA. Le pays se retrouve ainsi dans une situation de quasi-équilibre commercial, même si le mois de mai pris isolément s'est soldé par un déficit de 13,3 milliards, après un excédent de 1,5 milliard en avril. Le pétrole brut bouleverse la structure des exportations Cette amélioration repose en grande partie sur la montée en puissance des hydrocarbures. En mai 2026, le Sénégal a exporté pour 208,8 milliards de francs CFA de pétrole brut, contre 138,5 milliards en avril. Le brut a ainsi représenté environ 41,5 % des exportations totales du mois, évaluées à 502,8 milliards de francs CFA. Le pétrole brut devance très largement les produits traditionnellement importants dans les ventes sénégalaises. L'or non monétaire a généré 59,6 milliards de francs CFA en mai, les produits pétroliers raffinés 50,9 milliards, l'acide phosphorique 28,6 milliards, les poissons frais de mer 22 milliards et le gaz naturel liquéfié 15,1 milliards. Cette nouvelle configuration se reflète dans les exportations par grands groupes d'utilisation. Les ventes de produits énergétiques et de lubrifiants ont augmenté de 56,8 % entre mai 2025 et mai 2026. À l'inverse, plusieurs catégories ont enregistré de fortes baisses annuelles : les matières premières minérales ont reculé de 53,4 %, les produits finis destinés à la consommation de 41,1 % et les produits alimentaires, boissons et tabacs de 23,3 %. Autrement dit, la progression globale des exportations ne repose pas encore sur une amélioration uniforme de tous les secteurs exportateurs. Elle est fortement concentrée sur l'énergie, tandis que plusieurs activités agricoles, minières non aurifères ou manufacturières restent orientées à la baisse. Cette concentration constitue à la fois une opportunité et un point de vigilance. Le pétrole permet au pays de renforcer ses recettes d'exportation et de réduire son déficit commercial. Mais il rend également les résultats mensuels plus dépendants des calendriers d'expédition, des volumes produits et des fluctuations des marchés internationaux. Une baisse mensuelle des exportations malgré la progression annuelle Le dynamisme constaté depuis le début de l'année n'empêche pas d'importantes variations d'un mois à l'autre. Les exportations ont reculé de 8,2 % entre avril et mai 2026, passant de 547,7 milliards à 502,8 milliards de francs CFA. Cette baisse s'explique principalement par la chute des ventes d'or non monétaire, revenues de 144,3 milliards de francs CFA en avril à 59,6 milliards en mai. Les exportations de cigarettes ont également baissé de 9,9 milliards à 2 milliards, celles de gaz naturel liquéfié de 21,1 milliards à 15,1 milliards et celles de légumes frais de 6,7 milliards à 2,7 milliards. L'augmentation des ventes de pétrole brut, d'acide phosphorique et de produits pétroliers raffinés a limité la contraction, sans toutefois l'annuler. Malgré ce recul mensuel, les exportations de mai 2026 restent supérieures de 7,1 % à celles de mai 2025. Les Pays-Bas sont devenus le premier client du Sénégal avec 26,1 % des exportations du mois. Ils sont suivis par l'Italie, avec 14,8 %, la Suisse, avec 10,4 %, l'Inde, avec 8,8 %, et le Mali, avec 8,1 %. La place des partenaires européens s'est ainsi renforcée parallèlement au développement des expéditions d'hydrocarbures. Les importations diminuent, mais la facture énergétique reste lourde Les importations ont atteint 516,1 milliards de francs CFA en mai 2026, contre 546,1 milliards le mois précédent, soit une baisse de 5,5 %. Elles se contractent également de 7,4 % par rapport à mai 2025. La diminution mensuelle est particulièrement visible dans les achats d'engrais, passés de 12,3 milliards de francs CFA en avril à 1,7 milliard en mai. Les importations d'autres véhicules terrestres sont revenues de 13,7 milliards à 7,7 milliards, tandis que celles d'huiles et de graisses animales ou végétales ont reculé de 11,8 milliards à 6 milliards. Toutefois, le pays continue d'importer des volumes importants de produits énergétiques. Les produits pétroliers raffinés constituent le premier poste d'achat extérieur, avec 116,1 milliards de francs CFA en mai. Les importations d'huile brute de pétrole se sont élevées à 62,8 milliards, après une absence de flux enregistrée en avril. Cette situation met en lumière une particularité de la nouvelle économie énergétique sénégalaise : le pays exporte désormais massivement du pétrole brut, mais continue d'importer pour des montants élevés du pétrole brut et surtout des produits raffinés. Le développement de la production nationale améliore donc les recettes extérieures sans supprimer immédiatement la dépendance aux approvisionnements énergétiques étrangers. La Chine demeure le premier fournisseur du Sénégal avec 17,4 % des importations, devant le Nigeria, à 12,5 %, la France, à 8,6 %, la Russie, à 8 %, les États-Unis, à 7 %, et l'Inde, à 6,1 %. Une inflation nationale limitée à 0,4 % Sur le front des prix, l'environnement apparaît globalement maîtrisé. En juin 2026, l'Indice harmonisé des prix à la consommation est resté stable par rapport à mai. Su... www.dakaractu.com

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