WIRE — OMG - ARTISTE – RAPPEUSE – AUTRICE-COMPOSITRICE "Il faut souvent travailler deux fois plus pour être prise au sérieux" Chanteuse, rappeuse, autrice-compositrice, activiste : OMG refuse qu'on l'enferme dans une seule case. Portée par son EP Fleur d'Hibiscus, une signature avec le label britannique Conscious Music Group et une distribution internationale via Warner Music Africa, l'artiste sénégalaise enchaîne les étapes marquantes de sa carrière dont une participation historique au Womex, une première pour une rappeuse sénégalaise. Entre ambition internationale et exigences de la vie de femme, de mère et d'entrepreneure dans une industrie encore largement dominée par les hommes, OMG revient sans détour sur son parcours, ses combats et les rêves qu'il lui reste à réaliser. Aujourd'hui, comment définiriez-vous l'artiste OMG à quelqu'un qui découvre votre univers pour la première fois ? OMG est une chanteuse, rappeuse, autrice-compositrice et activiste, mais surtout une artiste libre qui refuse de se laisser enfermer dans une seule étiquette. J'aime explorer, mélanger les univers et créer sans limites. Mon univers est un mélange entre mes racines et mon ouverture sur le monde. Je m'inspire des sonorités sénégalaises et africaines, que je fais évoluer avec des influences urbaines et modernes. Mon objectif est de créer une musique authentique, qui porte l'âme du Sénégal tout en parlant un langage universel. Au-delà de la musique, ce qui me définit avant tout, c'est l'authenticité. Si quelqu'un découvre OMG pour la première fois, j'aimerais qu'il voit une artiste sincère, libre, qui assume pleinement son identité et qui fait de sa culture une véritable force créative. Votre musique mélange plusieurs influences. Comment décririez-vous votre identité musicale ? C'est une musique moderne et profondément enracinée. Moderne parce que je m'inspire des sonorités urbaines actuelles, du rap, de l'afro, du RB et d'autres influences qui font partie de mon univers. Et enracinée parce que je tiens à ce que mes racines sénégalaises et africaines soient toujours présentes dans ce que je crée. J'aime mélanger les codes de la musique urbaine avec des sonorités, des rythmes et des mélodies inspirés de notre patrimoine. Pour moi, il ne s'agit pas d'opposer tradition et modernité, mais de les faire dialoguer. C'est cette rencontre qui donne une identité particulière à ma musique. Je veux que, dès les premières notes, on puisse ressentir quelque chose de contemporain, mais aussi reconnaître une âme sénégalaise. C'est ma manière de faire voyager notre culture tout en créant une musique qui peut parler à des publics partout dans le monde. Fleur d'Hibiscus est un titre qui intrigue. Pourquoi ce choix et que raconte cet EP sur la femme et l'artiste que vous êtes aujourd'hui ? L'hibiscus est une fleur très présente au Sénégal. Elle est belle, délicate, mais aussi très résistante. J'ai trouvé qu'elle représentait parfaitement la femme. Derrière sa douceur, il y a une grande force. Cet EP raconte justement cette dualité. Il parle d'amour, de confiance en soi, de vulnérabilité, mais aussi de courage. C'est un projet très personnel, dans lequel j'assume davantage qui je suis, autant comme femme que comme artiste. Le fil conducteur de cet EP c'est l'authenticité. Chaque chanson raconte une émotion différente, mais toutes parlent de la manière dont on grandit à travers nos expériences. L'amour, les doutes, les rencontres, les blessures, les rêves… tout est lié par cette envie d'être vrai. S'il fallait choisir un seul morceau pour donner envie au public de découvrir Fleur d'Hibiscus, lequel serait-ce et pourquoi ? Difficile pour moi de choisir mais j'opterais pour " Les Plages de Saly ". C'est une chanson très douce, très sincère, qui montre une autre facette de moi. Elle parle d'un amour simple mais profond, avec une ambiance très chaleureuse. Je pense qu'elle résume bien l'esprit de l'EP : de l'émotion, de la mélodie et une vraie identité africaine. Vous avez rejoint un label britannique et votre musique est désormais distribuée à l'échelle internationale. Est-ce une reconnaissance ou le début d'une nouvelle aventure ? Je dirais que c'est à la fois une reconnaissance et surtout le début d'une nouvelle aventure. C'est une reconnaissance parce que cela montre que le travail accompli depuis toutes ces années, les sacrifices, la persévérance et l'identité artistique que j'ai construite commencent à être reconnus au-delà de nos frontières. Mais je le vois surtout comme une nouvelle étape. Rejoindre Conscious Music Group et voir ma musique distribuée à l'international avec Warner Music Africa, ce n'est pas une finalité, c'est l'ouverture d'un nouveau chapitre. Cela me permet de donner une plus grande visibilité à mon univers, de toucher de nouveaux publics et de faire découvrir une autre facette de la musique sénégalaise. Ce qui est important pour moi, c'est de ne pas simplement exporter une musique, mais de partager tout un univers : mon identité, mes histoires, ma culture, mon esthétique. Aujourd'hui, les gens découvrent une artiste sénégalaise qui mélange le rap, le chant, les sonorités africaines et des influences plus internationales, tout en restant fidèle à ses racines. Cette collaboration me donne aussi l'opportunité de travailler avec de nouveaux professionnels, d'apprendre, d'évoluer et d'aller chercher des horizons que je n'aurais peut-être pas imaginés au début de mon parcours. Donc oui, c'est une belle reconnaissance, mais c'est surtout le début d'une aventure encore plus grande. Vous êtes actuellement en tournée internationale. Qu'attendez-vous de cette série de concerts au-delà des prestations sur scène ? Pour moi, une tournée internationale, ce n'est pas seulement une succession de concerts. Bien sûr, il y a le plaisir de monter sur scène, de partager mon énergie avec le public et de défendre ma musique en live, mais c'est aussi une expérience beaucoup plus large. J'attends surtout de cette tournée qu'elle crée des rencontres et des connexions. Rencontrer de nouveaux publics, découvrir de nouvelles cultures, échanger avec des artistes, des professionnels de l'industrie et montrer que la musique sénégalaise, et particulièrement la musique urbaine sénégalaise, a toute sa place sur les scènes internationales. Cette tournée est également un moment d'apprentissage pour moi en tant qu'artiste. Chaque scène, chaque rencontre, chaque retour du public me permet d'évoluer, de mieux comprendre mon impact et de continuer à construire un univers qui peut voyager au-delà des frontières. Au final, ce que j'espère laisser derrière moi, ce n'est pas seulement un souvenir de concert, mais une émotion, une connexion et l'envie pour les personnes qui me découvrent de s'intéresser davantage à la richesse culturelle du Sénégal. Vous êtes la première artiste hip-hop sénégalaise à vous produire au Womex. Au-delà de l'émotion, qu'avez-vous ressenti en réalisant que vous représentiez tout un pan de la scène sénégalaise ? J'ai ressenti une immense fierté, mais aussi une grande responsabilité. Je savais que je ne montais pas sur cette scène uniquement en tant qu'OMG. Je représentais la musique urbaine de mon pays, et, d'une certaine manière, une nouvelle génération d'artistes qui font évoluer les codes tout en restant profondément ancrés dans leur culture. Ce qui m'a le plus marquée, c'est la réaction des professionnels présents. Je voyais dans leurs regards de la curiosité, de l'émerveillement et parfois même de la surprise. Ils découvraient une autre facette de la musique sénégalaise : une musique très moderne, très urbaine, mais qui reste sénégalaise dans son identité, ses sonorités, son énergie et son esthétique. Ils étaient impressionnés de voir qu'on pouvait proposer un hip-hop africain aussi actuel, tout en mettant en avant notre culture, que ce soit à travers la musique, les langues, les rythmes, les coiffures ou les tenues. Beaucoup m'ont dit qu'ils ne s'attendaient pas à découvrir cette facette du Sénégal et qu'ils avaient envie d'en savoir davantage. C'était magnifique, parce que cette découverte allait dans les deux sens. Eux découvraient une partie de notre scène musicale qu'ils connaissaient peu, et moi, je réalisais que notre musique avait toute sa place sur les plus grandes scènes internationales. Ce moment m'a confortée dans l'idée que nous avons une richesse culturelle incroyable à partager avec le monde. J'espère que cette prestation au Womex donnera envie à encore plus de professionnels de s'intéresser aux artistes urbains du Sénégal et d'ouvrir la porte à ceux qui viendront après nous Le Womex, le Masa, une tournée internationale… Quel regard les professionnels étrangers portent-ils aujourd'hui sur la musique urbaine sénégalaise ? Je pense qu'aujourd'hui, les professionnels étrangers commencent à porter un regard beaucoup plus attentif et curieux sur la musique urbaine sénégalaise. Pendant longtemps, lorsqu'on parlait de musique sénégalaise à l'international, on pensait surtout aux grandes figures de la musique traditionnelle ou à certains styles déjà connus à l'étranger. Mais la scène urbaine sénégalaise est en train de montrer une autre facette de notre créativité. Ce qu'ils découvrent, c'est une scène riche, originale et très ouverte sur le monde. Ils sont souvent surpris de voir à quel point notre musique peut être moderne, tout en gardant une identité forte à travers nos langues, nos rythmes, nos histoires et notre culture. À travers des événements comme le Womex ou le Masa, les professionnels découvrent des artistes qui ne cherchent pas simplement à copier ce qui existe ailleurs, mais qui créent leur propre langage en mélangeant nos racines africaines avec des influences contemporaines. C'est cette authenticité qui attire beaucoup leur attention. Je pense aussi qu'ils voient aujourd'hui le potentiel énorme de la musique urbaine sénégalaise. Il y a encore beaucoup à construire, mais les regards changent, les opportunités arrivent, et c'est une très belle période pour montrer au monde toute la richesse de notre créativité. À voir votre parcours, on pourrait croire que tout vous réussit. Quelle est pourtant la difficulté dont on parle le moins dans votre parcours d'artiste ? Je pense qu'on voit surtout les concerts, les voyages, les sorties de projets… mais on oublie tout ce qu'il y a derrière. Être une femme dans l'industrie musicale, ce n'est pas toujours simple. Il faut souvent travailler deux fois plus pour être prise au sérieux, prouver sa légitimité en permanence et réussir à se faire une place dans un milieu encore largement dominé par les hommes. Il y a aussi un autre aspect dont on parle très peu : le fait d'être maman. Concilier la vie d'artiste, avec les tournées, les studios, les déplacements, et en même temps être présente pour son enfant, c'est un véritable défi. Il y a des moments où le cœur est partagé entre la scène et la maison. À cela s'ajoutent toutes les responsabilités qu'on ne voit pas : gérer une équipe, porter des projets, trouver des financements, prendre des décisions… Au final, être artiste, ce n'est pas seulement créer de la musique, c'est aussi être entrepreneur. C'est beaucoup de pression, mais c'est aussi ce qui forge le caractère. Et malgré ces défis, je continue d'avancer parce que je crois profondément en ce que je construis. Vous avez raison. Vous faites partie des rares femmes à s'imposer durablement dans le rap sénégalais. Est-ce encore un combat aujourd'hui ? Oui, c'est encore un combat, même si je reconnais qu'il y a eu des avancées. Aujourd'hui, les femmes sont plus visibles qu'avant, il existe davantage d'initiatives qui cherchent à les mettre en lumière, et c'est une bonne chose. Mais cette visibilité ne signifie pas encore une véritable égalité. Il reste beaucoup de choses à changer. Les femmes continuent de faire face au harcèlement, aux préjugés, au manque d'opportunités et à des inégalités dans la manière dont leur travail est considéré et rémunéré. Parfois, elles sont sollicitées pour répondre à des objectifs de représentation ou de parité, mais une fois dans les projets, elles ne bénéficient pas toujours des mêmes moyens, de la même reconnaissance ou des mêmes conditions que leurs collègues masculins. Je pense qu'au-delà des discours, il faut que les femmes puissent accéder aux mêmes opportunités, être rémunérées à leur juste valeur et être reconnues avant tout pour leur talent et leur travail. C'est un combat que nous continuons de mener, et je suis convaincue que chaque étape franchie aujourd'hui ouvre un peu plus la voie aux jeunes filles qui rêvent, elles aussi, de faire carrière dans le hip-hop et dans les industries musicales. Vous pensez sincèrement que les mentalités ont réellement évolué pour les femmes dans le hip-hop ? Je pense qu'il y a eu une évolution, et c'est important de le reconnaître. Aujourd'hui, les femmes sont plus visibles, il existe davantage d'initiatives pour les accompagner et le public est plus ouvert à découvrir leurs propositions artistiques. Mais, en même temps, le regard de la société n'a pas évolué au même rythme. Une femme qui fait du hip-hop est encore souvent jugée différemment. On ne regarde pas seulement sa musique : on commente son image, son attitude, sa façon de s'habiller ou de s'exprimer. Là où un homme est simplement perçu comme un artiste, une femme doit encore souvent justifier sa place. Je pense que la véritable évolution viendra le jour où les femmes seront programmées, rémunérées et accompagnées avant tout pour leur talent, sans que leur genre soit un sujet. C'est vers cette égalité-là que nous devons continuer à avancer. Et je suis optimiste, parce que chaque femme qui réussit à s'imposer contribue à faire évoluer les mentalités. Vos textes parlent souvent de la femme, de l'identité et de la société. Jusqu'où un artiste doit-il, selon vous, porter des combats ? Je pense qu'un artiste a une responsabilité, parce que sa voix peut toucher, inspirer et faire réfléchir. Mais je ne crois pas qu'il faille s'engager par obligation ou parce que c'est attendu. L'engagement doit venir de quelque chose de sincère, de sa sensibilité, de son vécu et de ses convictions. Personnellement, je parle de la femme, de l'identité ou de la société parce que ce sont des sujets qui me touchent profondément. Ce sont des réalités que j'observe, que je vis et que j'ai envie de partager à travers ma musique. Mon engagement est donc naturellement guidé par ma sensibilité. Je pense aussi qu'il existe différentes façons de défendre une cause. On peut le faire avec un morceau engagé, mais aussi avec une chanson d'amour qui redonne confiance, avec un message d'espoir ou simplement en étant un exemple par son parcours. L'art n'a pas toujours besoin de crier pour faire passer un message ; parfois, il suffit d'émouvoir pour faire évoluer les mentalités. Donc, jusqu'où un artiste doit aller ? Aussi loin que sa conscience, sa sensibilité et ses convictions le portent. L'important, ce n'est pas de parler de tout, mais de parler avec vérité. C'est cette authenticité qui donne de la valeur à un engagement et qui permet de toucher durablement le public. Si vous regardez le chemin parcouru, quel a été le véritable tournant de votre carrière ? Je pense qu'il y a eu deux grands tournants dans ma carrière. Le premier, c'est la sortie de " Koti Koti ". Avant ce morceau, j'étais déjà connue dans le milieu du hip-hop, mais pas vraiment du grand public sénégalais. Et quand on est une femme dans le rap, ce n'est pas évident d'obtenir une telle visibilité. J'étais loin d'imaginer qu'une chanson allait me permettre de toucher autant de monde. " Koti Koti " a complètement changé les choses. Ce morceau m'a ouverte au grand public sénégalais, m'a permis d'être davantage reconnue et de recevoir des opportunités que je n'aurais peut-être jamais imaginé avoir. Le deuxième tournant, c'est celui que je suis en train de vivre aujourd'hui avec l'ouverture à l'international. Entre ma signature avec Concious Music Group , la distribution de ma musique par Warner Music Africa, ma participation au Womex, au Masa et cette tournée internationale, j'ai le sentiment d'entrer dans une nouvelle dimension de ma carrière. Aujourd'hui, ma musique voyage au-delà des frontières, rencontre de nouveaux publics et de nouveaux professionnels. C'est une immense fierté, parce que je représente non seulement mon parcours, mais aussi la scène urbaine sénégalaise. Je vois cette période comme le début d'un nouveau chapitre, avec l'ambition de continuer à faire rayonner le Sénégal sur les scènes africaines et internationales. Y a-t-il un rêve artistique que vous n'avez pas encore réalisé ? Bien sûr. J'aimerais collaborer avec de grands artistes africains et internationaux, remplir des salles emblématiques dans plusieurs continents et remporter des distinctions internationales. Mais mon plus grand rêve reste de construire une carrière durable tout en restant fidèle à mon identité. Dans cinq ans, où aimeriez-vous que l'on situe OMG sur la scène musicale africaine et internationale ? Dans cinq ans, j'aimerais qu'OMG fasse partie des grandes artistes africaines qui ont réussi à porter la voix du continent sur les scènes internationales. Pas seulement en enchaînant les concerts ou les collaborations, mais en construisant une carrière solide, durable et respectée. J'aimerais être reconnue comme une artiste qui a su créer un véritable pont entre le Sénégal et le reste du monde. Pour moi, le plus beau succès, c'est de montrer qu'on peut partir du Sénégal, chanter nos histoires, nos langues, nos réalités, et émouvoir des personnes partout dans le monde. J'aimerais aussi contribuer à faire évoluer le regard porté sur les artistes sénégalais, et particulièrement sur les femmes. Que lorsqu'on parle des grandes artistes africaines qui ont ouvert des portes et fait rayonner leur pays à l'international, le nom d'OMG fait naturellement partie de cette conversation. Et surtout, j'espère que mon parcours donnera envie à d'autres jeunes artistes de croire que c'est possible. Si je peux inspirer une nouvelle génération à rêver plus grand, tout en restant fière de ses racines, alors je considérerai que j'aurai réussi bien plus qu'une carrière : j'aurai laissé une trace. FATOU BA Section:people
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