WIRE — SAINT-LOUIS : MARCHÉ DU SUCRE La CSS défie les importateurs et met l'État face à ses responsabilités   À l'approche des fêtes du Magal, du Gamou et de l'Assomption, l'intersyndicale de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) sort du silence. Les travailleurs assurent que les stocks sont suffisants pour approvisionner le marché, mais accusent les importations massives d'avoir étranglé l'entreprise en 2025. Ils demandent au gouvernement de ne pas céder aux intérêts privés au détriment de la production nationale et de milliers d'emplois.   Face aux spéculations sur le marché du sucre, l'intersyndicale de la CSS, regroupant onze organisations syndicales, a choisi de sortir de sa réserve. Au terme d'une tournée d'inspection des stocks et d'une réunion d'analyse du marché, les représentants des travailleurs ont adressé un message sans équivoque au gouvernement. Pour les syndicalistes, le Sénégal n'a pas besoin d'importer plus que nécessaire, au risque de replonger l'entreprise dans la crise. À les en croire, le débat dépasse désormais la seule question de l'approvisionnement. Il s'agit d'un choix entre la protection de la production nationale et une politique d'importations qui, selon eux, a déjà montré ses limites. L'intersyndicale avance qu'il n'existe aucune menace de rupture de stocks. D'ailleurs, les syndicalistes rappellent que la campagne 2025-2026 s'est achevée sur une production record de plus de 140 000 tonnes, fruit de plusieurs années d'investissements dans la modernisation des équipements industriels et le développement agricole. Après un premier inventaire réalisé en juin dernier avec les services de la Direction du commerce intérieur (DCI), les travailleurs assurent que près de 50 000 tonnes de sucre sont encore disponibles dans les entrepôts de Richard-Toll et de Dakar. À leurs yeux, ces réserves suffisent à couvrir les besoins du marché jusqu'à la fin du mois d'août, y compris pendant les périodes de forte consommation liées au Magal, au Gamou et à l'Assomption. Le spectre de la crise de 2025 redouté L'intersyndicale estime que les besoins du pays entre septembre et novembre ne dépassent pas 60 000 tonnes, quantité qui, selon elle, devrait constituer la seule base des autorisations d'importation. Ainsi, les travailleurs disent redouter une répétition du scénario de 2025. Ils soutiennent qu'une ouverture précoce des importations avait alors entraîné un afflux de sucre bien supérieur aux besoins du marché. Selon leurs estimations, près de 160 000 tonnes auraient été importées alors que 60 000 tonnes seulement auraient largement suffi. Ces surplus d'importations ont engendré des résultats négatifs, avec des entrepôts saturés, des ventes en chute libre et une entreprise contrainte de supporter un endettement bancaire dépassant 75 milliards de francs CFA à la fin de l'année 2025. Raison pour laquelle les syndicats insistent surtout sur les conséquences sociales de cette situation. Les premiers à en subir les effets auraient été les travailleurs saisonniers, dont les recrutements ont été retardés de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. Derrière ces chiffres, il y a des femmes et des hommes, rappelle l'intersyndicale, qui souligne que la CSS fait vivre plus de 7 500 travailleurs, composés à 99 % de Sénégalais et d'autres Africains. À leurs yeux, une nouvelle vague d'importations non maîtrisées mettrait directement en péril ces emplois ainsi que les investissements consentis pour renforcer l'autosuffisance du pays en sucre. L'intersyndicale cible également les Déclarations préalables d'importation de sucre (DIPAS), dont elle dénonce une distribution qu'elle juge abusive. Sans citer de bénéficiaires, elle appelle les autorités à faire preuve de rigueur dans la délivrance de ces autorisations afin d'éviter toute perturbation du marché. Les organisations syndicales affirment rester mobilisées pour défendre les emplois, préserver l'outil industriel et empêcher toute décision susceptible, selon elles, de fragiliser la filière sucrière nationale. IBRAHIMA BOCAR SENE, SAINT-LOUIS Section:social

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