WIRE — Après l'oignon, la pomme de terre et le sucre, c'est désormais au tour de la filière riz de tirer la sonnette d'alarme pour sa survie. Cette semaine, les producteurs de la Vallée du fleuve Sénégal sont descendus dans la rue pour dénoncer la mévente de leur production et réclamer au président Bassirou Diomaye Faye le départ du ministre de l'Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop. Pour eux, l'heure n'est plus à l'idylle avec le département chargé de réguler le marché. La colère monte dans le secteur agricole sénégalais. Après les difficultés rencontrées par les producteurs d'oignons, puis ceux de pomme de terre et de sucre, c'est maintenant la filière riz qui traverse une zone de turbulences. Les acteurs de cette spéculation, considérée comme l'une des plus stratégiques du pays, peinent à écouler leurs productions sur le marché local. Cette semaine, les producteurs de la Vallée du fleuve Sénégal ont alerté l'opinion publique sur une situation qu'ils jugent préoccupante. Selon eux, près de 37 000 tonnes de riz blanc sont actuellement immobilisées dans les rizeries, provoquant une saturation des capacités de stockage et un ralentissement des activités des unités de transformation. À cela s'ajoutent, indiquent-ils, 36 000 tonnes de riz blanc détenues par les syndicats de producteurs de Dagana, sans véritable perspective d'écoulement malgré les différents engagements annoncés par les autorités. Une situation déjà difficile qui risque de s'aggraver avec l'arrivée prochaine de la récolte de la campagne de contre-saison chaude 2023. Celle-ci est estimée à 294 000 tonnes de paddy et devrait alimenter un marché déjà saturé, accentuant davantage les difficultés des producteurs. Face à cette crise, les riziculteurs pointent du doigt la gestion de la régulation du marché par les services du ministère de l'Industrie et du Commerce. Ils accusent Serigne Guèye Diop d'être à l'origine des difficultés actuelles du secteur et demandent au chef de l'État de prendre des mesures fortes. Cette fronde rappelle également les polémiques liées aux Déclarations d'importation de produits alimentaires (Dipa), ainsi qu'aux mécanismes de régulation qui avaient marqué les précédentes années. Ces dispositifs, dénoncés par plusieurs acteurs agricoles, étaient accusés de favoriser les importations au détriment de la production locale, alors que le Sénégal poursuit toujours son objectif d'autosuffisance alimentaire. Pour de nombreux producteurs, ces pratiques ont longtemps fragilisé les efforts consentis dans les campagnes agricoles. Beaucoup se sont retrouvés endettés, incapables de financer une nouvelle saison de production, pendant que les pays voisins renforcent leurs politiques de protection des filières locales afin de soutenir l'emploi et les exportations. Les acteurs agricoles estiment également que Serigne Guèye Diop, fort de son expérience professionnelle notamment dans le secteur privé, devrait mesurer les enjeux liés à la protection de la production nationale. Après les difficultés qui ont touché certains secteurs économiques, notamment le BTP, les producteurs craignent désormais que le monde rural ne paie à son tour le prix des choix opérés dans la gestion économique du pays. La récente sortie du ministre de l'Industrie et du Commerce sur certains dossiers économiques, notamment la restructuration de la dette publique, déjà marquée par des divergences avec le ministère des Finances, est également mal accueillie par certains producteurs qui y voient un facteur supplémentaire de crispation. La tension reste donc vive dans les campagnes sénégalaises, où les acteurs de la filière riz réclament des réponses rapides pour éviter une crise plus profonde.  

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