WIRE — Les pays de l'Otan se retrouvent mardi et mercredi en sommet à Ankara avec un objectif central : éviter que cette réunion ne déraille sous les coups de boutoir de Donald Trump. Pour tenter de l'amadouer, les Européens comptent démontrer, milliards de dollars à l'appui, leur sérieux à monter en puissance dans la défense de leur continent. Cette exigence maintes fois répétée par les Etats-Unis a une nouvelle fois été relancée par le président américain, qui a jugé jeudi "ridicule" pour son pays de maintenir une relation "unilatérale" au sein de l'Alliance atlantique. La gestion de Donald Trump "consume beaucoup d'énergie" au sein de l'Otan, reconnaît un diplomate à Bruxelles. Or le président américain ne décolère pas contre ses alliés européens qu'il accuse de l'avoir laisser tomber dans la guerre que les Etats-Unis ont déclenchée avec Israël contre l'Iran. Parler "d'une seul voix" Pour lui prouver le contraire, les Européens vont lancer dès mardi une grande opération séduction, un exercice dans lequel le secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte est passé maître, depuis qu'il a été appelé en 2024 à la tête de cette organisation. "Le sommet d'Ankara doit répondre à un seul enjeu: faire la démonstration que l'Otan parle toujours d'une seule voix", a souligné le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, dans une déclaration publiée à l'entame du sommet annuel de l'Alliance atlantique en Turquie. Le chef de la diplomatie sera présent dans la capitale turque mardi et mercredi, accompagné du Premier ministre Bart De Wever et du ministre de la Défense Theo Francken. Ces derniers mois, l'Otan a dû composer avec les tergiversations des États-Unis quant à leur niveau d'implication au sein de l'organisation, dont leur participation au "modèle de forces", qui permet à l'Alliance de savoir sur quels moyens militaires elle peut compter en cas de nécessité. "Le monde change et notre Alliance avec lui", observe le ministre des Affaires étrangères. "Sous l'impulsion des Américains, les Européens prennent désormais leurs responsabilités en matière de défense et émergent comme un pilier solide. Ce n'est pas le signe d'une scission avec les Américains, c'est au contraire la preuve qu'une alliance moderne émerge, plus équilibrée", ajoute-t-il. Mardi soir, Maxime Prévot assistera à des rencontres avec des États du Golfe, ainsi qu'à un diner de travail avec l'Ukraine. La Russie demeure en effet "la principale menace pour la sécurité de toute l'Europe", souligne le ministre. "C'est pourquoi nous continuons à soutenir l'Ukraine avec ce dont elle a besoin, tout en renforçant la pression sur Moscou par les sanctions et la lutte contre la flotte fantôme." Au moins 5% Au cours d'un forum sur l'industrie de défense, qui s'ouvre mardi dans la capitale turque, des contrats d'armement d'un montant total se comptant en "dizaines de milliards de dollars" vont ainsi être annoncés, a promis lundi M. Rutte. Et une bonne partie concernera l'industrie américaine pour tenter d'amadouer Donald Trump. Le Canada, qui cherche à renforcer ses partenariats de défense avec ses alliés européens pour moins dépendre des Etats-Unis, a pour sa part choisi lundi le groupe allemand Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS) pour construire sa nouvelle flotte de sous-marins. "A la veille de l'ouverture du sommet de l'Otan, le gouvernement canadien envoie ainsi un signal fort en faveur de la coopération transatlantique et européenne dans l'industrie de défense", s'est félicité le chancelier allemand Friedrich Merz dans un communiqué. L'an dernier, le président américain avait obtenu des Européens et du Canada qu'ils s'engagent à consacrer au moins 5% de leur produit intérieur brut (PIB) à leur sécurité. Beaucoup sont encore loin d'atteindre un tel pourcentage mais Mark Rutte ne désespère pas de convaincre Donald Trump que le mouvement est lancé. Avec le Canada mais sans les USA En 2025, "les Alliés européens et le Canada ont dépensé près de 20% de plus pour leur défense que l'année précédente. Si l'on considère 2025 et 2026 réunies, cela représente 258 milliards de dollars d'investissements supplémentaires", a-t-il souligné lundi devant la presse. Maintenant, "il faut mettre cet argent au service de notre défense", a-t-il ajouté, et augmenter les capacités de production, un défi encore difficile à relever pour les industriels européens. "Cela signifie faire de l'innovation une priorité absolue, surmonter la fragmentation des industries nationales de défense et réduire les lourdeurs administratives", a affirmé le patron de l'Alliance. Et l'exemple vient d'Ukraine, dont le président Volodymyr Zelensky est attendu à Ankara mardi soir pour assister au dîner offert par l'hôte de ce sommet, le président turc Recep Tayyip Erdogan. L'industrie ukrainienne de défense a gagné une expertise et un savoir-faire, notamment en matière de drones, dont les Européens veulent s'inspirer. À Ankara, les alliés européens de l'Ukraine entendent aussi lui réaffirmer leur soutien. 40 milliards d'euros pour Kiev Avec le Canada, mais sans les Etats-Unis, ils vont s'engager à apporter une aide militaire à Kiev de 40 milliards d'euros en 2026 et au moins autant en 2027, selon des diplomates. Cette somm... www.dakaractu.com
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