WIRE — SAINT-LOUIS : MANIFESTATION DES ACTEURS DE LA FILIÈRE RIZ Les riziculteurs haussent le ton et vilipendent le ministre du Commerce Confrontés à trois campagnes successives marquées par la mévente du riz local, des milliers de producteurs de la vallée du fleuve Sénégal ont manifesté, samedi, à Ross-Béthio. Ils réclament des mesures urgentes pour écouler leurs stocks, réguler les importations et préserver une filière qu'ils estiment aujourd'hui menacée. Un mémorandum a été remis au sous-préfet à l'attention des plus hautes autorités de l'État. La colère couvait depuis plusieurs mois. Elle s'est exprimée dans la rue, samedi dernier, lorsque des milliers de producteurs rizicoles venus de toute la vallée du fleuve Sénégal ont battu le macadam à Ross-Béthio. Vêtus de tee-shirts rouges, munis de pancartes et scandant des slogans, ils ont dénoncé la crise persistante que traverse la filière et appelé l'État à agir sans délai pour sauver la production nationale. La marche s'est achevée devant la sous-préfecture, où les manifestants ont remis un mémorandum dans lequel ils demandent notamment que le riz produit au Sénégal soit privilégié dans les politiques publiques, au détriment des importations. Pour les responsables de la filière, le paradoxe est saisissant : jamais la vallée n'a autant produit de riz, mais jamais les difficultés de commercialisation n'ont été aussi importantes. " Nous avons organisé ce meeting agricole pour notre survie ", a déclaré le président d'honneur du Comité interprofessionnel du riz (Ciriz), Ousseynou Ndiaye. Selon lui, la filière traverse une crise sans précédent depuis trois campagnes agricoles. Il rappelle que la campagne de 2025 a enregistré une production record de 303 000 tonnes de paddy, soit environ 187 000 tonnes de riz blanc. À cela s'ajoutent les 142 000 tonnes de paddy issues de l'hivernage 2025-2026, représentant près de 85 000 tonnes de riz blanc. La contre-saison actuellement en cours devrait, selon les estimations des producteurs, générer 284 000 tonnes supplémentaires de paddy, soit environ 176 000 tonnes de riz blanc. Au total, ce sont près de 729 000 tonnes de paddy, équivalant à 448 000 tonnes de riz blanc, qui ont été produites, pour une valeur estimée à 156,9 milliards de francs CFA. " C'est une masse financière considérable qui est aujourd'hui bloquée dans la vallée ", déplore Ousseynou Ndiaye. À l'origine de cette situation, les producteurs mettent en cause la politique de commercialisation du riz. Ils estiment que les engagements pris par l'État pour encadrer les importations n'ont pas été respectés. Selon les responsables du Ciriz, une convention avait été signée avec le ministère du Commerce le 12 novembre 2025 afin de faciliter l'écoulement du riz local et de limiter les autorisations d'importation. Or, ils affirment que ces mesures sont restées lettre morte. Les producteurs soutiennent qu'au moment de la signature de cette convention, le pays disposait déjà d'un stock d'environ 600 000 tonnes de riz importé, correspondant à six mois de consommation nationale. Aujourd'hui, affirment-ils, ces volumes couvriraient huit à neuf mois de consommation, compromettant davantage la commercialisation du riz sénégalais. Dans leurs déclarations, plusieurs responsables de la filière ont mis en cause le ministre du Commerce, Sérigne Guèye Diop, dont ils demandent le départ. Cette revendication figure parmi les principales doléances exprimées lors de la manifestation. Au-delà des difficultés commerciales, les conséquences économiques inquiètent les producteurs. Faute de revenus, nombre d'exploitants peinent à honorer leurs engagements financiers auprès des banques et des institutions de crédit. Selon les responsables de la filière, cette situation pourrait compromettre le financement de la prochaine campagne hivernale. Les exploitations familiales, qui constituent l'essentiel du tissu agricole de la vallée, seraient les premières touchées, entraînant dans leur sillage les prestataires de services, les transporteurs, les décortiqueurs et les unités industrielles. Les manifestants appellent ainsi le président de la République à recevoir une délégation des organisations professionnelles afin de trouver une solution durable à cette crise. Dans le mémorandum remis au sous-préfet de Ross-Béthio, les organisations de producteurs proposent une série de mesures qu'elles jugent indispensables pour préserver la filière rizicole. Elles réclament la mise en œuvre immédiate des engagements déjà pris par l'État, une régulation des importations de riz, l'évacuation rapide des stocks de riz local, ainsi que la priorité au riz sénégalais dans toutes les commandes publiques, notamment pour l'armée, les écoles, les hôpitaux, les universités, les prisons et les programmes sociaux. Les producteurs demandent également la création d'un mécanisme permanent de commercialisation, un plan d'urgence en faveur des rizeries, des facilités financières pour les opérateurs et l'ouverture d'un cadre permanent de concertation entre l'État et les acteurs de la filière. " Nous ne sommes pas contre les autorités. Nous défendons une filière stratégique pour l'économie nationale, des milliers d'emplois et l'avenir de la souveraineté alimentaire du Sénégal ", soulignent-ils dans leur mémorandum. Pour les riziculteurs, la mobilisation de Ross-Béthio constitue avant tout un appel à la responsabilité de l'État. Ils estiment que des décisions rapides sont désormais indispensables pour éviter l'effondrement d'une filière présentée comme un pilier de la souveraineté alimentaire nationale. IBRAHIMA BOCARSENE SAINT-LOUIS Section:social
"We aggregate wires to encourage regional discovery, sending readers directly back to the original source to explore full coverage."
This is a normalized overview of the breaking feed event. The complete, official release detailing all points, background context, and statements remains hosted by the original publisher.