WIRE — Il y a quelques jours , la coiffure d'une ministre nommée par le chef de gouvernement a alimenté les débats sur les réseaux sociaux. Cette tendance à caricaturer une personne ou à s'attaquer à ses traits physiques prend de plus en plus l'ampleur. Ce n'est pas un premier car dans la vie de tous les jours, des personnes nourries de volonté de rabaisser ou de haine se livrent à ces bassesses pour dénigrer autrui. Le body shaming tel qu'il est défini est devenu le quotidien de certains. Pourquoi ? l'on ne saurait dire exactement les causes. Interrogés, des spécialistes de la sociologie et de la psychologieont apporté des réponses à ce phénomène qui gagne du terrain dans la société. Le regard sociologique par Ndeye Fatou Cissé En sociologie, ce terme anglais désigne la tendance à vouloir juger la personne sur son apparence physique pour imposer " la norme somatique " : l'idéal de corps défini par la société pour l'homme et la femme. Toute personne qui ne s'y conforme pas est sujette à des attaques. D'où une forme de sanction sociale pour exercer une pression sur la personne. Selon la sociologue, Ndeye Fatou Cissé, l'exemple de la dépigmentation volontaire à visée esthétique prouve que le body shaming existe depuis longtemps. En dévalorisant les femmes au teint noir dans la rue, les cérémonies ou même au travail, séries télévisées, émissions télés au profit des teints clairs, la société pousse les plus fragiles vers des pratiques très dangereuses pour la santé. Origines du " corps idéal " Ses normes du " corps idéal " ne sont pas les mêmes partout mais varient la société pousse chacun à s'y conformer. En Afrique, l'histoire de la colonisation et la mondialisation ont perverti le goût africain de la beauté, l'Afrique est devenue un espace de consommation. Ainsi, " le dominé veut ressembler à son dominant. On n'est plus à l'aise avec nos cheveux crépus, notre teint. C'est une aliénation culturelle ", analyse l'experte de genre. De ce fait, avec la mondialisation, l'Afrique ne devait pas se limiter à consommer les cultures occidentales. C'était l'occasion d'assumer sa corporéité et de valoriser la beauté de la femme noire. Mais l'effet inverse s'est produit car la surconsommation de modèles étrangers a créé un malaise et poussé à rejeter ses propres canons esthétiques. Donc, le body shaming ne s'explique pas seul. Il faut le rattacher à l'histoire et à la culture d'un pays. L'internet, les séries télévisées et les émissions télés sont devenues des espaces où l'on valorise soit des femmes au teint clair, au détriment des femmes noires même si les efforts sont à salué dans certaines séries télévisées qui restituent certaines normes culturelles sur le plan de l'habillement, des tresses etc... Body Shaming au Sénégal : personne n'échappe mais les femmes en sont plus victimes Cependant, " tout le monde est victime de body shaming ". En tout cas, c'est la précision faite par ce spécialiste des questions d'inclusion sociale et des problématiques de la jeunesse. Seulement les femmes en sont plus victimes car la société est moins permissive s'il s'agit des femmes que s'il s'agit des hommes. Elles sont plus exposées dans l'espace public et plus contrôlées surtout au moment du mariage. Pour la plupart, il faut correspondre à un idéal de corps pour " augmenter ses chances sur le marché matrimonial ". Au Sénégal, la preuve est chiffrée puisque c'est le 2ème pays après les RDC où l'on se dépigmente le plus. Et la moyenne d'âge entre 20 et 40 constitue l'âge des enjeux matrimoniaux. Ce qui par exemple que dès la puberté, des jeunes filles au teint noir choisissent de s'éclaircir la peau. Pour elles, le teint clair est devenu la meilleure façon de se faire valoriser et d'être aimée. La femme commence à considérer son corps comme une valeur marchande et la meilleure façon pour elle de renforcer son côté, de se faire vendre dans le marché matrimonial c'est de se conformer à l'idéal de beauté. Les enfants ne sont pas épargnés par le Body Shaming. Elle indique que cela peut commencer aussi à la maison. Souvent, les grands –parents, par plaisanterie, font des comparaisons maladroites entre leurs petites filles. Celle au teint clair est valorisée, l'autre est stigmatisée. Sans un bon accompagnement psychologique, l'enfant peut mal le vivre et se tourner vers des pratiques dangereuses. Le body shaming ne touche pas que les femmes. Les hommes aussi en sont victimes. L'exemple du joueur sénégalais Krépin Diatta qui a été jugé sur son apparence physique et non sur ses performances sportives en est la preuve. Des conséquences sanitaires et sociales graves (cancer, césarienne, chirurgie : le prix du corps idéal) Les conséquences sont néfastes. Sur le plan sanitaire, elle évoque des risques de cancers, problèmes dermatologiques et des complications sur le vécu maternel(césarienne) souvent causées par des recours à des pratiques comme l'utilisation des produits grossissants, miels miracles, injections pour le teint clair. Sur les réseaux sociaux, l'obsession du corps parfait prend de l'ampleur, influenceurs et célébrités font la promotion de la taille Coca cola et de la chirurgie esthétique. Pour la sociologue, seule une approche globale peut marcher. L'État doit sensibiliser, surtout les jeunes et les femmes, à l'acceptation de soi. Ceci, pour renforcer l'estime et la confiance en soi afin que les femmes existent au-delà de leur apparence physique. Direct ou indirect, les deux formes de body shaming selon le psychologue Babacar Sanogo Du point de vue psychologique, le body shaming est une forme de violence symbolique. Il vise une personne et ses effets touchent à la fois la confiance en soi et le bien être psychosocial, a fait savoir le psychologue Babacar Sanogo. D'après ce dernier, il existe deux formes de body shaming : le body shaming direct et le body shaming indirect. Le body shaming direct est relatif aux attaques verbales et moqueries directes tandis que le body shaming constitue les remarques les blagues ou les comparaisons qui semblent anodines(autodirigé). Chez les adolescents, les dégâts parce qu'à cet âge l'image de soi n'est pas encore stable et le corps est en pleine transformation. Le modèle que l'on donne souvent sur le body shaming est celui de Michael Jackson. Enfant, son père plaisantait souvent sur son nez. Loin d'être anodins, ces remarques l'ont marqué au point d'enchaîner les opérations de chirurgie esthétique. C'est un exemple de body shaming indirect sans intention de nuire, mais avec de lourdes conséquences. Même quand c'est présenté comme une " blague ", ces remarques peuvent laisser des blessures profondes : stress, traumatismes et troubles psychologiques. Honte, anxiété, repli sur soi : les blessures invisibles A cet effet, les conséquences sont psychologiques et les victimes ressentent de la honte, de la frustration et une baisse d'estime de soi. L'anxiété et la dépression peuvent également suivre. Généralement, des personnes font le déni dans le cas du traumatisme. Ils ont des mécanismes de défense qui font qu'ils n'ont pas tellement envie d'en parler à d'autres mais le stress est tellement envahissant que la personne a envie de se protéger psychologiquement. Beaucoup choisissent le silence et le plus souvent, ils ne consultent un spécialiste que quand la situation devient pathologique. Alors que pour se reconstruire, le counseling est un outil basé sur l'écoute et l'observation, il aide la victime à mettre des mots sur son mal et à retrouver la résilience. A défaut, se tourner vers des professionnels : psychologues ou assistants car des solutions existent dont la thérapi... www.dakaractu.com
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