WIRE — ÉLECTIONS FSF, GUÉGUERRE ENTRE FÉDÉRAUX, PROCÈS... Aux sources du mal La sortie prématurée de l'équipe du Sénégal de la Coupe du monde 2026 par la Belgique, après avoir mené au score (2-0) jusqu'à cinq minutes de la fin du temps réglementaire, suscite beaucoup de débats. Si l'entraineur est placé en première ligne des accusés, les responsabilités sont partagées. Dans ce naufrage collectif, la Fédération sénégalaise de football (FSF) n'est pas exempte de reproches. Le Sénégal a vécu sa pire campagne de Coupe du monde de football, au Mexique, Canada, Etats-Unis. Après une qualification inespérée en seizièmes de finale en tant que meilleur troisième, les Lions se sont fait éliminer par la Belgique à l'issue d'un match renversant où ils ont mené au score (2-0) pendant plus de 80 minutes de jeu, avant de se faire rattraper dans les ultimes minutes (86e et 89e) et devancer durant les prolongations (118e, 3-2). Le Sénégal est entré dans l'histoire de la Coupe du monde de la pire des manières. C'est la première fois qu'une équipe est éliminée d'un Mondial en phase à élimination directe après avoir compté deux buts d'avance à cinq minutes du terme du temps réglementaire. Cette quatrième participation du Sénégal à une phase finale de Coupe du monde a été un véritable fiasco, autant sur le terrain qu'en dehors. Mais comment en est-on arrivé à cette situation désastreuse ? Présidence FSF, une élection contestée Si le staff technique a montré ses limites sur le terrain, il ne saurait endosser toute la responsabilité de cet échec cuisant. Pour répondre à cette question, il est donc important de remonter aux origines du mal. Une sorte de tare congénitale qui semble gangréner le nouvel appareil fédéral, qui s'est installé dans la contestation. La nouvelle alternance intervenue à la tête de l'instance faitière, le 2 août 2025, souffre d'un défaut de consensus. L'assemblée générale élective de la Fédération sénégalaise de football s'est terminée par l'élection d'Abdoulaye Fall comme président. L'ancien président de l'AS Bambey a été élu au second tour avec 322 voix contre 30 pour Mady Touré. Une nouvelle page s'est ouverte à la FSF, après 16 ans de gouvernance sous le magistère d'Augustin Senghor. Sauf qu'on n'en avait pas fini avec le feuilleton de l'AG. Quelques semaines après, le candidat perdant a saisi la Commission des Recours de la FSF pour contester les résultats du scrutin du 2 août. Dans un communiqué, le président fondateur de l'Académie Génération Foot a dénoncé un processus électoral ''compromis''. M. Touré a parlé de faits d'une ''gravité exceptionnelle'', d'''irrégularités flagrantes''. Il a d'abord relevé la différence des chiffres entre le ''nombre total de suffrages exprimés de 509 votes contre 510 déclarés par la Commission elle-même dans la salle''. Il a aussi pointé des pratiques ''scandaleuses'' de la part de son adversaire. ''Nous avons, de nos propres yeux, vu des cas de corruption venant du camp d'Abdoulaye Fall. J'ai moi-même constaté cette corruption. De même que les membres de mon équipe'', a révélé Mady. Malheureusement pour lui, sa demande d'annulation des résultats de l'élection a été rejetée par la Commission de recours, qui a déclaré la requête irrecevable en raison de son incompétence. Informé de cette décision, le président de l'Académie de Déni Biram Ndao a porté l'affaire devant le Tribunal arbitral des sports (TAS), en septembre 2025. Jusque-là, le dossier est pendant devant la juridiction arbitrale de Lausanne. Des tensions internes à la FSF En attendant que cette affaire soit définitivement vidée, la nouvelle équipe s'est mise au travail. Les échéances internationales se profilant à l'horizon, notamment la Coupe d'Afrique des nations 2025, au Maroc (du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026). Dans un élan d'unité autour de l'équipe nationale sous le slogan ''Manko wuti wat ndamli'', les Lions ont atteint la finale et remporté le trophée face au pays hôte. En ce moment, les planètes semblaient alignées pour le football sénégalais. Mais ce succès n'était que de la fumée, car la tension n'a pas tardé à monter, dévoilant les discordes à l'intérieur de la FSF. Comme toujours, après les campagnes de l'équipe nationale, l'argent a été au cœur des querelles. La réunion du Comité exécutif (Comex) du 16 mars 2026 s'est tenue dans une atmosphère torride, marquée par des échanges houleux et des invectives. Parmi les sujets chauds, il y a la question des indemnités perçues lors de la CAN au Maroc. Des membres du Comex ont pointé un flou concernant les primes de deux millions par match pour certains accompagnateurs et des indemnités journalières de 60 000 FCFA pour les membres dudit comité. Au menu des discussions, il y avait la gestion du président Abdoulaye Fall, avec à ses côtés l'omniprésent secrétaire général Abdoulaye Sow. Des membres du Comex ont jugé sa gouvernance clanique, exclusive et opaque. Autre point de friction, la gestion de la billetterie de la rencontre amicale contre la Gambie, du 31 mars au stade Abdoulaye Wade de Diamniadio, qui a soulevé des interrogations, sous forme de suspicions de conflit d'intérêts et de favoritisme de la part de hauts responsables de la fédération. D'ailleurs, la polémique a enflé après l'annonce de la mise en vente des tickets sans que la Commission des Finances et de l'Audit de la FSF ne soit officiellement informée. Ces nombreuses bisbilles et actes de mauvaise gestion dénotent d'un manque de considération de l'intérêt général, au profit d'intérêts purement personnels. D'ailleurs, ces manquements, longtemps couvés à l'intérieur de l'appareil fédéral, ont fini par impacter la sérénité autour de l'environnement et de la vitalité de l'équipe nationale. La décision de Pape Gueye de se mettre à l'écart de la sélection témoigne du dépit éprouvé par les Lions à la suite de leur élimination amère en 16es de finale. Entre défaillance administrative, bamboula dans la Tanière et prédation financière, la débâcle des Lions pourrait, si l'on y prend garde, marquer le point de départ d'un chaos total dans le football sénégalais. Abdoulaye Saydou Sow : immunité politique ? Depuis le début du mandat de la nouvelle équipe, les questions sont soulevées sur le véritable patron de la Fédération sénégalaise de football. Abdoualye Fall, ancien président de l'AS Bambey, a été élu le 2 août 2025. Une élection grandement facilitée par Abdoulaye Saydou Sow qui a porté sa candidature et battu campagne à ses côtés. Ce dernier est le président de la ligue régionale de football de Kaffrine (centre) et de l'AS Kaffrine, un club de la ligue 2 sénégalaise. Abdoulaye Saydou Sow, en effet, évolue dans les instances du football, depuis très longtemps. Il était premier vice-président de la FSF jusqu'à l'élection récente d'Abdoulaye Fall à la présidence de l'instance chargée du football national. Il avait déclaré sa candidature à la présidence de la Ligue Sénégalaise de Football Professionnel (LSFP). Aujourd'hui, Abdoualye Fall évolue en tandem avec son secrétaire général Abdoulaye Saydou Sow. Qui occupe l'espace médiatique et le terrain. Lors de la crise sportivo-diplomatique née de l'arrestation des 18 supporters sénégalais au Maroc, après la finale de la CAN 2025, c'est lui qui était monté au créneau, dans les médias, notamment occidentaux, pour porter la voix du Sénégal, défendre la gouvernance de la fédération et annoncer la saisine du TAS après l'attribution du titre au Maroc. Abdoulaye Saydou Sow, depuis lors, est omniprésent sur tous les dossiers de la FSF. Il présente les attributs d'un véritable boss. Or, plus que jamais cette FSF est sur la sellette, après le fiasco du Mondial. L'équipe dirigeante du football national doit répondre de la désorganisation qui a conduit à l'échec retentissant des Lions. Elle doit répondre des révélations sulfureuses qui ternissent l'image du football sénégalais. Elle doit rendre compte de l'utilisation des deniers mis à sa disposition pour l'organisation du Mondial. L'ancien Ministre de l'Urbanisme, du Logement et de l'Hygiène publique, sous Macky Sall, est aussi maire de Kaffrine. Avec le changement de régime et au gré des soubresauts politiques, il est devenu un homme politique influent. Aujourd'hui, sa mise en retrait de l'APR, que ses camarades ne comprennent pas, ferait de lui une cible de choix pour la coalition au pouvoir qui cherche à élargir ses bases politiques et à rallier à sa cause des responsables politiques de premier plan. Ainsi, on peut se demander si les logiques politiques ne risquent pas d'entrer en ligne de compte à l'heure de rendre des comptes à la FSF ? GASTON COLY LOUIS GEORGES DIATTA Section:sport
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