WIRE — RECONFIGURATION POLITIQUE Le temps de la transhumance   Les tenants de l'anti-système s'ouvrent de plus en plus à ceux qui étaient jadis accusés d'incarner le système. Alors que Diomaye se félicite du ralliement de plus de 300 maires à sa coalition, Ousmane Sonko prône la tolérance, le pardon et l'ouverture pour la massification de Pastef. Décryptage !     Les transhumants ont rarement eu autant la côte. Les deux organisations les plus dynamiques du moment se lancent en même temps dans la pêche aux grands responsables politiques. Peu importe qu'ils soient du Parti démocratique sénégalais (PDS), du Parti socialiste (PS), de l'Alliance des forces de progrès (AFP) ou même du parti de Macky Sall, qui vient de perdre le pouvoir, l'Alliance pour la République (APR). Dans une interview accordée au média de son parti ce week-end, à l'occasion de la cérémonie de lancement de la vente des cartes de membres, Ousmane Sonko a évacué toute nuance sur cette question. "La politique, c'est de l'addition, pas une soustraction. Il faut accueillir tous les Sénégalais qui désirent rejoindre le parti et qui acceptent de se conformer à nos valeurs et principes, quelle que soit leur appartenance passée…", a déclaré le président de Pastef s'adressant aux militants. La nouvelle doctrine de Sonko est claire. Plus d'ouverture, moins d'exclusion. Une seule exception a été relevée : le cas des adversaires qui étaient allés trop loin dans l'animosité avec Pastef, soit de par leurs comportements, soit de par leurs actes ou leurs discours. Mais même là, le président de Pastef est beaucoup moins catégorique. "Nous devons accueillir tout le monde. Sauf quelques cas exceptionnels, qui sont allés trop loin… Pour ces gens, ce sera difficile, mais pas impossible. Parce que dans la vie, il faut être tolérant. C'est ce que nous enseignent toutes les religions révélées : le pardon", a soutenu le Pros, qui s'empresse de préciser : "Mais il faut un processus. Si c'est trop brutal, il peut y avoir une incompréhension avec les militants, qui ont enduré pas mal d'épreuves." Plus d'ouverture, moins d'exclusion Au niveau de la coalition Diomaye Président, le choix semble assumé avec beaucoup plus de facilité. Lâchée en plein vol par Pastef, qui en était la locomotive, la coalition présidentielle s'est lancée à la reconquête en ciblant particulièrement des personnalités politiques avec une base certaine. C'est dans ce cadre que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a reçu vendredi dernier au palais de la République plus de 300 maires. À cette occasion, il a d'ailleurs annoncé son intention de mettre en place un nouveau parti politique. "Il est temps d'aller vers une unité organique. Cela signifie qu'il faut aller vers la création d'un parti politique. Chacun de vous doit être membre fondateur de ce parti", s'est emballé le président de la République. Pour Diomaye, ce sera la première fois qu'un parti démarre avec autant d'exécutifs locaux, soit plus de 306 maires déjà identifiés comme membres de la coalition. Il est convaincu que d'autres vont suivre. Il faut noter que les maires en question sont issus pour une bonne partie de l'ancien parti au pouvoir, l'Alliance pour la République. Il y en a aussi qui étaient de la défunte coalition Yewwi Askan Wi. Avec ces recrues, Diomaye Président et le futur parti présidentiel se positionnent définitivement dans le landerneau politique et deviennent des adversaires sérieux aussi bien pour Pastef que pour l'Alliance pour la République, qui a été dépouillée de plusieurs de ses responsables. Le chef de l'État compte sur ces derniers pour non seulement implanter son parti dans tous les terroirs, mais aussi pour engager les batailles électorales futures. Des motivations différentes Pour Pastef, l'objectif est un peu différent. Déjà assez bien ancré dans le paysage politique, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité ont déjà atteint le sommet et devront se réinventer pour relever de nouveaux défis. Le président du parti semble en être convaincu. "Ce que nous faisons jusque-là, c'est à l'intérieur de Pastef. Maintenant, il faut continuer la massification. Cela ne veut pas dire sacrifier les militants de la première heure. Nous ne pouvons pas oublier ces gens qui ont été là quand c'était difficile. Je peux dire que nous avons un pacte de sang. Mais cela ne veut pas dire non plus que nous devons toujours rester au même stade", s'est justifié l'ancien Premier ministre. Dans l'un comme dans l'autre, nous sommes face à des reniements et parfois à une remise en cause profonde de la volonté des Sénégalais. Malgré les alternances qui se suivent, l'élite dirigeante reste presque la même. Ceux qui étaient envoyés par le peuple dans l'opposition reviennent en force par la fenêtre pour jouer les premiers rôles au cœur du pouvoir. L'APR, principale victime Ces dynamiques en cours ne laissent pas l'Alliance pour la République de Macky Sall indifférente. L'ancien parti au pouvoir n'a pas manqué de monter au créneau pour fustiger ce qu'il considère comme "une véritable arnaque politique de haute voltige…" Selon les poulains de Macky Sall, l'annonce tapageuse du chiffre de 306 maires prétendument membres ou soutiens de cette coalition relève d'une opération de propagande politique sans aucun fondement vérifiable. "À ce jour, aucune liste crédible, exhaustive et contradictoire n'a été produite pour justifier ce chiffre manifestement fantaisiste, destiné à créer artificiellement l'illusion d'une majorité territoriale", clament-ils dans un communiqué. Pour le parti de Sall, de nombreux maires avaient répondu à cette invitation en pensant être conviés par le Président de la République dans le cadre de ses fonctions institutionnelles. "Ils découvrent aujourd'hui, avec stupéfaction, qu'ils ont été enrôlés de force dans une coalition politique, transformés en membres fondateurs d'un parti politique et présentés comme futurs candidats investis aux élections locales, sans consultation préalable et sans leur consentement", rejettent-ils en bloc. À noter qu'à ce jour, les principaux concernés qui étaient sur place à la présidence de la République n'ont pas apporté de démentis. Rappelons également que ce ne sera pas la première fois qu'un parti politique qui perd le pouvoir soit abandonné par ses principaux responsables. À la perte du pouvoir en 2000, le Parti socialiste avait enregistré plusieurs départs au profit du PDS qui, à son tour, a connu une vraie saignée en 2012. Aujourd'hui, ce serait au tour de l'Alliance pour la République. MOR AMAR Section:politique

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