WIRE — JUPI INVITE MASTERCLASS Le cinéma s'ouvre à ceux qui n'ont pas de réseau À travers la troisième édition de JUPI Invite Masterclass, organisée lundi au Cinéma Pathé, l'actrice, réalisatrice et productrice Fatou Jupiter Touré a voulu casser l'un des principaux préjugés qui entourent le septième art : l'idée selon laquelle seuls les initiés peuvent y faire carrière. Pendant trois heures, des professionnels ont partagé leurs parcours, leurs difficultés et surtout les clés pour intégrer une industrie qui, selon eux, manque encore de formations mais regorge d'opportunités. " Comment faire un film concrètement ? Comment entrer dans ce milieu quand on ne connaît personne ? " C'est autour de ces deux interrogations que s'est articulée la troisième édition de JUPI Invite Masterclass, organisée lundi 29 juin au Cinéma Pathé de Dakar. De 10 heures à 13 heures, plusieurs dizaines de jeunes passionnés de cinéma sont venus écouter celles et ceux qui vivent quotidiennement cette industrie. Aux côtés de l'initiatrice de la rencontre, Fatou Jupiter Touré, figurent Roger Salah, acteur, Souleymane Camara, acteur, réalisateur, metteur en scène et scénariste, ainsi qu'Aminata Sarr, directrice de production ayant collaboré à de nombreuses productions internationales. L'ambition affichée est simple : aller au-delà des discours inspirants pour fournir des outils concrets aux futurs professionnels. " Aujourd'hui, il s'agissait d'être très pratique. Comment arrive-t-on à entrer dans le cinéma lorsqu'on ne connaît personne ? Comment passe-t-on d'une idée à la réalisation d'un premier film ? Nous avons voulu inviter des experts qui ont réalisé des choses concrètes et qui peuvent partager des clés avec les jeunes ", explique Fatou Jupiter Touré. Pour la productrice, le talent, à lui seul, ne suffit pas. Avant même de penser à réaliser ou à jouer, encore faut-il comprendre le fonctionnement de toute une industrie, identifier le métier auquel on aspire et construire progressivement son parcours professionnel. Dans un pays où les écoles spécialisées restent rares, elle encourage les jeunes à multiplier toutes les occasions d'apprendre : festivals, ateliers, résidences d'écriture, formations, rencontres professionnelles ou masterclasses. " Il n'y a pas assez d'écoles de cinéma. Il faut donc apprendre par soi-même, rester curieux et multiplier les occasions de rencontrer des professionnels ", insiste-t-elle Cette philosophie est directement inspirée de son propre parcours. Elle rappelle avoir bénéficié, à ses débuts, de personnes qui lui ont transmis leurs connaissances. À son tour, elle entend aujourd'hui accompagner la nouvelle génération. " Construire des écoles relève de l'État ou du secteur privé. Mais chacun peut agir à son niveau. Avec notre réseau, nous pouvons déjà partager notre expérience et aider les jeunes à mieux se préparer. " Le cinéma ne se résume pas aux acteurs L'un des principaux messages de cette matinée est revenu à plusieurs reprises : le cinéma ne se limite pas aux comédiens. Derrière chaque production gravitent des dizaines de métiers souvent méconnus du grand public. Aminata Sarr en est l'illustration. Après quelques expériences sur les planches puis devant la caméra, elle comprend rapidement que sa véritable place se trouve de l'autre côté de l'objectif. " Je me suis rendu compte que jouer n'était pas fait pour moi ", raconte-t-elle. Une expérience difficile sur un tournage lui fait découvrir la régie, fonction essentielle au bon déroulement d'une production. Avec pédagogie, elle détaille les multiples responsabilités du régisseur : recherche des décors, obtention des autorisations administratives, coordination des équipes techniques, relations avec les autorités locales… " La régie, c'est la base du cinéma. On apprend l'humilité, le sens du service, la discipline et la rigueur. Sans cette base, il est difficile de comprendre réellement le fonctionnement d'un tournage. " Son récit évoque les longues journées de travail, les nuits passées au bureau, les réveils des comédiens avant l'aube, les responsabilités qui s'accumulent jusqu'à devenir assistante de production puis productrice. Selon elle, les compétences techniques ne suffisent pas. " Il faut savoir écrire, avoir une bonne culture générale, parler correctement le français et surtout maîtriser l'anglais. " Une compétence linguistique qui lui a ouvert les portes de nombreuses productions internationales tournées au Sénégal et dans la sous-région. Le parcours de Souleymane Camara traduit lui aussi cette progression par étapes. Entré chez Marodi comme acteur, il réalise ensuite des publicités et des sketchs humoristiques avant d'occuper successivement les fonctions de scripte puis d'assistant réalisateur. Cette montée en compétences lui permettra finalement de signer ses propres réalisations. À travers leurs témoignages, les intervenants déconstruisent une vision parfois idéalisée du cinéma. Ils décrivent un univers exigeant où l'organisation, la discipline, le travail collectif et la persévérance comptent autant que le talent artistique. Produire davantage pour créer des emplois Au-delà des parcours individuels, Fatou Jupiter Touré élargit le débat à l'avenir de l'industrie cinématographique sénégalaise. Pour elle, le véritable défi consiste désormais à augmenter considérablement la production nationale. " Une véritable industrie, c'est des dizaines de longs-métrages et des centaines de séries chaque année. C'est ce qui crée des emplois et permet aux jeunes d'intégrer durablement le secteur. " Elle souligne également le rôle que peuvent jouer les réseaux professionnels, citant son engagement au sein de Women in Film and Television, organisation internationale qui accompagne les femmes évoluant dans les métiers du cinéma et de la télévision. Selon elle, le développement du secteur passera nécessairement par davantage de collaborations entre professionnels. Dans la salle, les échanges trouvent un écho particulier auprès des participants. Artiste plasticienne passionnée de cinéma, Cira Harouna Ndong repart convaincue. " C'était un véritable partage d'amour et de connaissances. Voir des professionnels de ce niveau prendre du temps pour nous expliquer leur parcours est une chance exceptionnelle. " Déjà initiée à la régie, elle estime avoir trouvé une motivation supplémentaire pour poursuivre son projet professionnel. " Le courage, la patience et la passion ne me manquent pas. Je continuerai jusqu'à trouver ma place. " Pendant toute la matinée, les questions se succèdent. Les réponses, elles, évitent les promesses faciles. Tous les intervenants racontent des débuts modestes, des erreurs, des sacrifices et des périodes de doute. Mais tous partagent aussi une même conviction : personne ne débute au sommet. En organisant cette troisième édition de JUPI Invite Masterclass, Fatou Jupiter Touré répond à une attente bien réelle des jeunes créateurs sénégalais. Dans un contexte où les formations spécialisées demeurent peu nombreuses, ce type d'initiative s'impose progressivement comme un espace privilégié de transmission des savoirs, d'orientation professionnelle et de démystification des métiers du cinéma. Fatou Ba (Stagiaire) Section:culture
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