WIRE — Membre fondateur de l'Association des ressortissants nigériens deBelgique(ARNIBEL) et figure bien connue de la diaspora nigérienne en Belgique, Amadou Oumarou, dit " Doudou ", revient sur plus de deux décennies d'engagement associatif, son parcours entre le Niger et la Belgique, ainsi que sa vision d'une diaspora plus forte, plus unie et davantage impliquée dans le développement du Niger. Pouvez-vous nous présenter votre parcours ? Je m'appelle Amadou Oumarou, plus connu sous le nom de Doudou, et je vis en Belgique depuis vingt-six ans.Mon parcours a débuté au Niger, où j'ai étudié à la Faculté des Sciences Économiques et Juridiques avant de poursuivre ma formation à l'École Normale Supérieure de Zinder. J'ai d'abord exercé comme enseignant, puis comme assistant administratif à la Direction régionale de l'Éducation. Mon installation en Belgique a ouvert un nouveau chapitre de ma vie. J'y ai exercé plusieurs métiers tout en poursuivant mes études. J'ai notamment obtenu un master en politique économique et sociale, une licence en gestion des ressources humaines et je termine actuellement des études de droit. Animé par une véritable passion pour l'apprentissage, j'ai obtenu au fil des années plus de huit diplômes universitaires et professionnels. Votre parcours mêle responsabilités professionnelles et engagement associatif. Comment ces deux dimensions se complètent-elles ? Depuis mon plus jeune âge, j'ai toujours aimé travailler en équipe et assumer des responsabilités. Très tôt, j'ai participé aux activités des mouvements de jeunesse de mon quartier et occupé différentes fonctions dans les établissements scolaires que j'ai fréquentés. Ces expériences m'ont appris le sens du collectif, de l'écoute et du service.Au Niger, j'ai été enseignant, agent administratif et militant syndical. En Belgique, j'ai travaillé dans le secteur associatif avant d'évoluer dans l'agroalimentaire, la pharmacie puis la logistique. Quelle que soit ma profession, je n'ai jamais cessé de m'investir dans le monde associatif. C'est un engagement qui donne le sentiment d'être utile et d'améliorer, même modestement, la vie des autres. Vous êtes l'un des membres fondateurs de l'Association des ressortissants nigériens deBelgique(ARNIBEL). Qu'est-ce qui vous a poussé à consacrer autant d'énergie au service de la communauté nigérienne ? Je considère simplement que j'ai accompli mon devoir. Lorsque je suis arrivé en Belgique, j'avais envie de mettre mes compétences au service de ma communauté. Je suis convaincu que les connaissances, l'expérience ou les réussites n'ont de véritable valeur que lorsqu'elles profitent aux autres. Mon engagement est né de cette conviction : partager ce que j'ai appris, favoriser la solidarité et contribuer au développement de notre communauté. Parmi toutes les responsabilités que vous avez exercées, quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier ?La création et la consolidation de nos structures associatives constituent certainement mes plus grandes satisfactions.Après plusieurs tentatives de structuration de la communauté nigérienne, j'ai participé à différentes étapes qui ont conduit à la création de l'ARNIBEL, où j'ai eu l'honneur d'exercer deux mandats comme Secrétaire général.Je suis également fier d'avoir contribué à l'acquisition du premier siège physique de notre association en 2012. C'était une avancée importante obtenue grâce au travail collectif. Par ailleurs, nous avons renforcé la transparence dans la gestion de l'association et lancé la " Journée du Niger ", devenue un moment privilégié de rencontre entre les Nigériens et les autres communautés vivant en Belgique. Comment jugez-vous l'évolution de la diaspora nigérienne en Belgique et quels défis restent à relever ?Notre diaspora a beaucoup évolué et s'est considérablement structurée. Cependant, plusieurs défis demeurent. La politisation excessive de certaines associations a parfois freiné leur développement. Nos structures doivent aller au-delà des activités festives et devenir de véritables espaces d'accueil, d'accompagnement et d'information, notamment pour les nouveaux arrivants et les jeunes générations. Elles doivent également professionnaliser leur fonctionnement afin de mieux répondre aux besoins de la communauté. Quels projets souhaitez-vous encore porter pour la diaspora et pour le Niger ?Je crois profondément au potentiel économique de la diaspora. C'est pourquoi je défends plusieurs projets structurants : la création d'une Banque de la Diaspora Nigérienne avec le soutien de l'État, la mise en place d'un fonds de garantie destiné à sécuriser les investissements des Nigériens de l'extérieur, ainsi qu'une Agence de promotion de l'économie communautaire. L'objectif est de mobiliser les compétences et les ressources de la diaspora pour investir durablement dans des secteurs stratégiques comme l'agriculture, l'industrie, la santé, la formation ou encore les mines. Selon vous, comment la diaspora peut-elle contribuer plus efficacement au développement du Niger ?Tout commence par la formation.Chaque Nigérien vivant à l'étranger devrait chercher à développer ses compétences afin de pouvoir les mettre au service du pays. Nos associations doivent également devenir plus inclusives et davantage tournées vers les besoins de leurs membres. Enfin, nous devons investir dans les secteurs qui permettront au Niger de renforcer sa souveraineté : l'agriculture, l'élevage, les énergies renouvelables, l'éducation, la santé, la formation professionnelle et la création d'emplois. Quelles sont les valeurs qui ont guidé votre parcours ?Trois valeurs m'ont toujours accompagné : la transparence, la modestie et la persévérance.J'y ajouterais le sens du service, qui reste pour moi la véritable raison d'être de tout engagement associatif. Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de Nigériens vivant en Belgique ?Je suis optimiste. Cette jeunesse dispose d'atouts considérables, mais elle doit éviter de reproduire les divisions de ses aînés.Je l'encourage à s'investir dans la vie associative, à travailler en réseau et à privilégier l'intérêt collectif.Le travail associatif est exigeant, souvent peu reconnu, mais il demeure l'un des engagements les plus nobles que l'on puisse prendre au service de sa communauté. Quel message souhaitez-vous adresser aux Nigériens vivant au Niger, à ceux établis en Belgique et à l'ensemble de la diaspora ?À nos compatriotes vivant au Niger, j'adresse un appel à l'unité face aux nombreux défis que traverse notre pays. Aux autorités nigériennes, je souhaite la mise en place de services administratifs plus accessibles depuis les représentations diplomatiques, afin de faciliter les démarches des Nigériens établis à l'étranger. À la communauté nigérienne de Belgique, j'invite chacun à renforcer les associations régionales, à se former davantage et à faire vivre un véritable esprit de solidarité. Enfin, à l'ensemble de la diaspora nigérienne, je lance un appel à dépasser les divisions, à promouvoir l'excellence et à soutenir des projets structurants comme la Banque de la Diaspora Nigérienne et l'Agence de promotion de l'économie communautaire.Contact :oumarouamadou@yahoo.frRéalisée par Boubacar Guédé (Nigerdaspora)
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