WIRE — © Radio OkapiUn vent de panique a soufflé sur Kinshasa ce mercredi 5 août. Les autorités ont intercepté un bateau de transport de passagers à une soixantaine de kilomètres de la capitale. Peu auparavant, un passager qui avait quitté l'embarcation est décédé après avoir présenté des symptômes évocateurs d'Ebola. Cette alerte est survenue alors que l'épidémie qui frappe l'est de la République démocratique du Congo approche des 4 000 cas confirmés. Dès les premières heures, les autorités sanitaires ont réagi. Elles ont déployé un laboratoire mobile afin de tester tous les passagers encore à bord, ainsi que les membres d'équipage. En parallèle, elles ont instauré un cordon sanitaire autour du bateau. Le ministre de la Santé, Roger Kamba, s'est toutefois voulu rassurant lors d'une intervention télévisée. " Nous n'avons pas dit que c'était Ebola. Nous avons dit qu'il y a eu un cas suspect pour lequel nous sommes prudents. " À ce stade, les autorités n'ont signalé aucun autre décès parmi les passagers ou les membres d'équipage. Une alerte venue du nord-ouest, une mobilisation immédiate L'alerte est partie de la zone de santé de Pimu, dans la province de la Mongala, à plus de 1 200 kilomètres de Kinshasa. Après avoir quitté le bateau, le passager a développé de la fièvre et de la diarrhée. Il s'est ensuite rendu dans un centre de santé, où il est décédé. Dès la réception du signalement, les autorités ont suivi la trace du bateau. Celui-ci provenait de la Tshopo, l'une des cinq provinces touchées par l'épidémie. Elles l'ont finalement intercepté à l'approche de Kinshasa. Les équipes sanitaires ont installé un laboratoire mobile à proximité du navire. Elles ont ensuite lancé le dépistage de tous les voyageurs. Par ailleurs, des spécialistes de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), dirigés par le professeur Jean-Jacques Muyembe, ont réalisé les prélèvements et les analyses. En outre, les autorités ont acheminé d'autres embarcations ainsi que du personnel supplémentaire. Leur objectif consistait à évacuer progressivement les passagers après les tests. Elles ont également renforcé le dispositif de sécurité autour du bateau. Le gouvernement appelle à la vigilance, pas à la panique Lors d'une conférence de presse conjointe, Roger Kamba et Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, ont répondu aux rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux. Certaines évoquaient plusieurs décès à bord. D'autres situaient, à tort, la zone de santé de Pimu à Kinshasa. " Il n'y a pas eu d'autres morts sur ce bateau ", a insisté Roger Kamba. De son côté, Patrick Muyaya a rappelé qu'aucun résultat de laboratoire ne permettait encore de confirmer ou d'écarter la piste d'Ebola. Il a également souligné que d'autres maladies pouvaient provoquer des symptômes similaires. Enfin, le directeur général de l'Institut national de santé publique, Dieudonné Mwamba, a invité les habitants de Kinshasa à garder leur calme. Il a rappelé que la capitale ne figure pas parmi les provinces touchées par l'épidémie. Une riposte nationale renforcée Cette alerte est survenue le même jour que la réunion de haut niveau présidée par Félix Tshisekedi à Kinshasa. Le chef de l'État a réuni les principaux acteurs engagés dans la lutte contre Ebola afin de renforcer la riposte nationale. Autour de la table figuraient notamment le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, ainsi que le directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, Jean Kaseya. Ensemble, ils ont insisté sur la nécessité de renforcer la surveillance épidémiologique, la mobilisation communautaire et la protection du personnel de santé. Les participants ont également décidé d'accélérer la détection des malades. Ils souhaitent aussi réduire le nombre de décès enregistrés à domicile ou dans les communautés. Une épidémie toujours plus préoccupante Pourtant, malgré cette mobilisation, Médecins sans frontières (MSF) a lancé une nouvelle alerte mercredi. L'organisation estime que la situation dans l'est de la RDC reste " plus critique que jamais ". Selon elle, l'épidémie continue de progresser à un rythme alarmant. À ce jour, aucun ralentissement n'apparaît. D'après les dernières données officielles arrêtées mardi, la RDC comptabilise 3 973 cas confirmés. Le pays enregistre également 1 801 décès et 776 guérisons depuis la déclaration de l'épidémie, le 15 mai. Cette flambée, provoquée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, constitue désormais la plus importante jamais enregistrée dans le pays. En outre, aucun vaccin homologué ni traitement spécifique n'existe encore contre cette souche. Dès lors, chaque nouvelle alerte, même loin de l'épicentre, reste prise très au sérieux par les autorités sanitaires.
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