WIRE — © Actualité.cdPendant trente-et-un jours, les regards de la communauté internationale se sont tournés vers la République démocratique du Congo. Du 1er au 31 juillet 2026, Kinshasa a occupé la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies, l'organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Une responsabilité que le pays n'avait plus exercée depuis plus de trois décennies. À l'heure de transmettre le marteau de la présidence au Danemark, qui dirigera les travaux du Conseil durant le mois d'août, la RDC laisse derrière elle une empreinte diplomatique marquée par la défense du multilatéralisme, la promotion de la paix et la volonté de replacer les ressources naturelles au cœur des solutions aux conflits contemporains. Plus qu'une simple rotation protocolaire, cette présidence a incarné le retour d'une diplomatie congolaise qui entend désormais peser davantage dans les grandes décisions internationales. Une présidence portée par la paix, la justice et le multilatéralisme Élue membre non permanent du Conseil de sécurité pour le mandat 2026-2027 avec 184 voix sur 187, la RDC retrouvait, en janvier dernier, l'une des plus importantes enceintes diplomatiques du monde, après ses précédents mandats de 1982-1983 et de 1990-1991. Placée sous la devise " Plus de paix, plus de justice, plus de développement, plus de multilatéralisme ", la présidence congolaise s'est construite autour d'une conviction : les crises internationales ne peuvent être durablement résolues sans s'attaquer à leurs causes profondes. Pays confronté depuis plusieurs décennies aux violences armées dans sa partie orientale, la RDC a mis son expérience au service des débats internationaux. Gouvernance responsable des ressources naturelles, protection des populations civiles, lutte contre l'impunité, justice transitionnelle, participation des femmes et des jeunes à la consolidation de la paix ou encore renforcement des partenariats avec l'Union africaine ont constitué les principaux piliers de son agenda. Sous la conduite de l'ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès des Nations unies, le Conseil de sécurité a poursuivi l'examen des grandes crises mondiales, du Moyen-Orient au Soudan, en passant par Haïti, la Syrie, l'Ukraine et plusieurs autres foyers de tension. Trois rendez-vous qui ont marqué la présidence congolaise La diplomatie congolaise a surtout imprimé sa marque à travers trois rencontres de haut niveau. Le 8 juillet, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé un débat consacré aux violences sexuelles liées aux conflits armés. Face au Conseil de sécurité, elle a appelé la communauté internationale à renforcer la protection des survivantes, à combattre l'impunité et à faire de la participation des femmes une réalité dans les processus de paix. " La participation des femmes ne peut pas être symbolique. Elle doit leur donner un pouvoir réel d'influencer les décisions ", avait-elle déclaré devant les membres du Conseil. Quelques jours plus tard, le 13 juillet, la ministre d'État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a présidé une réunion selon la formule Arria consacrée aux liens entre ressources naturelles, conflits et paix. Cette réflexion a préparé le grand débat public organisé le 22 juillet, consacré à la gouvernance des ressources naturelles comme fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité. À cette occasion, la cheffe de la diplomatie congolaise a plaidé pour une nouvelle approche internationale. " Le XXIᵉ siècle est celui des minerais critiques, de l'eau, des forêts, de l'énergie et de la biodiversité. La question est de savoir si ces ressources serviront la prospérité ou continueront d'alimenter les conflits ", a-t-elle affirmé. La RDC y a défendu le renforcement des mécanismes de traçabilité des minerais stratégiques et une gouvernance mondiale plus responsable des ressources naturelles. Une voix africaine portée au cœur des grandes décisions internationales Au-delà de ces initiatives, la présidence congolaise s'est attachée à promouvoir une diplomatie préventive fondée sur le dialogue, la médiation et le règlement pacifique des différends. Lors d'un débat consacré à la prévention des conflits, Thérèse Kayikwamba Wagner a rappelé que la crédibilité du Conseil de sécurité dépend avant tout de la mise en œuvre effective de ses résolutions. Prenant l'exemple de la résolution 2773 sur la RDC, elle a insisté sur la nécessité de faire respecter les engagements relatifs au retrait des forces étrangères, à la fin du soutien aux groupes armés et au respect de la souveraineté des États. Tout au long du mois, Kinshasa a également fait entendre la voix de l'Afrique au sein du groupe des A3, aux côtés du Libéria et de la Somalie, en plaidant pour une approche plus équilibrée des crises internationales, fondée sur le droit international, la coopération et la responsabilité collective. Parallèlement, la ministre des Affaires étrangères a rencontré plusieurs candidats à la succession d'António Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies, tandis que le président du Conseil de sécurité, Zénon Mukongo Ngay, a supervisé le premier vote indicatif (straw poll) de ce processus de désignation. Le mois où la RDC a changé de stature diplomatique En refermant ce chapitre, la République démocratique du Congo ne se contente pas d'avoir assuré la présidence tournante d'une institution internationale. Elle aura utilisé cette tribune pour porter ses priorités, défendre les intérêts du continent africain et proposer une lecture nouvelle des défis sécuritaires mondiaux, fondée sur la prévention, la justice et la gouvernance responsable des ressources naturelles. Le passage du relais au Danemark marque ainsi la fin d'un mois de présidence, mais non celle de l'engagement congolais. Membre non permanent jusqu'en décembre 2027, la RDC continuera de siéger au Conseil de sécurité avant d'en reprendre la présidence en novembre 2027. D'ici là, ce mois de juillet 2026 restera comme celui où Kinshasa a démontré que son expérience des crises pouvait aussi devenir une force de proposition au service de la paix internationale.

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