WIRE — © Euro newsÀ Butembo, la riposte contre Ebola se retrouve une nouvelle fois confrontée à un adversaire aussi difficile à combattre que le virus lui-même : la rumeur. En l'espace de 48 heures, deux structures sanitaires ont été incendiées dans la ville du Nord-Kivu, sur fond d'accusations non étayées visant des soignants et des responsables d'établissements de santé. Alors que l'épidémie progresse rapidement dans la région, ces attaques ravivent le spectre de la défiance qui avait déjà lourdement entravé la lutte contre Ebola lors de la précédente flambée. Le dernier incident s'est produit dans la nuit du mardi 28 au mercredi 29 juillet au Centre hospitalier Crinovic, situé à Kavikene, dans le quartier Congo ya Sika, en commune de Vulamba. Selon Jean-Baptiste Musayi, président de la société civile de cette commune, des hommes non identifiés se seraient présentés une première fois aux alentours de 21 heures devant l'établissement. Ils auraient proféré des menaces à l'encontre du responsable du centre, l'accusant de tuer des patients sous couvert de la lutte contre Ebola. Les individus sont ensuite revenus vers une heure du matin avant de passer à l'acte. Deux salles de la structure ont été incendiées, dont le laboratoire, qui contenait du matériel. Aucun blessé n'a toutefois été enregistré. Des rumeurs qui alimentent la colère et la violence Cette attaque est survenue seulement deux jours après l'incendie d'un autre établissement sanitaire de la ville. Dans la nuit du dimanche au lundi 27 juillet, le poste de santé Zawadi, également connu sous le nom de Mapendo, situé dans la cellule Kyaghala, en commune de Bulengera, avait été pris pour cible par des hommes non identifiés. Selon des leaders communautaires contactés par des médias locaux, le responsable de cette structure, un soignant, était depuis plusieurs jours la cible de rumeurs l'accusant de déclarer volontairement des patients comme atteints d'Ebola, voire de les contaminer, afin de faciliter leur transfert vers le Centre de traitement Ebola (CTE) de Katwa, où il serait employé. Ces accusations auraient notamment pris de l'ampleur après le décès de plus de 15 patients ayant fréquenté le poste de santé Zawadi avant leur transfert au CTE. Pour les responsables communautaires, aucune preuve factuelle ne vient cependant étayer ces allégations. Ils évoquent plutôt l'hypothèse d'une contamination survenue au sein de la structure après la prise en charge d'un premier cas d'Ebola, dans des conditions qui n'auraient pas respecté les protocoles de prévention et de contrôle des infections. Le climat de suspicion n'en reste pas moins préoccupant. Face aux menaces, le responsable du poste de santé avait d'ailleurs suspendu ses activités avant que l'établissement ne soit finalement incendié. Butembo replonge dans le souvenir douloureux de la précédente épidémie Ces deux attaques rappellent une réalité bien connue dans cette partie du Nord-Kivu : lors d'une épidémie, la bataille sanitaire se joue aussi sur le terrain de la confiance. Butembo avait déjà été confrontée à ce phénomène lors de la dixième épidémie d'Ebola, qui s'était déroulée entre août 2018 et juin 2020. À l'époque, les rumeurs et la méfiance envers les équipes de riposte avaient nourri une forte résistance et provoqué plusieurs attaques contre les acteurs sanitaires, compliquant considérablement les efforts pour contenir la maladie. Cette nouvelle flambée intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Butembo est aujourd'hui l'épicentre de la 17ᵉ épidémie d'Ebola au Nord-Kivu. Les deux zones de santé de la ville comptabilisent à elles seules 220 cas confirmés sur les 325 recensés dans l'ensemble de la province au 27 juillet. À l'échelle nationale, l'épidémie a déjà enregistré 3 360 cas en seulement deux mois et demi, témoignant d'une progression particulièrement rapide de la maladie. Alors que les équipes sanitaires poursuivent leur travail pour contenir la propagation du virus, les autorités et les acteurs communautaires se retrouvent donc face à un double défi : combattre Ebola, mais aussi déconstruire les rumeurs qui fragilisent la confiance envers les structures de santé. Car à Butembo, une question devient de plus en plus urgente : comment vaincre une épidémie lorsque la peur, la désinformation et la méfiance risquent de devenir, elles aussi, des obstacles à la riposte ?
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