WIRE — À Abidjan, le débat sur la transition écologique a pris une tournure très concrète. Réunis le 29 juillet 2026, autour du thème " Fédérer et financer l'avenir durable : convergence pour une Afrique verte et résiliente ", experts, chercheurs, représentants de l'État et acteurs du secteur privé ont posé une question devenue centrale : alors que les financements climatiques se multiplient à l'échelle internationale, comment permettre aux projets africains, notamment ivoiriens, d'en bénéficier réellement ?Organisé par ClimatGenre/Art, ce panel de haut niveau se voulait comme une mise en bouche avant le Sommet international de l'innovation et de l'investissement vert 2026, prévu les 12 et 13 septembre à Paris. Au-delà des discours sur l'urgence climatique, les échanges ont surtout mis en lumière les conditions nécessaires pour transformer les ambitions écologiques en projets financés et opérationnels.Des fonds existent, mais restent difficiles d'accèsLa Côte d'Ivoire entend notamment tirer profit de son positionnement dans la finance climatique. Dr Assétou Koné, sous-directrice de la lutte contre la pollution atmosphérique au ministère de l'Environnement et de la Transition écologique, a rappelé que le pays abrite désormais le siège du Fonds vert.Une implantation présentée comme un atout pour rapprocher les mécanismes de financement internationaux des porteurs de projets locaux. Mais pour accéder à ces ressources, encore faut-il disposer d'un cadre national suffisamment structuré.Les Contributions déterminées au niveau national (Cdn) constituent, à cet égard, un instrument essentiel. Elles permettent de traduire les engagements climatiques du pays en objectifs et en priorités d'action, donnant ainsi davantage de visibilité aux investisseurs et aux partenaires financiers. La représentante du ministre de l'Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, a également rappelé l'existence de plusieurs structures appelées à jouer un rôle dans cette architecture.Bureau du marché carbone, Commission nationale de lutte contre les changements climatiques ou encore Direction générale du développement durable : autant d'acteurs qui participent à la construction d'un écosystème destiné à accompagner la transition écologique.Pour autant, la disponibilité des financements ne garantit pas leur absorption. C'est précisément l'un des principaux enseignements du panel. Dr Tiangoua Koné, maître de conférences et enseignant-chercheur à l'Université Nangui Abrogoua, au sein de la Chaire Unesco ERA Ville durable, a présenté les différents fonds mobilisables à l'échelle internationale ainsi que les conditions permettant d'y accéder. De son côté, Ouattara Ténena a insisté sur la complexité des procédures et des critères d'éligibilité.Le problème se situe donc moins dans l'absence de ressources que dans la capacité des acteurs locaux à transformer leurs besoins en projets bancables, conformes aux exigences des bailleurs et des fonds spécialisés.C'est pourquoi Dr Blaise Yao Koffi, enseignant-chercheur à l'Université Félix Houphouët-Boigny, a placé la question des compétences au cœur du débat. Selon lui, les Ong, les collectivités, les institutions et autres porteurs de projets doivent être davantage formés aux mécanismes du financement climatique. Autrement dit, le financement vert ne se décrète pas. Il se prépare. Monter un dossier répondant aux exigences techniques, démontrer l'impact climatique d'un projet, présenter un modèle économique crédible, mesurer les résultats attendus et maîtriser les procédures des différents fonds nécessitent des compétences spécifiques.**media[290585]**Cette question de la capacité à capter les financements concerne également le secteur privé. Pour Violaine Attoungbré, responsable du Pôle développement durable du patronat ivoirien, les ressources humaines bien formées pour comprendre les mécanismes d'acquisition des fonds font grandement défaut. C'est pourquoi elle a recommandé que la Côte d'Ivoire forme ses ressources humaines sur ces mécanismes afin d'en maîtriser les subtilités et permettre au pays de bénéficier desdits fonds.Selon elle, le secteur privé ivoirien s'est déjà engagé sur le terrain de la Responsabilité sociétale des entreprises (Rse). Le patronat prépare d'ailleurs un guide pratique destiné aux Pme, afin de leur permettre de s'auto-évaluer et de progresser vers les standards internationaux.Pour elle, cette évolution répond autant à une exigence environnementale qu'à un impératif économique. Mieux intégrer les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, renforcer la transparence et améliorer les pratiques peuvent contribuer à rassurer les investisseurs et à réduire les risques associés aux projets.Au terme des échanges, un constat s'est imposé : la transition écologique ne pourra être financée efficacement sans une convergence entre les pouvoirs publics, le monde académique, les entreprises et les organisations de la société civile. L'État doit structurer les politiques et les mécanismes, les chercheurs doivent produire les connaissances et renforcer les compétences, tandis que le secteur privé doit transformer les exigences environnementales en opportunités d'innovation et d'investissement.À quelques semaines du Sommet international de l'innovation et de l'investissement vert 2026, le message du panel de ClimatGenre/Art est donc clair : l'Afrique ne manque pas nécessairement de projets ni de financements. Elle doit surtout renforcer sa capacité à faire les deux. C'est à cette condition que l'ambition d'une Afrique verte et résiliente pourra progressivement se transformer en réalité économique.Firmin NDri Bonfils
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