WIRE — La Côte dIvoire nourrit de grandes ambitions dans le domaine de la culture et des industries créatives. Cette ambition, portée par Son Excellence Monsieur le Président de la République et mise en œuvre par Madame la ministre de la Culture et de la Francophonie, mérite dêtre saluée. Notre pays dispose dun immense potentiel artistique et culturel, capable de contribuer davantage à son rayonnement et à son développement économique.Cest précisément parce que nous partageons cette vision quil est important de poursuivre le dialogue autour de la réforme des spectacles vivants.Il convient dabord de rappeler que ce projet de réforme nest pas né sous lactuelle ministre. Il est engagé depuis plusieurs années, sous le ministre Maurice Bandaman. À son arrivée, Madame Françoise Remarck a choisi den poursuivre la mise en œuvre avec une volonté claire de professionnaliser et dassainir le secteur. Cette orientation est compréhensible et largement partagée par les professionnels.Au fil des années, plusieurs rencontres ont eu lieu entre le ministère, lAPROSCI et certains acteurs du secteur. Pour ma part, je précise que je ne suis ni membre ni dirigeant de lAPROSCI. Jai toutefois suivi les échanges et constaté que plusieurs préoccupations exprimées par les professionnels nont pas toujours trouvé un écho suffisant dans le processus de concertation. Certaines propositions pertinentes méritaient, à mon sens, dêtre approfondies.Sur le principe, il existe un large consensus : notre secteur a besoin dêtre mieux structuré afin de permettre à chacun dexercer dans un cadre clair, professionnel et crédible.Cependant, une réforme ne peut produire les résultats attendus que si elle tient pleinement compte des réalités économiques du terrain.Aujourdhui, près de 95 % des promoteurs financent leurs spectacles sur fonds propres. Les établissements bancaires hésitent encore à accompagner ce secteur, quils considèrent comme difficile à évaluer en matière de risques. Par ailleurs, le sponsoring financier sest considérablement réduit, limitant davantage les capacités dinvestissement de nombreux opérateurs.Pourtant, nous contribuons tous à léconomie nationale : nous payons nos impôts, nous travaillons avec les opérateurs de télécommunications, nous détenons des comptes bancaires professionnels et participons à la création de richesse et demplois. Il est donc légitime que lensemble des acteurs bénéficie dun environnement favorable à son développement.Lors de la présentation officielle de larrêté au Musée des Civilisations, jai interrogé les responsables sur les fondements du montant de la licence professionnelle ainsi que de la caution bancaire exigée. Cette rencontre ayant principalement pour objectif de présenter le texte, ces préoccupations nont pas pu recevoir les éclaircissements attendus. Javais également attiré lattention de certains responsables de lAPROSCI sur les difficultés que ces dispositions pourraient engendrer pour une partie importante des professionnels.Je tiens à le redire avec clarté : il ne sagit pas de remettre en cause la volonté de Madame la Ministre de professionnaliser le secteur. Cette ambition est légitime et nécessaire. En revanche, certaines modalités dapplication méritent dêtre réévaluées afin que cette réforme atteigne pleinement ses objectifs sans fragiliser les initiatives entrepreneuriales et la création artistique.Il apparaît également que la communication autour de cette réforme aurait gagné à être plus large et plus inclusive. Une meilleure circulation de linformation entre le ministère, lAPROSCI et lensemble des acteurs aurait certainement permis de lever de nombreuses incompréhensions.La mise en place de cette licence professionnelle pourrait être accompagnée davantages concrets pour les titulaires : conventions avec le BURIDA, facilités auprès des collectivités territoriales, accès facilité aux financements, mécanismes de garantie bancaire, dispositifs de subventions ou encore catégorisation des différents types de spectacles. Ces mesures renforceraient ladhésion des professionnels et donneraient tout son sens à cette réforme.Jai appris quune grande rencontre avec les acteurs du secteur est en préparation. Cest une excellente initiative. Jespère sincèrement quelle permettra un dialogue ouvert et constructif afin daboutir à des solutions consensuelles.Dans cet esprit, il serait souhaitable denvisager un report de la date dentrée en vigueur des nouvelles dispositions. Ce délai supplémentaire offrirait loccasion de poursuivre les concertations et dajuster certains mécanismes pour quils répondent davantage aux réalités du terrain.Parmi les points qui mériteraient une attention particulière figurent notamment :- la révision du montant de la licence professionnelle afin quelle reste accessible au plus grand nombre de professionnels ;- la suppression ou, à défaut, la réduction significative de la caution bancaire ;- si cette caution est maintenue, la mise en place daccords entre lÉtat, les banques et les organisations professionnelles afin de faciliter laccès aux garanties bancaires ;- la définition dun ensemble davantages concrets liés à lobtention de la licence.Les professionnels des spectacles vivants ne sopposent pas à la réforme. Au contraire, ils souhaitent une réforme forte, moderne et durable. Leur seule préoccupation est quelle soit construite dans un esprit de dialogue, de réalisme économique et déquité, afin quelle contribue pleinement au développement des industries culturelles ivoiriennes.En travaillant ensemble, dans la concertation, la Côte dIvoire peut bâtir un modèle de gouvernance culturelle qui fera référence sur le continent africain.Eliame NiamkeyDirecteur général de Bonus MultimédiaConsultant en communication, marketing opérationnel et politique institutionnellePromoteur de spectaclesAnalyste médiatiqueProfessionnel des médiasAmbassadeur culturel
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