WIRE — Avant les élections législatives de 2027, la classe politique sénégalaise devrait connaître de profonds bouleversements, selon des observateurs. Le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité) va-t-il s'effriter ? Ousmane Sonko restera-t-il aux commandes d'un parti toujours puissant ? Rien n'est moins sûr. Plusieurs cadres et responsables de la formation politique victorieuse de la dernière présidentielle ont récemment annoncé leur départ ou affiché leur soutien au président Bassirou Diomaye Djakhar Faye. Dans leurs déclarations publiques, ils évoquent des désaccords internes, une dérive autour du leadership et la volonté de privilégier la stabilité institutionnelle. Tous ne semblent pas vouloir s'accommoder de la mainmise d'Ousmane Sonko, ex-Premier ministre et actuel président de l'Assemblée nationale, sur le parti, surtout dans un contexte marqué par sa volonté d'en découdre avec le Chef de l'État.Parmi les départs les plus commentés figure celui du docteur El Hadji Mansour Diop, directeur général de l'hôpital Aristide-Le-Dantec. Dans une lettre ouverte adressée à Ousmane Sonko, il dénonce un éloignement des idéaux initiaux de Pastef, parlant de " logiques de personnes " et de " gestion clanique ". Il affirme aussi avoir été écarté d'un groupe de travail du Moncap Santé et Protection sociale sans vérification ni demande d'explication, une décision qu'il interprète comme un " règlement de comptes " destiné à faire taire la contradiction interne.Dans la mouvance jeune, Bakary Bass Sakho, responsable de la Jeunesse patriotique sénégalaise à Guédiawaye, a annoncé son départ après plus de dix ans de militantisme. Il dit renoncer à toutes ses responsabilités au sein du parti afin de mettre " toute son énergie, son expérience et son engagement " au service de la dynamique initiée par le chef de l'État. Ousmane Sonko Jr, jusque-là vice-coordonnateur national de la JPS, est également cité parmi les figures ayant quitté Pastef dans le sillage de cette recomposition.Des anti-Sonko de l'intérieur...D'autres responsables n'ont pas nécessairement annoncé de démission formelle, mais ont clairement choisi leur camp. Lansana Gagny Sakho, président du conseil d'administration de l'APIX-SA, a ainsi affiché un soutien assumé à Bassirou Diomaye Faye. Il met en avant la " continuité de l'État ", la " stabilité institutionnelle " et la " crédibilité internationale " du Sénégal, estimant que le président demeure l'autorité capable de garantir la relance économique et l'équilibre des institutions.Rougui Sow, membre du cabinet d'Ousmane Sonko, du Moncap, du Mojip et du bureau communal de Pastef à Diamaguène Sicap Mbao, a, elle aussi, annoncé son ralliement à la dynamique présidentielle. Elle dit agir " avec une conviction inébranlable et un plein sens de ses responsabilités ", en présentant Diomaye Faye comme un " frère d'armes " et en invoquant l'exigence républicaine.Aldiouma Sow, membre du Bureau politique national de Pastef et ministre-conseiller à la Présidence, a, de son côté, défendu le chef de l'État contre les accusations d'arrangement secret pendant sa détention au Cap Manuel. Il soutient que Diomaye Faye n'a pris aucun engagement en dehors de son programme présidentiel et du serment prêté devant les Sénégalais. Dans le même élan, il dénonce une " dérive messianique " au sein d'une partie du parti et dit assumer le risque de sanctions internes.Cette critique du " messianisme " revient aussi dans les propos attribués à Fatou Kiné Diakhaté, directrice de cabinet adjointe du chef de l'État, citée parmi les responsables ayant choisi de rejoindre le futur parti présidentiel. Selon les médias, elle considère que le patriotisme originel de Pastef aurait progressivement cédé la place à une logique centrée sur la figure d'un leader.La vague touche aussi des responsables administratifs et territoriaux. Khouraichi Thiam, directeur général du Fonds d'appui à l'investissement des Sénégalais de l'extérieur, a annoncé sa démission et son ralliement au camp présidentiel. Bouna Seck à Linguère, Mame Mayoro Dieng à Louga, Aly Fourou Ba à Salémata, Cheikh Baye Mbaye Niass Al Kaolackhi dans le Saloum, ou encore El Hadji Thiam Niass à Taïba Niassène, sont également cités dans cette série de départs et de repositionnements locaux.Au-delà des cas individuels, ces prises de position traduisent une fracture politique plus profonde. Les partisans de Diomaye Faye présentent leur choix comme une fidélité au projet initial, mais aussi comme une nécessité de préserver l'État, la stabilité et la continuité de l'action publique. Le camp resté fidèle à Ousmane Sonko y voit, au contraire, une tentative de débauchage et une recomposition organisée autour du pouvoir présidentiel.
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