WIRE — Six mois après leffondrement des cours mondiaux du cacao, qui a plongé la filière dans une crise sans précédent, le programme de rachat des stocks invendus, financé à hauteur de 291 milliards de FCFA par le fonds de stabilisation, est officiellement achevé. Pourtant, sur le terrain, plusieurs coopératives affirment navoir jamais pu écouler leurs fèves.À un mois et demi de louverture anticipée de la nouvelle campagne, lheure du bilan semble avoir sonné.Une crise née de leffondrement des coursTout bascule au début de lannée 2026. Les cours mondiaux du cacao seffondrent, provoquant une chute de plus de 70 % du prix de la fève. Les multinationales, qui absorbent près de 80 % de la production ivoirienne, suspendent alors leurs achats.Dans les zones de production, les sacs de cacao sentassent. Des milliers de producteurs se retrouvent dans limpossibilité de vendre leur récolte au prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme annoncé par le Gouvernement à louverture de la campagne. En quelques semaines, la crise boursière se transforme en véritable crise sociale dans les campagnes ivoiriennes.La riposte de lÉtatFace à cette situation, le Gouvernement active le fonds de stabilisation et mobilise 291 milliards de FCFA pour racheter les stocks invendus.Un inventaire réalisé par le Conseil du Café-Cacao du 15 au 18 janvier 2026 recense 123 000 tonnes de fèves détenues par près de 1 400 coopératives.Une précision mérite toutefois dêtre rappelée : le programme navait pas vocation à racheter lensemble du cacao resté invendu, mais uniquement les stocks identifiés lors de cet inventaire. Entre-temps, environ 21 000 tonnes ont été acquises par les exportateurs, ramenant le volume effectivement concerné par lopération à près de 102 000 tonnes.LOIA au cœur du dispositifAprès plusieurs discussions entre les organisations de la filière, lOrganisation interprofessionnelle agricole du secteur café-cacao (OIA Café-Cacao) est désignée pour conduire le programme.Elle obtient lexclusivité de la désignation des coopératives autorisées à livrer leurs stocks dans les usines dAbidjan et de San Pedro. Le Conseil du Café-Cacao est chargé du contrôle qualité, de lusinage, de lexportation et du paiement des coopératives, exclusivement par lintermédiaire de lOIA.En clair, une seule structure était habilitée à établir la liste des bénéficiaires du programme. Une responsabilité qui impliquait, en contrepartie, une exigence particulière de transparence.Des interrogations persistentLOIA assure aujourdhui que le programme de rachat est totalement achevé. Pourtant, plusieurs coopératives soutiennent quelles avaient bien été recensées lors de linventaire de janvier, sans jamais avoir été autorisées à vendre leurs stocks.Deux hypothèses se présentent. Soit ces coopératives ne figuraient effectivement pas dans linventaire officiel, auquel cas des preuves documentaires devraient être produites pour lever toute ambiguïté. Soit elles figuraient bien sur la liste, auquel cas il convient dexpliquer les raisons de leur exclusion du programme.Plusieurs questions demeurent ainsi sans réponse : quelles sont les coopératives effectivement retenues ? Quelles quantités chacune a-t-elle livrées ? Quels critères ont présidé à leur sélection ? Et pourquoi certains producteurs déclarent-ils être restés avec leurs stocks invendus ?La nécessité dun auditAu regard des sommes mobilisées, un exercice de redevabilité apparaît aujourdhui indispensable.LOIA Café-Cacao, qui avait la responsabilité de proposer les coopératives bénéficiaires, gagnerait à publier la liste exhaustive des structures ayant participé au programme ainsi que les volumes concernés. Une telle démarche permettrait déclairer lensemble des acteurs de la filière et de dissiper les interrogations persistantes.Par ailleurs, il serait opportun que le Gouvernement diligente un audit portant à la fois sur la gestion de cette liste et sur lutilisation des 291 milliards de FCFA du fonds de stabilisation. Il ne sagirait pas de mettre en cause les acteurs impliqués, mais de renforcer les principes de transparence, de bonne gouvernance et de reddition des comptes dans la gestion des ressources publiques.Une urgence avant la nouvelle campagneLa prochaine campagne cacaoyère souvrira exceptionnellement le 1er septembre 2026, soit un mois plus tôt que dhabitude.Avant cette échéance, il apparaît essentiel que le bilan de la campagne 2025-2026 soit établi afin que producteurs, coopératives, exportateurs et autorités abordent la nouvelle saison avec une vision claire des enseignements tirés de la précédente.Une filière aussi stratégique pour léconomie ivoirienne ne saurait ouvrir une nouvelle campagne sans avoir pleinement levé les zones dombre de la précédente.Avec une correspondance particulière de YD.

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